Inspirée de la vague de fugues vue dans les centres jeunesse il n'y a pas si longtemps, l'émission Fugueuse, qui a commencé il y a 5 semaines, a beaucoup fait jaser les Québécois. Que ce soit à cause de la grande quantité de nudité, des images assez crues comme le viol collectif, ou simplement à cause du grand réalisme de la chose, tous s'entendent pour dire que la série ne passe pas inaperçue.

L'émission ne veut pas seulement choquer, elle veut sensibiliser les parents et adolescents à la cause des fugues, mais surtout aux risques auxquels les jeunes s'exposent, comme la violence et la prostitution.

Pendant qu'on s'attache à Fanny et sa relation toxique avec Damien, on a tendance à se laisser envahir par l'histoire, et même critiquer les choix de Fanny de manière beaucoup trop rationnelle.

Sur la page Facebook de l'émission, des commentaires comme: « Je ne comprends pas pourquoi elle ne va pas au CLSC faire une vérification après le gang bang. » ou « Pourquoi elle ne dit pas à Damien qu'elle pense s'être fait violer? » sont partout. C'est ça, le réalisme de l'émission; c'est la naïveté de ces jeunes femmes qui vivent totalement dans le déni et sont tellement manipulées qu'elles ne distinguent plus le blanc et le noir.

Fanny, c'est un personnage fictif, mais c'est aussi une représentation de centaines de jeunes femmes. Alors qu'on oublie toutes ces femmes derrière Fanny, nous sommes allées faire de la recherche pour avoir un portrait un peu plus exact de ce que c'est, les fugues et la prostitution au Québec.

Les 7 premiers mois de 2017 représentaient un record en matière de fugues au Québec.

Selon les chiffres de Réseau Enfants-Retour, il y avait déjà 71 dossiers de fugues traités en juillet 2017. Un chiffre énorme alors qu'en 2016 il y avait eu 67 cas ouverts par l’organisme pour toute l'année.


Selon le Réseau Enfants-Retour, 30 % des adolescents qui fuguent seraient victimes d’exploitation sexuelle.

Évidemment, c'est jamais vraiment ça, le but de la fugue. La fugueuse (ou le fugueur) se fait parfois recruter, mais va aussi parfois se rendre là par besoin, parce qu'elle est au pied du mur, sans argent.


Le fameux « gang bang », comme vu dans le 4e épisode de Fugueuse, est un rituel sexuel commun dans le milieu visant à désinhiber la jeune femme qui va ensuite se prostituer.

L'objectif des proxénètes est de désensibiliser émotivement et sexuellement les jeunes femmes et, comme vu dans l'émission, essayer de rompre le lien entre l'amour et le sexe chez la fille.


En 2013, 15,2% des suspects impliqués dans le proxénisme ou la traite de personnes étaient des femmes.

Comme « Natacha » de Fugueuse, de nombreuses femmes sont aussi présentes dans le processus. Des jeunes femmes sont même insérées volontairement en centres jeunesse pour faire du recrutement.


Les fugueuses ne peuvent pas être toutes mises dans le même bateau. Il existe en fait plusieurs types de fugues:

Fugue de survie, d'anatomie, de détachement, fugue test, d'émancipation, d'automisation, ancrage dans la rue.

C'est faux de croire que les jeunes fuguent toujours pour les mêmes raisons, même si le résultat final se ressemble souvent. Parfois, ce sera une fugue pour se protéger, alors que le milieu familial est dangereux et/ou violent. D'autres fois, ce sera parce que l'adolescent se sent mal aimé et veut tester le degré d'attachement de l'adulte. Dans d'autres cas, ça peut aussi être pour revendiquer des besoins d'autonomie et de liberté, un peu comme Fanny. Il y a des dizaines de causes différentes reliées à la fugue.

Les fugues les plus dangereuses sont celles qui ne sont pas préméditées, faites sous l'impulsivité ou la colère, parce que dans ce temps-là l’adolescent est d’autant plus vulnérable pour assurer sa survie.


En 2016, Canada Missing a recensé 1 959 fugues chez les filles de moins de 18 ans, et 3 028 fugues chez les garçons de moins de 18 ans au Québec.

Selon Réseau Enfants-Retour, les fugues comptent pour près de 90 % de tous les cas de disparitions et impliquent des jeunes âgés de 12 à 17 ans.


Une employée ayant travaillé une trentaine d'années en foyers d'accueil à Montréal nous a confié l'impuissance devant le recrutement qui se fait sous les yeux des intervenants.

« J’ai connu, comme intervenante, le fait qu’une limousine
se pointait à un coin de rue du foyer le vendredi après-midi (alors que se
font pour plusieurs les sorties ou congés de fin de semaine). »


Une loi empêche les centres jeunesse de « barrer leurs portes » pour empêcher les jeunes de fuguer.

La loi sur la liberté de circulation, en vigueur depuis dix ans, interdit aux établissements d’empêcher les adolescents d’aller et venir à leur guise. Par conséquent, certains sortent et ne rentrent pas pour leur couvre-feu.

Les seuls jeunes qui sont embarrés sont ceux en unités d’encadrement intensif. C’est seulement possible d’y recourir dans des circonstances très particulières, comme les jeunes qui ont commis des délits et sont à risques de récidives, et pour un temps court.

Les centres jeunesse ont pour but d'apprendre aux jeunes à vivre en société et les préparer à la vie adulte. Ils ne veulent, et ne peuvent pas les enfermer comme dans une prison et espérer que le jeune soit autonome et responsable à ses 18 ans lorsqu'il quittera le centre.


C'est faux de croire que le recrutement pour la prostitution se fait juste dans les centres jeunesse et chez les adolescents délinquants.

Comme on peut le voir dans l'émission Fugueuse, les recruteurs sont partout, et souvent lorsqu'on s'y attend le moins. En 2018, les réseaux sociaux sont de plus en plus utilisés et les jeunes femmes sont généralement recrutées entre 14 et 16 ans.


En tout temps, tu peux consulter la page de Réseau Enfant-Retour pour la liste des enfants et adolescents disparus.

Si tu as besoin d'aide pour toi ou un proche, clique ici pour une liste de toutes les ressources à consulter au plus vite au Québec.

 

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