J’ai 20 ans. Juste 20 ans. Quand on y pense, 20 ans d’existence, c’est vraiment pas beaucoup. Je viens de devenir une adulte, ma vie commence à peine. J’ai pas encore connu le vrai amour. J’ai pas encore fait de voyage qui change ma perception du monde ou ma vision de la vie. J’sais toujours pas c’que j’veux faire plus tard. J’sais même pas ce que j’vais manger demain midi pour dîner.

J’ai 20 ans, pis j’commence à m’aimer. À aimer la personne que je suis, les choses que je fais pis la vie que je mène. J’vais à l’école, j’travaille pis j’me divertie. J’ai une famille pis des amis qui m’aiment. J’pourrais pas demander plus, parce que l’amour des gens qui sont autour de nous, c’est ça qui est important, dans la vie. J’suis ben chanceuse.

J’suis chanceuse, pis j’le réalise aujourd’hui. J’réalise que j’aurais pas pu dire la même chose y’a quelques années, parce que j’le pensais tout simplement pas. J’étais peut-être pas assez consciente de toute la chance que j’avais, parce que j’étais trop occupée à ne pas m’aimer. À mettre de l’énergie sur tous les petits défauts que j’avais (pis que j’ai encore). À me regarder dans l’miroir pis à détester l’image que j’avais de moi. Mes dents trop espacées (que j’ai pu, grâce à 1 an et demie de traitement orthodontique), mes bourrelets, mes vergetures, mes seins trop gros, mes pieds trop grands, mes mains trop masculines, pis toute le reste. J’ai toujours été overweight.

Plus jeune, déjà au primaire, j’étais plus formée que la plupart des filles de mon âge. J’étais un peu plus grande et plus grassouillette. Mais arrivée au secondaire, c’est là que tout a changé. Tout s’est mis à pousser, beaucoup trop vite à mon goût. Mes seins grossissaient à vue d’œil. J’grandissais beaucoup trop rapidement. Pis surtout, j’ai engraissé. Beaucoup. J’suis passée de grassouillette à grosse. J’ai pas peur de le dire : j’étais grosse, au secondaire. Le cours d’éducation physique, c’était la mort, pour moi. Lorsqu’on avait natation, j’avais l’goût d’me cacher dans les vestiaires pour le reste de mes jours. Le plus atroce dans tout ça : les regards des gens.

Crédit photo - Jada

Le regard des gens. Ça a pas l’air de grand chose, dit de même. Mais crois-moi, pour une jeune ado de 15 ans, c’est big. Se faire regarder croche parce que t’es plus enveloppée que la moyenne. Ouch. Heureusement, ça s’est arrêté aux regards. Pas de murmures, de doigts pointés vers moi. Rien de tout ça… Ou je m’en suis juste jamais rendue compte.

Pis est arrivé le CÉGEP. Entre le secondaire 5 pis le CÉGEP, j’me suis mise au régime. J’allais au gym 4-5 fois par semaine. J’surveillais c’que je mangeais. J’en étais même rendue à compter mes calories, pis toute le kit. J’ai perdu 40 livres, pis mon Dieu que j’me sentais mieux ! J’étais tellement plus à l’aise dans mon corps et avec moi-même. J’me sentais plus belle, plus intéressante, plus drôle, plus toute ! J’avais ben plus confiance en moi, pis ça paraissait. J’ai commencé à m’intéresser aux gars, parce qu’ils s’intéressaient finalement à moi. J’étais heureuse. Du moins, j’le pensais. Peu après, mon obsession sur la bouffe a pris une tournure indésirable. J’me restreignais tellement que quand j’avais accès à de la bouffe « interdite », j’plongeais dedans. C’était catastrophique. J’ai développé un trouble alimentaire, avec lequel je struggle encore, 2 ans plus tard. J’ai repris tout le poids que j’avais perdu, et même plus. C’était vraiment pas facile.

Avec ben du travail sur moi-même, entre autre grâce à l’aide de la psychothérapie, de la respiration, pis avec ben de la volonté, j’ai réussi à passer au travers. J’ai appris à avoir une relation plus saine avec la nourriture, et avec moi-même, d’une certaine façon. J’ai appris à me voir comme j’étais vraiment : une belle jeune femme de 20 ans.

Ben oui, j’suis encore overweight. Mais j’me vois plus comme la fille que j’étais. J’ai appris à aimer mes courbes, à m’aimer à part entière. Mes vergetures font partie de moi : c’est la preuve que j’suis passée de petite fille à femme. J’ai toujours de gros seins, mais j’essaie d’en rire davantage que d’en pleurer. Mais si y’a quelque chose que j’ai appris, avec les années, c’est qu’il faut être bien avec soi-même. Cesser de se soucier du regard des gens. Vivre pour soi. Laisser tomber toutes les personnes qui nous rabaissent ou nous font sentir moins bien que l’on est vraiment. Parce qu’au final, y’a qu’une seule chose qui compte, le soir, quand on est dans son lit : s’aimer pour qui on est.

Ça fait qu’aujourd’hui, à 20 ans, j’peux enfin affirmer que j’suis bien avec moi-même. Pis que je m’aime, avec mes qualités comme avec mes défauts. Bye, là. Pis oublie pas de t’aimer, aujourd’hui.

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