La construction du nouveau pont Champlain coûtera plus cher que prévu et ne sera pas terminée à temps, estime le vérificateur général du Canada dans un rapport rendu public mardi. Il montre du doigt la planification et la gestion de risque déficiente du ministère de l'Infrastructure. Son analyse s'étend de 1999 à 2017.

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L'échéance pour l'ouverture du pont, qui a déjà été repoussée au 21 décembre 2018, lui semble ambitieuse même avec l'ajout de nouvelles ressources ou l'utilisation de nouvelles méthodes de construction pour accélérer l'achèvement du projet.

Le budget initial prévu pour le nouveau pont s'élevait à 4,2 milliards $, mais le projet a déjà connu un dépassement de coûts de 235 millions $ pour des mesures d'accélération et une indemnisation du Groupe Signature sur le Saint-Laurent, le partenaire privé responsable du chantier.

Des retards dans le transport des pièces, des conflits de travail et une grève ont retardé les travaux, constate le vérificateur général. Des modifications importantes apportées au projet en cours de route jettent un doute sur la capacité du groupe de terminer la construction à temps.

Tout retard supplémentaire entraînerait des répercussions importantes pour la région métropolitaine de Montréal. L'actuel pont Champlain joue un rôle économique important. Les échanges commerciaux auxquels il contribue atteignent 20 milliards $ par année.

500 millions $ gaspillés

Le gouvernement fédéral a mis du temps avant de débloquer les fonds nécessaires pour la construction du nouveau pont annoncée en 2011. Ce retard a entraîné des dépenses d'un demi-milliard de dollars qui auraient pu être évitées, souligne Michael Ferguson en précisant que ce chiffre ne tient pas compte du coût économique de la congestion routière due aux fermetures de voies et des restrictions de charge pour les camions.

Cette somme comprend 306 millions $ qui ont servi à effectuer des réparations majeures sur l'actuel pont Champlain en attendant que le nouvel ouvrage soit prêt. Elle comprend aussi le dédommagement de 235 millions $ pour le Groupe Signature sur le Saint-Laurent.

Le vérificateur général signale que le choix de mener ce projet avec un partenariat public-privé (PPP) dans le but de générer des économies a été fait sans analyse, alors que le PPP peut «s'avérer plus coûteux que le modèle traditionnel».

La construction du nouveau pont Champlain est un projet «sans précédent» qui comporte des risques importants et qui devait être réalisé en accéléré vu sa nécessité. «Le projet du nouveau pont Champlain était l'un des rares projets d'une telle complexité et d'une telle envergure jamais gérés par le gouvernement fédéral dans le cadre d'un partenariat public-privé», écrit-il.

Il remarque aussi que le ministère de l'Infrastructure n'a obtenu aucune garantie que le nouveau pont Champlain, dont la durée de vie prévue est de 125 ans, pourra demeurer en fonction aussi longtemps. L'actuel pont Champlain, ouvert à la circulation en 1962, s'est rapidement dégradé en raison de la corrosion causée par le sel et l'augmentation de la circulation de poids lourds.

M. Ferguson émet cinq recommandations, dont celles d'analyser le coût du cycle de vie des infrastructures et de mieux évaluer le modèle du PPP avant de le choisir. Le ministère de l'Infrastructure accepte toutes les recommandations.

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