Les filles trash ne se marient jamais - Narcity

Les filles trash ne se marient jamais

Ça l'air.

Cette semaine, un ami m’invite dans un lunch avec des collègues à lui, son boss pis des gens de son domaine. Fidèle à moi-même, j’arrive 30 minutes en retard, mon ami a déjà commandé mon repas. Il m’a envoyé le menu en texto et j’ai passé ma commande de même. C’est le plus proche que je suis d’avoir une relation stable. J’ai trouvé ce moment extrêmement réconfortant.

13h. Je prends place. J’ai déjà un Apérol Spritz qui m’attend, je vois déjà vers quoi ça s’en va.  Prends une bonne gorgée et j’essaie d’analyser le vibe des gens, est-ce que j’peux être moi-même, c’est-à-dire vulgaire et ponctuer mes phrases de sacres ou ben je dois être la Merlin calme et professionnelle. Pas l’temps de répondre à ma réflexion qu’un des représentants me regarde et me demande si je suis technologue en architecture ou architecte.  Y’a pas l’air de niaiser, sa question est très sérieuse. J’me retourne vers mon ami avec une face de ‘calice, tu me niaises’. Je ne connais rien en architecture moi là, les devis, les plans, la conception, pas tant mon rayon. Mon ami lui répond que je fais des cloisons de toilettes. Parfait, je suis arrivée légère et fraîche et me voilà une impostrice reine de la bécosse. Même mon faux titre n’est pas glorieux.

Le repas se déroule bien, je réponds aux questions de manière évasive en utilisant la technique de l’humour pour jamais répondre trop trop clairement. J’esquivais les mots tel un boxeur. J’étais le Georges St-Pierre du mensonge.

On boit, on rit, on jase, pendant 3 bonnes heures. J’pense que j’arrive à bien m’en sortir et que j’ai pas l’air de l’intrus. J’ai quand même osé dire les mots ; contracteur, chantier, industriel et le dernier et non le moindre, bâtiment.

Le bill arrive. J’ai bien dit LE bill. Un montant plus élevé que deux semaines de mon salaire. J’me suis dit que mon statut de racaille venait de passer à un tout autre niveau. Le karma s’en prendrait très certainement à moi. Le big boss paye la patente et me demande dans quelle boîte d’architecte je bosse. Je sens mon visage se réchauffer sous le coup de la gêne. Mon ami répond sur un ton léger quasi murmuré ‘elle est pas architecte’. J’attends la réaction outrée des gens autour de moi pis j’spotte mon manteau pis toutes mes possessions pour partir à la vitesse grand V.

Le boss part à rire, me varlope une bonne claque dans le dos en me traitant de p’tite crosseuse. Avant de recommander une tournée de shot. J’comprends pas que j’men sorte toujours facilement. Tout est bien qui finit bien. Et chaudaille. Mais ça c’est juste le début en fait.

17h. On quitte le resto pour aller souper chez un ami. Pizza congelée et pogos au menu. Le festin des rois. Sauf que cette fois-là j’avais pas besoin d’me faire passer pour une architecte. J’pouvais être la toute croche que j’suis. Vin. Bière. Petite marijuana. Et des champignons en gélule, c’est la nouvelle affaire. La dernière fois que j’ai fait du mush, j’ai badtrippé pendant 7h pis j’ai braillé tout le long. Un souvenir pénible. Mais pas cette fois-là. On a refait le monde, rit à en pleurer, sorti les meilleures jokes de l’univers, exploré et analyser toutes nos dates. Nos modes de vie font peur aux gens. Ils nous trouvent intrigants.  

22h. Je suis défoncée, j’ai envie de dormir. Arrive à la maison, message de ma cousine. Elle est à l’hôpital en train d’accoucher. Je peux clairement pas y aller, on me garderait en observation pour mon attitude erratique due à ma consommation. L’idée du siècle? Appeler ma mère Facetime pour y dire que ma cousine accouche. J’essaie de faire des phrases cohérentes, mais c’est un fuck*ng échec. Elle me demande si je suis saoule, je réponds non j’ai fait 7 gélules de mush. Elle a pas rit pantoute et m’a ordonné d’aller me coucher. J’ai dormi comme un bébé. Sans en avoir un.  

Brunch familial du dimanche. Évidemment qu'on m'en parle. On en rit. Mon cousin de 25 ans me parle de la préparation de son mariage, ma cousine de 28 ans sort de l’hôpital avec son bébé tout frais. Pis moi. 30 ans. Fait du mush en plein milieu de la semaine avec des amis. Et ça m’a soulevé une réflexion selon la réaction de ma mère qui m’a dit que j’étais trop festive pour me matcher, que j’aimais trop avoir du fun. Pourquoi les deux peuvent pas coexister? Pourquoi j’devrais avoir honte de mon mode de vie funky?

J’veux dire, j’ai 30 ans. Je vais pas changer pour un gars ou pour me trouver un gars. Pourquoi être festive et de party c’est négatif? Pourquoi après un certain âge c’est très mal vu? C’est même devenu un défaut, comme si c’était associé à de l’immaturité ou à un refus de devenir un adulte responsable plate et chiant. J’suis pas alcoolique. J’suis pas toxicomane. J’suis la fille qui va fêter le mardi soir, mais qui va être au bureau le lendemain, les yeux cernés, un café dans les mains, mais j’vais être là. Être tout croche fait pas de moi une personne irresponsable.

J’suis fofolle. J’aime la fête, les rencontres entre amies, les grosses bouffes, les occasions de se retrouver ensemble, être spontanée, pas se poser des milliers de questions. J’aime ça pas m’imposer de limite, vivre comme je l’entends pis être libre. Ça se peut qu’un soir je me couche à 10h en regardant une série Netflix, ça se peut qu’un autre soir je sois au resto à boire du calvados jusqu’à 2h du matin, ça se peut que je boive pas à ton souper de fête parce que ça me tente pas. Je suis libre. Je feel le flow.

Via mdisc

La dernière fois qu’on a joué au jeu de la boulette, on a écrit mon nom dans la catégorie trash et dans la catégorie débauche. Ce qui me dérange pas le moins du monde. Ce qui me dérange par contre, c’est le sous-entendu que mon mode de vie fait de moi une femme pas à marier. Une femme avec laquelle tu veux pas t’engager à long terme, avec qui tu veux pas partager les p’tits moments du quotidien, une femme pas respectable. J’suis la représentation de Satan avec une vulve. J’suis correct pour un été festif à terrasser, mais pas pour un automne pluvieux à écouter des films. J’fit dans une catégorie on dirait, la catégorie ‘blonde de saison parfaite, mais pas plus que ça’.

J’suis écoeurée des jugements déguisés en p’tits commentaires rigolos, aux yeux qui me fixent avec un ? dans la pupille quand j’raconte mes histoires de la veille. J’peux-tu vivre ma vie à ma manière pis qu’on me cr*ss patience? Y’a-tu une meilleure manière de vivre qu’une autre? Moi je juge pas les gens qui sont tranquilles, qui ne boivent pas, qui sont casaniers. Si ça les rend heureux, that’s it. Si t’aimes ça travailler 70h dans ta semaine et que c’est comme ça que tu te sens accompli, j’suis qui pour venir te dire que c’est pas correct?

J’t’une tout croche. Je suis désorganisée. Frivole. J’ai pas assez mis d’argent dans mes REER encore cette année. Je skip tout le temps mon cadran. Je laisse ma vaisselle traîner. Je lave pas mes draps à chaque semaine. Des fois je vois des Tupperware avec de la bouffe de la semaine passée dans le frigo pis j’le laisse la parce que j’suis paresseuse. Je marche avec mes bottes d’hiver dans maison. J’t’en retard dans mes travaux d’université. Pis le pire? J’vais pas faire mon nettoyage chez le dentiste aux 6 mois comme c’est recommandé. Est-ce que ça fait de moi une mauvaise personne? Je pense pas.

Via Clem Onojeghuo

Parce que j’suis pas juste ça. J’suis aussi la fille attentionnée et gentille qui va tout faire pour rendre l’autre heureux. Qui va l’écouter quand ça va mal aller. Qui va essayer de le faire rire quand il va avoir passé une journée de marde au bureau. J’suis la fille qui va le soutenir dans ses projets. Qui va l’aider. Non, ça me tentera sûrement pas d’aller bruncher chaque dimanche dans ta famille mais j’vais y aller pareil pis je chialerais pas quand ta nièce va m’appeler par le nom de ton ex.

C’est facile de rabaisser et juger les gens un peu trash et non conventionnel, mais si nous on est bien là-dedans, pourquoi nous infliger ça? On fait de mal à personne. Pourquoi on mériterait pas de trouver l’amour, de trouver la personne qui va nous accepter et nous aimer comme on est? Une personne qui va pas essayer de nous changer. Pis non, ça passera pas, on est pas en crise d’adolescence, on est comme ça. J’ai pas envie de changer, d’essayer de me plier à un modèle d’adulte respectable, désolée maman et papa. Désolée aussi à tous ceux qui sont outrés par mon mode de vie, vivez la vôtre pis mêlez-vous de vos affaires pis ça va ben aller (vivre et laissez vivre tsé).

Et j’ai la certitude qu’un jour je trouverais mon prince charmant, qu’il va me trouver adorable et accepter, ce que ma mère appelle, ma crise d’adolescence éternelle.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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