Des fois, j'me demande si ça n'avait pas été mieux de ne jamais te rencontrer - Narcity

Des fois, j'me demande si ça n'avait pas été mieux de ne jamais te rencontrer

Cr*ss de prince charmant à marde.

On entend juste parler des pires histoires d'amour. Plus c'est rendu loin dans la chaîne de potins, pire c'est. Au début, c’est le gars qui laisse sa blonde juste avant de déménager. À la fin l'histoire est devenue toute autre,  la fille arrive chez elle, elle a pu rien, il est parti avec tout son stock sans l'aviser et il lui a juste laissé un caca en plein milieu du salon. Trahison, scandale, rancœur. Ça te pète un lundi, mettons. 

Bref, on entend toujours parler du pire. Du gros pas beau. Les gens heureux n'ont pas d'histoire ça l'air, pis j'ai tendance à croire que c'est un peu vrai. On aime mieux une histoire bien tordue qu'un mariage heureux avec des beaux enfants qui ne font même pas d'acné à puberté.

Le malheur du monde nous fait un baume sur le coeur. Ça se dit pas, ça paraît mal, mais c'est la pure vérité. Quand tu viens de te faire domper pis que ton amie t'annonce qu'elle est enceinte, tu es contente pour elle évidemment, mais une partie de toi a envie de pleurer en maudissant la terre entière. Le bonheur des autres peut nous remettre notre tristesse en pleine face pis ça, c'est douloureux. C'est égoïste, sans coeur, mais très humain aussi, je pense. 

C'est pareil pour le dating. On dirait qu'il va pas bien. Toutes les tendances de dating qui portent un nom sont pourries. C'est tellement répandu qu'on a dû les nommer. Triste. Le ghosting, cushioning, zombieing, bla bla bla. Y'a jamais rien de tendance cute et romantique.

On parle jamais du rainbowing où deux individus tombent follement amoureux sous un arc-en-ciel et qu'ils vivent d'amour et d'eau fraîche toute leur vie durant en fourrant 3x par jour sans jamais devenir irrité des parties intimes. Non, on parle toujours du côté sombre. Y'a le dark web et j'pense que y'a aussi le dark dating. Bienvenue en 2019. 

Le dark dating pour moi, c’est la complexité derrière toutes les relations. Même celles qui vont bien. On parle toujours des pas fins. Mais qu'en est-il des fins? Vous connaissez les fins qui veulent rien? Une catégorie aussi belle que terrifiante. Aussi agréable que destructrice.

Voici mon histoire avec les fins qui veulent rien. Ce gars est arrivé dans ma vie tout simplement, comme une p’tite brise qui agite ta brassée de foncé étendue sur la corde à linge par une belle journée de juillet. J’pensais jamais qu’un homme comme lui atterrirait dans ma cour un jour. Ma cour n'étant pas mon vagin, mais plutôt ma vie. Et ma cour n’étant pas ma cour, c’est pas lui qui vient agiter ma brassée, comme un creep caché derrière les fourrés.

Via yetzir

Une date pis BOOM CHOCOLAT, on s’est jamais lâché. On s’endormait aux petites heures du matin, couché l’un sur l’autre pour se regarder en souriant pis en se disant qu’on se trouvait beau. On se savonnait l’un l’autre sous la douche. On s’attendait à Berri à l’heure de pointe pour revenir du travail en se tenant la main, dans le wagon bondé, juste pour être aux côtés l’un de l’autre. Mais on s’en crissait, on était ensemble. On avait pas une cenne pour aller au resto, mais jamais ça nous a dérangés. On était pas pauvres, on s’avait. On se faisait des snacks selon les spéciaux à l’épicerie, on loadait notre sac à dos, pis on allait manger sur le bord du canal Lachine, couchés sur une doudou, à enlever les fourmis qui grimpaient sur les jambes de l’autre.

Via neonbrand

Nos vies étaient settés en fonction l’un de l’autre. On saisissait toutes les opportunités pour passer du temps ensemble. Il m’avait attrapé avec son filet à gentillesses, à grands coups de sourires et de belles attentions. À grands coups de douceur, de gestes affectueux et de mots doux. Enfin, un gars fin qui me faisait du bien. La version sur laquelle on était pas tombé depuis longtemps. Depuis que les dick pic existent, genre. Il faisait beau dans ma vie, y’avait pas de pluie à l’horizon.

Ça duré un été. Trois mois. Une saison, comme beaucoup trop de mes relations. Le ciel s’est assombri sans que je sache trop vraiment pourquoi. Je reviens du travail tard un soir, en auto, mon téléphone sonne. Son nom sur l’afficheur. Mon visage qui s’illumine. Pas longtemps. Sa voix est grave, sérieuse. Il m’annonce qu’il veut pas se matcher. Aucune réaction de ma part. Mon cerveau assimile zéro l'info. Mon coeur se compresse. J'me sens envahie d'une grande panique. Silence radio, il dit pas un mot de son côté, attendant sûrement ma réaction. J'ai dû stationner mon auto. Prendre le temps de respirer. Et tout ce que j'ai trouvé à répondre c'est ok. 

Rien d'autre. Un mot. Un tout petit mot pour clore ce que je pensais être la relation qui allait durer toute ma vie. J'ai raccroché. J'ai pas pleuré. Pas une larme. J'étais en train de sécher de l'intérieur. Sentimentalement et émotionnellement morte, vidée de toute énergie.

On ne s'est jamais reparlé. Jamais revus. J'ai jeté toutes les traces de ce garçon dans ma vie. Et j'imagine qu'il a dû faire de même avec mes effets. Il est parti aussi vite qu'il était arrivé et aussi simplement. Ça fait quelques années de ça, et encore aujourd'hui je sais pas si j'ai été chanceuse de vivre quelque chose d'aussi fort, ou si ça m'a encore plus brisée. Avec le temps je l'ai oublié, ma tête s'est vidée de toutes les questions qui la remplissaient sur le pourquoi de cette rupture. J'me suis donnée la chance de passer à autre chose. 

Jusqu'à hier où je l'ai croisé dans la rue. On s'est jasés brièvement. Pas de malaise. Pas de rancoeur. La même gentillesse et la même douceur émanaenit de lui. C't'encore plus dur dans ce temps-là, j'pouvais même pas l'haïr. J'avais rien à lui reprocher, il avait le droit de pas vouloir se matcher. Je lui ai dit qu'il m'avait fait découvrir une nouvelle catégorie de garçons ; les gentils. Ceux qui savent se gérer, ceux avec qui c'est pas obligé d'être compliqué, sans mensonges, sans problèmes. Il m'a remercié, m'a sourit et on a continué nos routes respectives. 

Via jacalynbeales

Ça m'a brassé en d'dans de le revoir. Moi aussi j'ai envie de vivre une histoire qui fonctionne. Une histoire qui va durer plus longtemps que les feuilles dans les arbres.

J'ai envie de me dire que ça arrive pas juste aux autres. Les gens qui veulent rien, pourquoi y date? C'est quoi la quête ultime au bout de ça? J'veux dire, quand je vais au resto c'est parce que j'ai faim pis que je veux manger. Quand je vais au spa, c'est pour relaxer. Quand tu dates, c'est dans quelle intention? Les pas fins sont clairs dans leur message et souvent même ils font tellement pas attention à toi que ça finit avant même de commencer. 

Tomber sur un fin qui voulait rien, j'ai trouvé ça ben plus difficile que de dater un vilain. Parce que j'y ai cru, j'ai pensé que c'était possible. Ça fait tellement changement d'être avec quelqu'un qui fait attention à nous, qui veut qu'on soit heureux. J'avais même pas eu besoin de faire d'effort, tout était d'la grosse magie. Aucun compromis, tout était beau chez lui. Jusqu'à ce que ça me pète dans face. J'ai peut-être été naïve. Ou remplie d'illusions. 

Ça fait du bien de baisser ses barrières. Arrêter de jouer la tough au coeur de pierre pis se laisser aller dans la douceur. Changer le cuir pour le velours côtelé, mettons.

Des années plus tard, ça m'est jamais arrivé à nouveau. J'suis redevenue la fille frette qui aime pas beaucoup et qui est pognée du cul quand vient le temps de parler sentiments. Comme si tout le positif que cette rencontre m'avait apporté était parti, me laissant encore plus dure et sèche par en d'dans qu'avant.

@lili.pixie03embedded via  

J'suis une brisée. Profonde. J'suis partagée entre mon envie d'y croire et mon envie d'me dire que c'est de la grosse marde. Que tout ce que l'amour m'a apporté, c'est des déceptions, pis des p'tites joues rouges ruisselantes de larmes.

Des fois j'me demande si ça n'avait pas été mieux de jamais le rencontrer. Ça mit la barre si haute. Une barre qui a été inégalée jusqu'à présent et qui me fait douter de tous les gars qui entrent dans ma vie. J'devrais plutôt écrire 'tous les gars qui réussissent pas à entrer dans ma vie'. J'suis redevenue inatteignable, loin de tout ce qui peut me faire mal et de tous ceux qui veulent s'attacher. Je sais pas si un jour je vais revivre ce feeling-là. Si je vais ramollir pour un autre gars. 

Ce gars-là a été un coup de foudre tout inclus. Pis comme la formule du même nom, j'en aurais pris plus, plus longtemps. J’serai resté le cul dans le sable un p'tit boutte de plus. Ça passé si vite, c’est comme si c’était jamais arrivé. T’en gardes des bons souvenirs, mais avec le temps tu te demandes si ça déjà existé. Ou si t’as rêvé.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

 

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