J’ai toujours admiré les employés du réseau de la santé et des services sociaux qui consacrent une partie de leur vie à améliorer celles des autres. Que ce soit infirmier(ière), préposé(e) aux bénéficiaires, psychologue, pharmacien(ne) d’établissement, travailleur(euse) social(e) ou autre, ces personnes sont, selon moi, l'incarnation même de l’altruisme.

Alors qu’on a tendance à observer leur travail de notre point de vue, en tant que patient ou proche des patients, j’ai discuté avec 7 professionnels de la santé afin d’en connaître plus sur leur emploi.

Pour la plupart d’entre eux, les journées sont totalement différentes les unes des autres à cause de la diversité des problématiques, des personnes soignées et des techniques de soins utilisées. Toutefois, une chose est constante, et unit chacun de ces employés : le sentiment de valorisation et d'accomplissement après un quart de travail. Ce fameux sentiment d’avoir fait la différence dans la vie d’une personne.

En m’entretenant avec ces personnes desquelles il serait impossible de se passer, j’ai recueilli différents témoignages qui m’ont fait réaliser l'importance de leur emploi, et ce qui les a poussées certaines personnes à devenir des experts en humains.

Voici donc 7 histoires inspirantes qui font de ces travailleurs des héros du quotidien:

« La situation que j’ai vécue se déroule à l’urgence. J’ai reçu une nouvelle admission pendant une période très achalandée. Une jeune adolescente atteinte du syndrome de Gilles de La Tourette. Elle a été admise à l’urgence parce que ses tics vocaux très aigus étaient devenus incontrôlables. Plus elle était nerveuse, plus ça empirait. Ce qui causait sa nervosité, c’était la façon dont les gens la regardaient. Elle ne supportait pas non plus les effets secondaires des médicaments antipsychotiques qui auraient pu aider.

Comme elle venait d’arriver, ses tics étaient très forts. Nous l’avons isolée dans une petite pièce, mais le son était amplifié par l’écho de la salle. Elle pleurait. Je suis allée la rejoindre et je lui ai parlé d’autre chose en ignorant complètement les tics. J’ai accueilli la patiente avec une conversation normale et des blagues un peu clichées. Elle était d’abord surprise, puis elle s’est détendue. À la fin de notre conversation, elle m’a remerciée de m’être entretenue avec elle avec respect et sans préjugés. Je lui ai dit que ses « bobos », qu’ils soient en dedans ou en dehors, pour moi, ça ne change rien. Quand on est infirmière, on aide les gens à se sentir mieux, point. »  

Stéphanie, 28 ans, infirmière clinicienne


« J'avais un patient avec un cancer du cerveau incurable, et il était presque paralysé. On venait de l’accueillir aux soins palliatifs. C'était un bel homme qui avait l'air d'avoir toujours bien pris soin de son apparence. Il m'a dit qu'il ne s'était pas lavé les cheveux, et qu'il ne se sentait pas bien avec ça. Même si en tant qu'infirmière ce n'est pas dans mes tâches habituelles, et que je n'avais pas beaucoup de temps à ce moment-là, je lui ai lavé les cheveux pour qu'il se sente mieux. Il était tellement content; il pleurait de bonheur juste à cause du petit geste que j'ai posé... J'étais contente d'avoir pris 5 minutes de mon temps pour le rendre aussi heureux. Sa femme est venue me voir par la suite pour me remercier! Ça m'a particulièrement touchée puisque pour nous, laver des cheveux est vraiment anodin. Pour lui, c'était un grand geste. Cette journée m'a aidée à réaliser à quel point il ne faut pas tenir les choses « normales » pour acquises. 
Estelle, 23 ans, infirmière et étudiante au baccalauréat en sciences infirmières

« Je suis pharmacienne d'établissement. Très peu de gens savent qu'il y a des pharmaciens qui travaillent dans les hôpitaux, et encore moins de gens savent ce qu'on fait au quotidien. En gros, on est là pour veiller à ce que la thérapie médicamenteuse des patients hospitalisés soit sécuritaire et optimale. Ce qui me rend le plus fière de mon travail, c'est quand je vois dans les yeux d'un patient que j'ai fait une différence ou qu'on me dit: « merci d'avoir pris le temps ». Je me rappelle d'un jeune patient qui était hospitalisé pour des traitements de chimiothérapie pour une leucémie. Au début, il était réticent quand j'allais le voir; je le comprends, il devait prendre 10 nouvelles pilules tous les jours, et moi j'étais la pharmacienne... la « Madame pilule ». Mais j'ai pris le temps. Le temps d'aller lui parler tous les jours, pour lui expliquer à quoi servait chacun des médicaments, lui expliquer quand et comment les prendre. Je lui ai fait un calendrier avec des horaires pour prendre ses médicaments. J'ai discuté avec son médecin pour essayer de trouver des alternatives et rendre son traitement le plus simple et personnalisé possible, avec le moins d'effets secondaires possibles. Ce jeune patient-là, quand il est parti, est passé me voir à mon bureau pour me remercier. Ça vaut tout l'or du monde de savoir que tu as fait quelque chose de bien pour une autre personne. Et ça, c'est mon quotidien. »

Caroline, 24 ans, pharmacienne d'établissement 


« Je travaille avec des personnes atteintes de la maladie d'Alzheimer, et qui vivent des épisodes de démence. Une de mes patientes, bien attachante, était très avancée dans sa maladie. Parfois elle me reconnaissait, mais sans se rappeler pourquoi on se connaissait. Le soir, avant qu'elle se couche, je devais lui faire une toilette partielle et l'aider à se mettre en pyjama. Pour lui faire plaisir, je mettais la chanson « J'attendrai » de Rina Ketty car c'est une chanson qu'elle chantait souvent. Chaque soir, je lui disais « bonne nuit » en lui démontrant une attention sincère. Elle me serrait la main en pleurant et en me disant qu'elle était chanceuse d'être tombée sur une personne comme moi. Ce petit moment, qui peut paraître anodin, était vraiment spécial pour moi. »

Maude, 19 ans, préposée aux bénéficiaires


« J'ai eu une patiente qui souffrait d'un cancer du cerveau et comme elle était souvent en récidive elle se faisait régulièrement opérer. J'avais l'habitude de prendre soin d'elle puisqu'elle revenait fréquemment aux soins intensifs. Elle était jeune, du même âge que moi. Avec le temps, je me suis attachée à elle et à sa famille. Un jour, elle est revenue me voir, en forme, sans déficit physique et elle allait vraiment bien. Le bonheur que ça m'a procuré était indescriptible. Toutefois, un mois plus tard, je l'ai admise à l'hôpital et j'ai vu que son état de santé s’était beaucoup détériorée. Sa famille était en larmes, et moi aussi. 

Ce n'est pas une histoire heureuse, la patiente est finalement décédée. Mais j'ai aidé la famille à se préparer à ce deuil. C'est un des moments qui m'a le plus marquée dans le cadre de ma profession. Quand la mère d'une patiente te serre dans ses bras, tu réalises l'importance que tu as dans la vie des patients. Chaque jour, je sens que ce travail est fait pour moi. Je me sens tellement valorisée grâce aux patients et à leur famille. Ça vaut tout l'or du monde. »

Mélissa, 21 ans, infirmière


« Je travaillais comme préposé aux bénéficiaires, mais j'étais également en stage en soins infirmiers. On m'avait assigné une dame dans un CHSLD. Je devais lui donner ses médicaments, mais aussi l'aider avec ses soins d'hygiène et ses activités quotidiennes. Selon les informations que j'avais reçues, la dame avait beaucoup de difficulté à marcher et je devais utiliser le lève-personne pour l'aider à se mobiliser. Après deux semaines de stage, la dame m'a confié qu'elle désirait vraiment pouvoir marcher à nouveau. Sa famille, qui l'avait d'abord prise en charge, manquait de ressources pour l’aider adéquatement à ce niveau. J'en ai parlé à ma professeure, et avec l'accord du superviseur, on l'a aidée à faire des exercices de mobilité pour qu'elle renforcisse ses jambes. Nous avons même réussi à l'aider à se rendre à la toilette en marchant. Elle s'est mise à crier de joie, les yeux pleins d'eau. Quand je suis revenu dans ce département, quelques mois plus tard, la dame faisait toujours ses exercices et se déplaçait avec une marchette avec l'aide d'une employée. Ce type de situation a un impact énorme sur ma vie et contribue à me convaincre que j'ai choisi le bon domaine d'études. »

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