J’ai toujours pensé que ça allait me tomber dessus comme une brique. Que j’allais tout d’un coup être éblouie par une lumière, une réalisation intense : « Je l’aime ». 

Dans mon imagination sans fin et mes attentes démesurées de l’amour, ça allait se passer comme dans un conte de fées. On serait allongé sur une doudou dans ma cour arrière à regarder les étoiles. Je porterais ton gilet beaucoup trop grand pour me réchauffer et sentir ton parfum. Tu m’embrasserais, on se regarderait longtemps dans les yeux, et puis tout ferait du sens. Mais la vie, c’est pas un conte de fées. Et regarder les étoiles dans ma cour arrière, j’trouve ça plate, finalement. 



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Cette journée-là, je m’en rappelle comme si c’était hier. J’avais oublié ma patte d’ours pour collation d’après-midi, et puisque «t’es pas toi quand t’as faim », j’avais hâte que la journée achève (oui, je sais que les pattes d’ours c'est une collation d’enfant du primaire, juge-moi). T’étais passé me chercher à la job et on allait passer la soirée tranquille chez toi. Après avoir vu mon humeur en rentrant dans ton char, on a fait "direction bouffe" et ça pressait. 

C’était vraiment une journée comme toutes les autres. J’ai commandé mon Junior et McFleury Oréo, et toi tes 2 Big Mac grosse frite. Nos commandes habituelles, à notre Mcdo habituel. On attendait derrière 3 autres voitures, les fenêtres descendues et la musique dans l’tapis. Tu chantais, peut-être pas bien, mais dès que t’as entendu les premières notes de "Slide" t’étais parti. J’te regardais chanter et danser dans ton siège comme un cave. Pis c’est là que ça s’est passé. Dans le drive-through d’un McDo, j’ai réalisé que j’t’aimais. 



Réalisation, c’est peut-être pas le bon mot. Ce n’était certainement pas tes moves, mais quelque chose à ce moment m’a fait comprendre que la vie sans toi n’est pas une vie que je veux connaître. ‘Lui, je shotgun ça présence pour le reste de ma vie’. Voilà c’que j’ai compris. 

On se dit maintenant ces deux p’tits mots par habitude. La routine fait en sorte qu’ils s’échappent quand tu pars travailler, ou avant qu’on raccroche au téléphone. On le ressent toujours, c’est simplement qu’ils n’ont pas autant de pouvoir qu’avant. Ils sont une confirmation, lancés un peu tête en l’air, ou plutôt un rappel que malgré tout, on s’aime toujours. 



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Mais des fois, je repense à ce moment. Et je repense à quel point ces mots nous étaient étrangés. On les ressentait sans doute, mais ils ne faisaient toujours pas partis de notre vocabulaire. Et tu te rappelles les premières fois qu’on se les disait? Ça, c’est une autre histoire en elle-même, mais jamais j’aurais pensé ressentir autant ce que je disais. À chaque fois, c’était comme si c’était la dernière fois qu’on allait se les dire. On trouvait ces mots trop faibles pour s’exprimer. Trop mainstream pour créer l’impact qu’on voulait qu’ils aient. 

Bref, je parle trop vite. À ce moment-là, rien n’était dit, mais tout était ressenti. Dans mon cœur jusqu'à l’extrémité de mes doigts, je ressentais tout. Tout ce que je n’avais jamais ressenti auparavant. 

Ce n’était pas sous le ciel étoilé, ni après un baiser romantique. Ce n’était même pas autour d’une bonne bouffe de resto ou sous les couvertes en regardant un film. C’était dans le drive-trough d’un McDo, alors que tu chantais beaucoup trop haut et dansais comme un déchaîné. Et mon Dieu que c’était parfait.

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