En 2018, les Canadiens ont passé en moyenne 1h48 par jour sur les divers réseaux sociaux.  Toujours plus forts de leur popularité, ils sont toutefois liés à de nombreux problèmes de santé mentale.

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En effet, de plus en plus de psychologues, psychiatres et chercheurs mettent en garde les Canadiens de l'impact que peut avoir une utilisation répétée de ces médiums de communication.  Parmi les problématiques, le sentiment de solitude et de déprime, la crainte de rater un évènement et d'ignorer ce qui trend présentement, le sentiment d'anxiété qui occure lorsque l'on compare sa vie à celle des instababes, une idéalisation de la beauté et de l'image corporelle, la cyberintimidation, le harcèlement ainsi que la privation de sommeil.

Une étude menée par Bruce Hardy et Jessica Castonguay de la Temple University Klein College of Media and Communication de Philadelphie ajoutait même que l'effet négatif que les réseaux sociaux peuvent avoir sur la santé émotionnelle et mentale est en fait dépendant de l'âge et du nombre de plateformes utilisées régulièrement par les individus. Les jeunes adultes de 29 ans et moins semblaient avoir une meilleure santé mentale lorsqu'ils utilisaient un nombre plus élevés de plateformes sociales tandis que les 30 ans et plus démontraient une santé mentale affectée négativement dans une même situation. Les Milléniaux, c'est-à-dire tout ceux qui sont nés entre 1981 et 1996 ainsi que la génération s'ensuivant, ont grandi avec les réseaux sociaux et réagissent donc plus positivement à l'influence de ceux-ci, contrairement aux générations qui ont été forcées de s'adapter. 

Ainsi, selon cette étude, si vous faites partie d'une génération qui utilise les réseaux sociaux de manière routinière, il semble que vous pouvez les utiliser pour améliorer votre santé mentale plutôt que l'affecter.  Les générations précédant les Milléniaux utilisent plutôt les plateformes sociales pour reconnecter avec des personnes de leur passé. En voyant à quel point les personnes ont changé, cela peut occasionner du stress, selon ces chercheurs.

À la lumière de ces données, comment se fait-il qu'autant de personnes appartenant justement à la génération des Milléniaux sortent du placard et mentionnent leurs problèmes de santé mentale ou leur défi à rester sain d'esprit sur les réseaux sociaux?

Narcity a décidé de se pencher sur la question en sondant 3 célébrités des réseaux sociaux qui ont déjà osé s'ouvrir sur le sujet sur leurs plateformes sociales.

La réalité d'Alanis, Élisabeth et Joannie

Toutes 3 régulièrement actives sur Instagram, il semble que leur vie gravite autour de la création de contenus pour cette plateforme. Toutefois, ces 3 jeunes femmes ont des projets personnels qui nécessitent plusieurs heures de travail et qui ne sont pas nécessairement pertinents d'être postés sur les réseaux sociaux. Pour Alanis, travail personnel et travail virtuel vont toutefois de pair; 

@alanis.desiletsembedded via  

« (...) j’aime ce que je fais. Je n’accepte jamais des contrats que je n’ai pas envie de faire. Je n’ai pas vraiment l’impression de travailler. Vivant dans une génération où notre cellulaire est une continuité de notre main, je ne ressens pas le besoin de ‘céduler’ mon temps comme un horaire normal de 9h à 17h. (...) les réseaux sociaux roulent 24/7, je me dois donc d’être souvent active, ce que j’adore, bien évidemment. » - Alanis

Pour Élisabeth et Joanie, la situation est quelque peu différente.  En effet, Joanie qui travaille actuellement pour OD+, rush un peu plus pour trouver du temps pour ses projets perso. Elle aimerait lancer sa marque de casquettes si possible avant Noël et pitcher son idée de show à certains producteurs. Toutefois, Joanie confirme que pendant la saison d'OD, c'est impossible de se concentrer sur d'autres projets personnels.

« 5h par jour est dédié de près ou de loin à Occupation Double. (...) C'est un beau défi pour moi. J'ai pas étudié pour faire cela et je suis fière à quel point j'ai appris vite. (...) mais c'est beaucoup de travail derrière. Pour faire une capsule de 3 minutes, c'est peut-être 12 heures de travail. C'est comme si j'allais à l'école en même temps (...) je sors beaucoup de ma zone de comfort. » - Joannie

Élisabeth, qui est à la tête de Hoaka swimwear passe 4 à 5h par jour à travailler sur ses réseaux sociaux. Toutefois, le travail qui s'effectue à son entrepôt situé à Blainville ne doit pas être négligé; une quarantaine d'heures par semaine est nécessaire. Faites le calcul; environ 70 heures de travail par semaine.

Ainsi, comment ces instagrammeuses font-elles pour rester en santé, saine d'esprit et faire face à la pression ressentie par leur position?

La pression ressentie chez nos instagrammeuses

Qui dit réseaux sociaux, followers et monétisation de sa page Instagram pour mousser les ventes ou l'intérêt des projets personnels ou d'entreprises, dit pression. Pression qui peut affecter la santé mentale des individus. Cette dernière se décline toutefois sous différentes formes, tel que le mentionnent nos 3 instagrammeuses québécoises. 

« Il y a toujours de la pression. Déjà là d'être dans ce milieu, c'est un milieu tellement incertain. Tu ne sais jamais ce qui va marcher. Il y a une pression par rapport à trouver sa place. Je trouve ça le fun d'essayer plein d'affaires, mais c'est quand même une pression parce qu'à chaque fois c'est un défi. Non, on ne devrait pas se comparer, mais oui on regarde quand même ce que les autres font. » - Joanie

@rainbowsexonfireembedded via  

« (...) s'il y a quelque chose que je trouve plus difficile, c’est le manque d’humanité. Quand ça va bien, ça va bien... Mais quand ça va mal, ça va vraiment mal. On est mal coiffée et les gens nous pointent du doigt, pis c’est bin correct, on a signé pour ça. Par contre, on dirait qu’ils oublient qu’on est simplement humain. Quand on est trop honnête et authentique, ça fait pas la job; quand on l’est pas assez, c’est pire. Je me compte chanceuse de vivre dans une génération plus ouverte d’esprit que celle de nos arrières grand-parents, mais on a encore du chemin à faire. » - Alanis

Alors, comment arrive-t-on à dealer avec la cyberintimidation, la pression, les commentaires déplacés et le fait d'être constamment jugé et scruté?

Pour sa part, Alanis ne s'y attarde pas. Une force de caractère qu'elle est bien heureuse de posséder puisque les gens peuvent vraiment être cruels et méchants. Elle ajoute même : 

« Je suis égoïste de mon bonheur. C’est drôle à dire, mais je ne me sent pas mal de prendre des décisions qui me rendent heureuse au détriment de décevoir d’autres personnes. J’essaie le plus possible de faire du sport, de bien m’alimenter et de m’entourer de gens vrais, bons pour moi et qui comprennent mon mode de vie.  J’ai assurément les meilleurs amis du monde, et pour moi ça vaut plus que n’importe quel psychologue. » - Alanis

Joanie parle plutôt de l'importance de couper, de changer pour mieux respirer. Celle qui a bloqué une quarantaine d'individus qui n'arrêtaient pas de la harceler avec des commentaires, a depuis ce temps-là la paix.  

« Mais y'en a toujours qui ressortent, qui disent des choses out of nowhere, qui parlent de choses qu'ils ont vu l'année passée, qui n'ont pas suivi ton évolution, qui déboguent pas de cela. Y'a des commentaires que je signale quand je vois que c'est vraiment inutile, gratuit, que la personne a pas réfléchit. On dirait que desfois je suis pas capable de dealer avec. » - Joanie

Joanie deal donc avec la pression en faisant 3h de yoga kundalini par semaine afin de rester zen. Il n'en reste pas moins que certains jours, elle n'est pas capable de dealer avec ce genre de personnes ayant elle-même des issues à travailler.

Y'a des jours où je me dis t*barnack, j'ai l'impression que je travaille fort, j'essaie de montrer le meilleur et cr*ss y'a encore quelqu'un qui vient me gosser avec des vieilles histoires. J'ai de la misère à comprendre ces gens-là. C'est comme de l'amour inversé. Il te « hate » (détestent), mais il te « hate » tellement qu'ils prennent le temps de commenter. - Joanie

Élisabeth a eu beaucoup de difficultés avec cela dans la dernière année parce qu'elle publiait beaucoup de détails sur sa vie personnelle et sur des trucs qui lui tenaient à coeur. 

@elisabeth.riouxembedded via  

« Récemment ça m'a vraiment fait du bien de ne plus publier les choses qui me tiennent vraiment à coeur. Les gens s'attendent à ce que je parle de ma vie personnelle mais pour le moment je suis dans une phase où je garde mes choses personnelles, personnelles. J'ai maintenant aucun sentiment d'appartenance, j'ai appris à me détacher de ce que les gens disent. Maintenant je passe beaucoup de temps avec mes amis. Les chiens c'est ma grande thérapie.»  - Élisabeth

Les réseaux sociaux? Bons ou mauvais pour la santé mentale?

Malgré le fait que certaines personnes semblent mener une vie rose et parfaite sur les réseaux sociaux, Joanie mentionne les struggles du quotidien; le nombre d'heures passées à travailler sur un projet, le téléphone qui ne sonne pas, le non-aboutissement de certains projets, le fait de partager une partie de la réalité qui vient fausser la vraie personnalité des individus.

Élisabeth mentionne pour sa part qu'il s'agit de perception. « C'est juste d'apprendre à consommer les réseaux sociaux de manière responsable pis consommer des trucs qui justement vont nous motiver à en faire plus et non qui vont nous décourager », explique Élisabeth. Quoi qu'il en soit, toutes sont d'avis que les réseaux sociaux ne sont pas que négatifs. Bien au contraire.

« C'est ma manière de m'exprimer (...) d'exprimer mon art. Ça m'a donné une liberté d'expression. Une plateforme pour faire avancer les choses. Les réseaux sociaux m'aident beaucoup à parler de la cause de l'égalité des sexes, du corps de la femme ( et à) amener les gens à réfléchir sur eux-mêmes.»  -  Joanie

« Instagram c’est vraiment une façon pour moi de découvrir les couleurs de chaque personne ou entreprise que je suis. C’est aussi une façon d’exprimer les miennes, de laisser aller ma créativité. J’ai de la misère quand les gens rabaissent cette plateforme, parce que quand on s’en sert intelligemment on a le choix d’etre conscient que tout découle de notre perception, que tout ce qu’on fait on a le contrôle dessus. J’aime vraiment cette application. » - Alanis

« C'est une belle façon d'aider les gens, de les encourager à s'aider eux-mêmes. Je pense qu'il faut se connaître soi-même pis savoir de quelle façon on se sent quand on suit un certain type de page et justement consommer de façon intelligente. J'aime vraiment travailler. Je travaille pas mal tous le temps C'est ce qui m'occupe le plus. Les réseaux sociaux c'est un peu ma façon de communiquer avec les gens et d'être sociale. »  - Élisabeth

@elisabeth.riouxembedded via  

Il n'en reste pas moins que les réseaux sociaux peuvent affecter la santé mentale des instagrammeuses.

« Tu te sens comme une propriété publique. Comme si tu étais un bien publique. Un bien publique, il n'y a pas de gardien de sécurité. Donc quand y'a des ptits bums qui ont le goût de faire des grafitis, y'a personne pour les en empêcher. C'est comme cela que je me sens desfois. » - Joanie

À la lumière de ces éléments, peut-être serait-il important à l'avenir d'encourager et de souligner le travail des instagrammeuses d'ici et d'ailleurs qui, chaque jour, nous inspirent par leur contenu ou leurs conseils, plutôt que de partager une opinion mesquine et réductrice (très souvent non quémandée, on doit se le dire).

Après tout, nous sommes tous humains, nos valeurs et notre besoin d'expression sont différents et ce qui nous semble vrai à priori, n'est en fait que le résultat d'un montage et/ou d'une mise en scène fort bien pensés. On aime pas? On unsuscribe ou on en parle en privé avec nos ami(e)s. C'est le moyen de ramener à la mode les séances de chatting non?

 

 

 

 

 

 

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