Abolir les pourboires au Québec: mais quel plan de m*rde - Narcity

Abolir les pourboires au Québec: mais quel plan de m*rde

Qu'on me lance des roches.

Ça fait maintenant quelques semaines qu'on jase de ces restaurants montréalais qui ont pris l'initiative d'abolir le système de pourboire dans leurs établissements. Parmi ceux-ci, le restaurant Zero8, situé dans Rosemont, et le Bistro Rosie de Rosemont.

Selon les propriétaires, c'est une manière d'établir l'équilibre entre leurs employés en diminuant l'écart salarial. Au restaurant Zero8, les prix des repas sont augmentés jusqu'à 13%, et ça inclut un minimum de 15$ de l'heure à tous les employés. Une pratique déjà courante en France. 

...Mais quel plan de m*rde, sérieusement. 

Selon moi, supprimer les pourboires des restaurants est la pire chose qu'on puisse faire pour l'employé, mais également pour le client. La seule personne qui y gagne vraiment, à mes yeux, c'est le propriétaire. 

Du côté du client, le pourboire est donné à sa discrétion. La norme est de 15%, mais celui-ci est libre de l'adapter, à la hausse ou à la baisse, selon le service reçu. À ceux qui n'en laissent jamais et disent: « si t'es pas content, change de job » j'ai envie de dire : « si tu ne sais pas vivre en société, reste chez-vous ».

D'ailleurs, pauvre client qui n'en laisse jamais qui verra le prix de ses plats préférés augmenter au restaurant. Monter les prix, c'est pas abolir les pourboires, c'est le forcer en l'incluant dans la facture. 

Le pourboire est une manière de s'assurer un bon service. Même si, oui, le serveur devrait être aussi performant, peu importe le montant du pourboire, c'est une motivation pour lui. Si vous êtes déjà allé en France, vous avez définitivement constaté la nonchalance de certains serveurs.

Pour avoir travaillé dans la restauration pendant plus de dix ans, je dois vous dire que des caprices de clients, j'en ai vu en long et en large. Des modifications d'assiettes à ne plus finir, des délais de services vraiment précis (comme avoir sa bière à un certain moment du repas exact), des demandes superflues comme accompagner son enfant à la toilette, prendre des photos du groupe, mettre un biberon dans le micro-ondes... Beaucoup de choses qu'on a pas nécessairement le temps de faire pendant l'heure d'achalandage, mais qu'on fait parce que c'est notre travail de traiter les clients aux petits oignons. Au Québec, c'est la norme de prendre soin de sa clientèle, et on s'y est habitué puisque notre salaire en dépend.

Dans les bars, le pourboire est aussi une manière de reconnaître des bons clients, et parfois les récompenser. Le barman va payer une tournée à une clientèle payante. Si ses pourboires sont abolis, il ne déboursera jamais un sou de sa poche pour remercier des clients de lui être fidèles: il fait le même salaire que le client vienne ou pas. Ça va ainsi être la fin des sollicitations et cadeaux de la part des employés et des efforts pour conserver sa clientèle. (As-tu pensé à ça, boss?). 

Aussi, vous me direz que les salaires seront adaptés, et les serveurs auront un salaire fixe garanti. Ça règle le problème du gamble quand on rentre travailler: celui où on sait pas si on va rentrer chez soi avec 20$ ou 100$ dans les poches. 

Pour quelques restaurants peu achalandés, les serveurs seront soulagés. Mais qu'en est-il des restaurants à volume super achalandé? La Cage aux Sports pendant des matchs de Hockey. Les buffets, ou les bars sportifs pendant le Superbowl? Qui va vouloir passer une soirée à courir et faire des quarts de travail de 12h pendant les gros événements, s'ils sont payés le même salaire que le lundi matin quand il n'y a pas un chat?

La vérité, c'est qu'il n'y a plus personne qui va vouloir courir partout pour t'offrir un service impeccable pendant le rush si ça n'influence pas son salaire. Il va te faire attendre, comme tout le monde. 

La vérité, c'est aussi que certains propriétaires s'en serviraient pour se remplir les poches. Si les prix des assiettes sont montés et que le propriétaire cédule moins d'employés, par exemple, ses serveurs vont travailler plus fort et il payera un salaire de l'heure de moins. Vous me direz que les propriétaires portent une attention à la qualité du service et au traitement des employés. Je vous répondrai que j'ai travaillé dans des établissements où l'employé paye quand il fait une erreur, paye son uniforme, et paye quand les clients partent sans payer. Je suis donc certaine que ce type d'employeur serait le même qui mettrait moins d'employés sur le plancher pour se remplir les poches. 

Alors, qu'en est-il de l'équité salariale entre employés qu'on veut atteindre? 

J'approuve totalement quand on dit que les salaires devraient être mieux répartis. Voici pourquoi je prône la répartition des pourboires avec les hôtesses, cuisiniers et busboys. Alors que certains serveurs ne comprennent pas pourquoi ils partageraient un pourcentage de leurs revenus, je crois que ça devrait être la norme. Actuellement, dans beaucoup trop de restaurants, il n’y a aucune coopération entre la cuisine et le plancher. Si le salaire du cuisinier dépend aussi des pourboires, il va se forcer pour donner un service et préparer des assiettes impeccables. Même chose pour tous les employés.

Pour terminer, je crois sincèrement que tu veux continuer à avoir un beau sourire le matin pendant que tu te fais servir ton café, et un autre sourire quand ton enfant lance son assiette par terre, tu ne veux définitivement pas l'abolition des pourboires au Québec. 

Partager sur Facebook