J'comprends toujours pas les règles de la rupture - Narcity

J'comprends toujours pas les règles de la rupture

S'il y en a.

J'ai vécu une rupture dernièrement. Très récemment. Un peu hier, un peu aujourd'hui tellement c'est frais. J'me suis rongé les ongles au sang, j'ai des cernes jusque sous le pubis, lequel je n'entretiens plus d'ailleurs, je gère mon temps de sommeil comme je gère mes finances (lire : comme de la marde) et je m'alimente davantage en pinot grigio qu'en jus vert bio. 

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J'suis dans le no woman's land transitionnel entre avoir d'la peine pis apprendre à apprivoiser ma solitude. Et trouver un nouvel allié pour aller bruncher (ça, c'est la partie plus soft).

Question de bien enfoncer le clou sur ma vie amoureuse que je voyais déjà 6 pieds sous terre, j'ai écouté les Sex and the city en rafales.  

Cette série légère et attachante m'a amené une réflexion. Ça se peut-tu qu'il y ait des règles après une rupture? Des oui et des big no? Une limite de larmes que tu peux atteindre? Un deadline sur ta peine? Une date d'expiration sur ta douleur? Une date après laquelle t'as pu le droit d'en parler, ça fait partie du passé? Des gestes à ne surtout jamais poser? Une limite à ne pas franchir? 

Les peines sont tellement tout le temps différentes. J'ai pas beaucoup de ruptures à mon actif. Mais j'en ai des cr*ss de solides. De celle qui nous amène chez le notaire pour séparer nos actifs et se demander qui prend la garde des labradors, jusqu'à celle très simple où on se redonne nos possessions respectives dans des sacs réutilisables sur le pas de nos portes en passant par celle qui te fait tellement de peine que tu revois jamais l'autre pis tu portes encore son linge qui reste chez vous de temps en temps.  

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Une semaine de tournée. Un one woman show. Pas de micro, pas de joke, mais quand même avec beaucoup de mots.  Avec tous mes collègues. Chez mes amis. Avec ma famille. À tous mes contacts Messenger. À mes clients au resto.  Tout le monde y a passé. Le commis du dépanneur me demandait comment ça allait, je lui déballais tout. J'ai vidé mon p'tit sac de peine. Un sac banane, mettons, j'ai pas été jusqu' à tomber dans les crises de larmes pis à maudire les hommes en essuyant ma morve avec ma manche de chandail. Mais j'pouvais te dégainer une p'tite larme sur un est* de temps.

J'avais juste besoin d'en parler pour me sentir pas tu seule, partager mon break up, donner à tout le monde un peu de ma peine pour qu'elle s'en aille au plus sacrant. Tu seule chez nous, c'était une autre patente, le cerveau m'arrêtait pas. 

Peu importe le temps passé avec l'autre, la manière dont ça c'est terminé, c'est inévitable que t'en laisses des morceaux.  T'as des cicatrices. Un break up ça t'impose une réflexion sur toi-même, pas juste sur ta relation. 

Et là, les conseils, les avertissements et les recommandations se sont fait aller de tout bord tout côté. Dater au pc, coucher, éviter les drunk textos, aucune supplication pour revenir avec, au grand jamais dater ses amis, ne plus succomber au plaisir charnel avec, se remettre nos possessions respectives le plus vite possible, cr*sser l'feu à ses affaires, ne pas cr*sser l'feu à ses affaires, boire pour oublier, me mettre au yoga pour recentrer mes chakras, pardonner, faire mon deuil,  passer sur sa rue,  regretter, couper sa face sur des photos, le bloquer, le débloquer et j'en passe. No joke, un moment donné on m'a dit de mettre du rouge à lèvres...fin conseil thérapeutique. 

J'avais le cerveau brisé. Chacun des conseils me procurait la même sensation que d'me passer un doigt à la mandoline. Et visiblement y'a aucune règle après une rupture. On fait nos propres règles, on se met nous-mêmes nos limites.

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Pis là, moi avec ma rupture qui date de 14 minutes, j'ai réalisé que cette dernière avait le dos large. Une peine d'amour ça donne un gros lousse dans les actions, des actions que tu poserais jamais dans un autre d'état d'esprit, des actions que tu regrettes, d'autres qui te font du bien, d'autres qui t'amènent dans la bonne grosse autodestruction. 

La dernière partie c'est moi. Tsé on dit qu'on est à 6 personnes de tous se connaître, en peine d'amour je suis capable de réduire ce chiffre à 2 dead easy. Je parle à tout le monde, sans aucune exception, tu m'ouvres la porte et j'me faufile avec ma charge émotive. Après avoir verbalisé chaque infime sentiment que j'avais au monde entier, je m'enferme à la maison. Je stalke la vie des autres sur internet et leur gros bonheur #nofilter. J'écris.  Je bois. Je mange pu. Je procrastine sur mon hygiène et mes sourires, je refuse les sorties et je me mets en mode 'chie ta vie fille, tu mérites rien de bon'. J'fais ça jusqu'à tant que je sente que j'ai atteint le fond. Et que mes amies viennent me sortir de mon lit en me disant que c'est assez. 

Y'a pas de loi universelle sur les ruptures. Y'a pas de convention, de normes.

Ça se peut que tu le textes pour qu'il revienne, que tu couches avec, que tu le supprimes de toutes les apps existantes et ça, durant la même heure. Ça se peut que tu vires une pas propre brosse, que tu te réveilles avec la face à côté d'la bécosse tes entrailles éparpillées un peu partout sur le plancher. Ça se peut que tu ailles magasiner des guenilles que t'as zéro besoin pour un montant exorbitant. Ça se peut que tu passes 'par hasard' devant sa maison.  Ça se peut que tu regardes toutes vos photos prises lors de votre dernier voyage.  Ça se peut que tu lui envoies un selfie pour lui montrer que tu vas bien, mais que t'en penses rien. Que tu pleures trop, ou que tu pleures pas pantoute. Que tu ressentes rien. Que tu réalises juste pas. 

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Ça se peut très bien que tu te fasses du mal. Chacun gère sa peine comme il peut. Y'a pas de bonnes manières de faire les choses. La peine nous amène dans nos derniers retranchements, on est pas l'ombre de soi-même, on devient une autre personne. Y'a un invité en d'dans qui aspire absolument toute la joie de vivre, un aspirateur central sentimental. Une personne qu'on aime pas ben ben, une personne en visite dans notre intérieur qu'on a hâte qui fasse sa valise pour ramener un peu de soleil dans notre vie. Comme si on avait un parapluie en haut de notre tête en permanence, tu remarques rien autour, t'es juste pogné dans ta p'tite noirceur.  

À ma première sortie en dehors de ma grotte, je soupais avec un ami qui sortait d'une loooooongue relation et il m'a dit 'le pire dans une rupture c'est de savoir quand tu vas trop loin, quand t'es en train d'te perdre là-dedans. Y'a pas de limite à ta peine, mais ça nous fait agir de manière tellement impulsive ou sous le coup de la colère qu'on se rend pas compte qu'on se nuit à soi-même. Tu fais des moves, tu te regardes dans le miroir pis cal*ce que t'es pas fier. C'est normal de faire d'la marde quand tu te sens comme une marde, mais deviens pas celle que tu veux pas devenir.' 

@lonelygirlsprojectembedded via  

J'ai compris que j'allais trop loin dans mes affaires. Que malgré qu'ils soient là, mes amis peuvent pas tasser le bout d'nuage que j'me trimballe sur la noix en permanence. Que m'isoler en accumulant les mauvaises décisions ça le ramènerait pas. Pis au fond, j'voulais même pas qu'il revienne. Si on s'est laissés, c'est pour une bonne raison. Même si j'étais pas 100% en paix avec ça, ça allait venir. Ça servait à rien de vouloir m'arracher le coeur, ça prendra le temps que ça prendra guérir.

Y'a pas de plaster à amoureux disparu. Y'a juste des bonnes amies. Des amies qui sont là pour te shaker un peu pour te faire sortir de ton lit qui pue les miettes de Doritos. Des amies qui sont là pour fermer ton écran de laptop sur la toune de Lara Fabian que t'écoutes en braillant. Des amies qui vont prendre le temps qui faut. Qui vont venir t'aider à faire ta vaisselle en te rappelant qu'elles ont déjà lancé des tampons usagés sur le char de leur ex qui l'avait trompé. Ça remet les choses en perspective. 

Y'en a pas de règles. Sauf celle de Carrie Brashaw : 

The most important break up rule: no matter who broke your heart, or how long it takes to heal, you’ll never go through it without your friends.

AMEN!  

Oui, j'ai l'coeur un peu en patchwork, mais ça revient à mode ça l'air. En attendant de trouver avec qui partager cette douce courtepointe, j'ai des amies en or qui seront toujours là pour la partager avec moi. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

 

 

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