La semaine dernière, c'est après plusieurs mois dans l'ombre que la victime alléguée d'Éric Salvail s'est dévoilée pour prendre la parole publiquement dans les médias. Celui qu'on connaissait depuis plusieurs mois comme D.D. s'appelle Donald Duguay, et c'est l'unique plaignant retenu par le Directeur des poursuites criminelles et pénales dans la poursuite contre l'animateur Éric Salvail pour agression sexuelle, harcèlement et séquestration.

La poursuite porte sur les événements survenus d’avril à novembre 1993, mais c'est un événement précis, survenu dans une salle de bain de Radio-Canada le 29 octobre 1993 qui est à l'origine des chefs d'agression sexuelle et de séquestration auxquels Éric Salvail fait face. 

Pour plus d'informations: La victime alléguée d'Éric Salvail sort de l'ombre pour se confier sur son traumatisme

Après avoir vu son témoignage circuler à une vitesse monstre dans les médias papier cette semaine, Donald Duguay était présent hier à Tout le monde en parle pour un témoignage qui n'a laissé personne indifférent.

Il fait un retour sur les événements dont on avait parlé pendant la semaine, et explique pourquoi il s'est tu pendant 25 ans,  même s'il avait déjà voulu porter plainte. 

« Mais la peur, la honte, on ne sait pas si on va être cru... Le trouble intérieur est déjà bien ancré qu'on est déjà déstabilisé au point où, souvent, fermer le couvercle semble la meilleure solution. »

Les conséquences d'agression sexuelle sont immenses, et celles de Donald Duguay semblent encore plus difficiles à vivre alors que son procès est sur la place publique. Plusieurs ont, par le passé, clairement évoqué sur les réseaux sociaux leur désir de voir Éric Salvail revenir et laissent leur amour pour l'animateur prendre le dessus. D.D. a avoué avoir voulu mettre fin à ses jours à plusieurs reprises: 

« Probablement que les conséquences d'un viol complet sont beaucoup plus grandes, mais les conséquences de l'agression sexuelle restent aussi grandes. (...) Ça vient attaquer la personne dans son for intérieur: sa vision de soi, la vision des autres, comment on voit la société, comment on voit notre avenir, les partenaires qu'on va choisir dans notre vie pour nous accompagner ne seront pas nécessairement les bons. »

« Je me suis rendu compte que j’étais le seul plaignant, ça reposait tout sur mes épaules. C’était une lourde responsabilité. J’entendais toutes sortes de commentaires, à gauche et à droite sur mon cas, de gens qui ne me connaissent pas du tout et je me noyais en moi-même. Je me disais, à ce moment-là, qu'on a peut-être les agresseurs qu'on mérite en tant que société. 

«On entend beaucoup que c'est la parole de l'un contre l'autre, mais c'est rarement vrai. C'est souvent la parole de la victime qu'on va charcuter sur la place publique, et la personne qui est accusée n'est même pas obligée de témoigner à son propre procès. Ça paraît mal, mais si on arrive à tirer sur tous les fils qu'on peut sur la victime, elle va s'effondrer d'elle-même, et le jeu est complet.»

L'homme explique avoir eu peur d'Éric Salvail et même du public qui a beaucoup d'amour pour Salvail et en veulent à D.D. d'avoir porté plainte, mais c'est terminé: « Je n'ai plus peur de lui, je relève la tête et j'ai hâte au procès. »

Donald explique à quel point on est mal outillé face à ces situations-là parce qu'on n'en parle pas assez. À ses yeux, le silence tue. Il compare l'agression sexuelle avec une agression physique à l'arme blanche. Selon lui, si on dit s'être fait agresser à l'arme blanche, ça fait réagir. Si on parle d'une agression sexuelle, c'est tabou et les gens ne savent pas comment réagir, en partie parce qu'il n'y a pas de cicatrice physique à montrer, et ça ne devrait pas être ainsi. 

Il termine avec un message important aux victimes qui voudraient porter plainte à la police. Selon lui, c'est important d'appeler, et ne pas se présenter à l'improviste: 

« Si on se pointe au poste de police comme ça, on tombe sur quelqu'un qui n'est peut-être pas bien formé pour recevoir cette parole-là, et c'est là où, déjà, ça peut crisper la victime. Tandis que si vous appelez, on va vous donner un rendez-vous avec un enquêteur spécialisé, soit en violence conjugale, soit en agression sexuelle.»

Le témoignage complet de Donald Duguay est disponible sur le site de Radio-Canada

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