J'avais 20 ans. Faut dire qu’à 20 ans, j’étais pas la plus sage des p’tites filles. Parce qu’en plus des soirées de brosse de la fin d’semaine, y’avait celles du mercredi soir au Café d’en face et la consommation de certaines substances illicites. Disons que j'pourrai jamais dire que j'n'ai pas vécu ma jeunesse.

Avoir eu une fille comme moi, j’aurais certainement fait des ulcères d’estomac. J’étais une p’tite criss quoi. À 17 ans, je m’évadais de ma chambre, au sous-sol, par ma fenêtre. Jusqu’au soir où je me suis fait dénoncer par le p’tit Schnauzer de ma tante qu’on avait accepté de garder. Betty, qu’elle s’appelait. Ah, la sal*pe! J’peux te dire que mon père m’attendait sur un temps! J’me suis tenue les fesses serrées pendant un moment, mais ça n’a pas duré longtemps.

Fa’qu’un beau soir, comme à mes fidèles habitudes, je me prépare à sortir. Une chemise à carreaux et deux pill' plus tard, je suis prête. Prête à en virer une sans lendemain. Difficile de ne pas finir scrap quand les drinks, la bière et les shots sont à 3 $.

Le mélange d’alcool et de prep’ me dit que j’vais l’échapper bientôt. Comme de fait, les pupilles ben dilatées, je suis dans l’euphorie totale. Le stade du « possiblement saoule » est derrière moi ; je suis déchirée.

Fa’que si je me fie à mes habitudes, la soirée a dû finir vers les 3h…parce que j’t’une fille qui ne veut rien manquer, t’sais. Une soirée n’est pas réussie si elle ne se termine pas assise sur une fesse sur un banc du bar avec un œil de pirate.

Je pouvais me compter chanceuse dans ma débauche, parce que je savais que je revenais accompagnée. Le propriétaire et moi avions eu quelques rapprochements, jadis. L’histoire avait commencée lors d’un voyage à Cuba et s’était continuée au Québec. Y’avais rien de mal à ça, nous étions tous deux célibataires.

En fait, pour être célibataire, je l’étais! Je ne voulais pas m’engager dans une relation si elle n’allait pas me mener au mariage. Oui je sais, je rêvais un peu au prince charmant à l’époque. T’sais ce genre de relation où y’a aucun doute que c’est l’homme de ta vie. Fa'que, je m’étais dit que mon premier chum allait être celui-ci. Et que pour ce faire, j’allais prendre tout le temps qu’il faudrait pour attendre le bon. Qu’avant de m’engager dans du sérieux, ça devait être sérieux quoi!

Le lendemain, j’me réveille, comme de fait, chez lui. Ma soirée d'hier manque un peu de netteté... En fait, je sais que j’ai eu du gros fun noir, mais je ne saurai vous raconter les détails de cette soirée. J’ai toujours eu ce problème des blancs de mémoire, mais dans c’temps-là, ça ne m’inquiétait pas encore. L’important c’était que j’aille du fun, et pour ça, j’en avais eu! Du moins, de c’que j’me rappelle…

Fa’que parle parle, jase jase, encore dans le lit, j’me fais demander : « Te souviens-tu de c’que tu m’as dit hier soir? » Eh là là… une question qui me tue encore aujourd’hui. Fa’que je joue l’innocente parce qu’en fait j’le sais carrément pas.

- « Vite de même non… »

- « Tu m’as dit : On officialise-tu ça là

Pis la y’a moi qui répond avec une onomatopée quelconque : « Ahhhhh…. » soulevant toute la portée de ma fameuse question d’hier. En d’autres mots, sous l’effet de plusieurs substances j’ai eu la brillante idée de rendre formelle une fréquentation d’un mois. Mon idée de prendre mon temps pour trouver le prince charmant est vite passée aux oubliettes hier soir.

Fuck, j’ai un chum!

Fa’qu’à la place de revenir sur des paroles d’une soulonne (c'est-à-dire les miennes) j’me suis dit pourquoi pas essayer. Après tout... c’est fait, j’ai un chum en ce moment même. Et ç’a marché! 5 ans! J’devais avoir eu une p’tite voix en moi cette soirée-là, je sais pas, mais j’ai quand même bien fait de l’écouter.

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