Si tu me lis souvent ou si tu m'as lu juste une fois, tu sais que je prends souvent des mauvaises décisions. Cette semaine ne fera pas exception. Donc j'écris cet article en direct de mon point d'eau intérieur, avec une patate au four toute garnie dans une petite assiette qui tient miraculeusement sur le bord du bain dans le coin gauche et mon verre de vin dans le coin droit. Mon setup est à la fois grotesque et attachant. J'veux dire, t'as beau avoir la plus grosse colère du monde à mon égard, tu peux pas me donner d'la marde en me regardant échapper d'la crème sure dans mon bain moussant. Tu te rends ben compte que j'suis vulnérable dans ce grand jeu qu'on appelle la vie. 

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Via ryanmoreno

Donc, comme je disais, mauvaises décisions. Non, j'pas revenue avec un ex, j'ai assez donné là-dedans, j'ai un postdoc dans le rabibochage avec des vieilles guenilles. Et comme beaucoup de postdocs, ça m'a rien apporté, sauf la perte de précieuses années. Oui, je sais, un postdoc n’est pas une perte de temps, j’essaie vainement de me consoler. Comprenez-moi. La petite roche dans ma chaussure qui a créé tous ces remous, c'est que mes amis se matchent. Au lendemain du printemps. Drette de même. Sec de même. Sans avertir avant. Une chance qui m’ont pas averti, j’leur aurais refusé le droit de se matcher avant l’été.

Au printemps. Quelle. Idée. De. Marde. Dans mon esprit, au printemps, c'est le temps de tout, sauf de se matcher. La neige fond lentement mais sûrement, laissant apparaître des crottes de chien partout qui, ça m’étonne toujours, ont traversé l’hiver elles aussi, et parfois finissent avec un meilleur teint que le mien. On enlève des épaisseurs de guenilles. On fouille dans le fond du garde-robe pour ressortir notre boîte de linge d’été. Linge qu’on va toute essayer un beau soir qu’on va s’emmerder tu seule. Les lunettes de soleil sont facultatives pour l’essayage.

Notre peau a fini de vouloir vivre sa vie ailleurs que sur notre corps en nous donnant l’impression de fendre en deux chaque fois qu’on pogne un coup de vent en pleine poire. Notre teint olivâtre tourne au brun pâlotte, fini la face de gastro avec les cernes jusqu'au clito. Les mojitos et les sangrias redeviennent légaux. On fait la connaissance de monsieur le soleil. En lisant juste la dernière phrase, on pourrait croire que je suis à l’origine du décor des Teletubbies, mais non.

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Au printemps, on redevient souriant. On a hâte de redécouvrir la sensation de l'herbe sous nos pieds. De recommencer à aimer le rosé. De se demander si notre jupe est trop courte pour porter au bureau. S’en cr*sser, la porter. Tsé, un nouveau départ. Seul. Ou seule. Mais pas à deux. Pire timing. Quessé ça cette idée-là! Tout le monde le sait que l’été célibataire, c’est la meilleure affaire au monde. T’as survécu. Survécu à 6 mois d’hibernation, aux soirées doudou solo, à pelleter ton char, à prendre des bains interminables et t’as même pas trop pleuré pendant ce temps-là. Pis là. Tu veux te matcher? Toi, le survivant de l’hiver?

Non, j’suis pas cinglée. Tu vas comprendre. Pour être honnête, c'est un running gag chez nous. J'me suis toujours séparé au printemps. Souvent pas de mon plein gré. Les bourgeons sortent. Moi j’les suis avec mes possessions dans des sacs à vidanges pour retourner chez mes parents, tu vois le genre.

Alors si je suis en couple au printemps, mon père me dira immanquablement 'profites-en, ça achève'. Oui, très encourageant. J'peux ben être brisée de même. On la rit à chaque fois. Y’en a un qui rit plus jaune que l’autre. J’te laisse deviner c’est qui. Ça donc créé un espèce de mythe entourant les saisons.

Pour moi le printemps, c’est le symbole ultime de ma solitude éternelle #1 et #2 l’approche d’une période fabuleuse pour les gens seuls qui s’appelle l’été. Ton printemps n’a qu’une seule fonction. Planifier ton été. Tes vacances. Des projets avec tes chums. Des fous pis des réalisables. Pis des fous réalisables aussi. On dirait qu’on est tellement excité de voir l’été arriver que tout devient possible. Tu penses même économiser de l’argent d’ici là. (Insérer ici un bon rire).

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Et mon été n’a qu’une seule fonction. Vivre. Point. Pas, me remettre en forme, reprendre du sommeil, allez chez le dentiste. Non. L’été, c’est fait pour en profiter. On dirait que tout est moins pire. Le manque de sommeil est compensé par le soleil qui nous caresse le visage, mes hangover, je les vis sur le bord d’une piscine, pas mal moins chiant que sur le bord d’une bolle. 

Faque tout le monde me fait chier à se matcher. Voilà, c'est dit.

J’suis contente pour eux. Contente qu’ils aient trouvé l’amour. Ou ce qu’ils pensent être de l’amour. Leur changement de statut me fait pas un pli. Ce qui m’écoeure, c’est le fuckaillage de tous mes plans. Là, je t’entends dire, cr*ss de folle, ça change rien à vos plans, vous allez continuer de vous voir pis la vie s’arrête pas. Calmos pepitos. Y’a du faux pis du vrai là-dedans. Cr*ss de folle, ok, ça change rien à vos plans, pas d’accord.

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Ça. C’est le plus gros cr*ss de mensonge de l’univers. Ah non, moi je flush pas mes amies quand je rencontre un gars, mes amies passent avant tout. PARDON! Premièrement, on l’a tous déjà fait, ça ne mérite pas la peine de mort, juste une bonne grosse pincette sur un mamelon. Question de se ressaisir. La beauté du début des relations, c’est qu’on est toute atteinte de ce qu’on peut appeler la myopie du commencement. T’as le nez collé ben raide dans ta relation pis tu vois pas trop au loin ce qui s’en vient. Flou flou flou. Tu vois juste la belle face de l’autre qui veut manger la tienne ou toute autre activité connexe, mais ça c’était mon seul exemple.

Moi. Une vraie myopie. Des vraies lunettes. Des fois je me fais des surprises, j’les mets pas pendant une journée pour me faire croire que j’en ai pas vraiment besoin. Est-ce que ça marche? Non. Je vois réellement rien de loin. Des fois par contre, c’est bon de se faire des petits rappels de même.

J’ai aussi une grande lucidité par rapport à ces relations naissantes au printemps. Je sais très bien que mes potes qui se matchent vont être booké raide tout l’été. Des activités de tout bord, des chalets dans les Laurentides, un trip de canot-portage sur la Matapédia, un roadtrip à Burlington, un dimanche à Ottawa, j’en passe. Je sais que mes amis vont être partout, mais nulle part où j’vais avoir envie d’être. Parce que oui, probablement que toi, la solo, tu seras invité dans ces sorties. Invitation à laquelle tu répondras probablement par la négative toute la saison durant. Pis là attend, y’a assurément des enfants d’impliqués là-dedans, tout le monde a des enfants de nos jours. 

Via timbennettcreative

Donc, j’le sais très bien ce qui va arriver. Tes soirées sont réservées. Tes brunchs aussi le seront. Et ça. Ça vient profondément me chercher. Y’a quoi de plus beau dans la vie qu’un texto « on va bruncher? » impromptu un dimanche matin? Rien.

Ok j’me reprends. Y’a quoi de plus beau qu’un samedi soir bien accompagné, suivi d’un texto de ta chum le dimanche matin « on va bruncher?.» Une p’tite go et d’la sauce hollandaise, c’est ça la réussite de ma vie. J’pas trop exigeante. Les petites victoires me font le plus grand bonheur.

Quand j’étais gamine il y avait les camps d’été. Camp auquel je n’ai jamais assisté de ma sainte vie, sans savoir pourquoi. Tout ça pour dire. Qu’aujourd’hui. Je reprends ces années. Je vois  ma vie estivale comme un camp de célibataires. Comme une comédie romantique où tout va bien aller, se passer simplement, sans embûche, et s’il y en a, tout va se régler comme par enchantement avec la force du mental.

On me verra, en criant liberté, les fenêtres baissées, dans un taxi en revenant d’la piscine Jarry où le chlore m’aura brûlé les rétines. Marcher sur le trottoir en souriant, c’est connu, la vitamine D redonne le sourire à tout le monde. Les rencontres viennent vers nous. Tout va vite et s’enchaîne ultra rapidement. Je pense même que je dois envoyer beaucoup moins de textos en juillet qu’en novembre. J’suis partout, tout le temps avec des gens, dans des festivals, sur une terrasse, au restaurant, au marché, à la piscine, des fois dans mon bain.  

En fait, la saison change absolument rien. C’est juste que l’été c’est beaucoup plus grisant que l’hiver.   

Pour vrai, l’été, je suis zéro en mode désespoir on se fait un chum rapidement ou mes ovaires vont sécher pis j’aurais jamais d’enfant et je vais mourir seule et triste.

Tombe pas sur moi en octobre par exemple.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

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