Mes parents sont deux personnes très différentes. J’ai été élevée d’une façon où je savais que certaines choses allaient passer avec l’un et moins avec l’autre. Comme de fait, je m’arrangeais pour adapter mes envies et besoins selon le côté de famille qui avait ma garde. J’aurais pu faire Matane-Québec sur le pouce à l’âge de 15 ans avec l’approbation du paternel comme j'aurais pu boire une coupelle de bières avec l'approbation de la mère, au même âge. L’inverse m’aurait assurément valu des gros yeux.

Quand j’ai quitté le patelin pour voler de mes propres ailes dans la grande ville, j’ai continué de m’adapter de cette façon-là aux gens autour de moi. Une envie de tester les limites est venue avec. Au point de chercher elle était où, ma limite à moi. Quand allais-je rencontrer quelqu’un qui allait pousser à bout la mienne? Une fois, en cours, j’ai demandé à une fille que je connaissais à peine c’était quand la première fois qu’elle avait baisé. Plus tard dans la journée, elle m’a pris à part pour m’avouer que ça l’avait dérangé que je m’immisce comme ça dans sa vie privée. Pis j’ai été outrée. En rentrant chez moi, j’ai eu envie de raconter à mes colocataires l’anecdote de la fille coincée. Celle à qui ça dérangeait de raconter une aventure sexuelle qui nous aurait valu d’autres histoires croustillantes avec quelques gloussements. C’était ça, sa limite à elle. Pis c’était ben correct. Mais c’était ma limite à moi aussi, pis ça, c’était pas encore correct... parce que je l'avais pas encore compris.

Je suis dans le lot de personnes qui apprécient la vulgarité. Ou qui en faut beaucoup, pour trouver que quelque chose l’est, vulgaire. J’aime ça, voir une fille se promener les seins à l’air sans pudeur ou en croiser une qui porte une jupe aussi large qu’une ceinture. Je trouve ça attachant un mononcle qui place des sacres aux deux mots en parlant de la fois où il est allé donner un coup de main su’a ferme à son chum. Parce qu’il a le coeur su’a main, le mononcle’. C’est sa façon à lui de montrer qu’il l’aime vraiment gros, son chum. J’aimerais même ça entendre parler de la fois que tu t’es fait sodomiser à ta première expérience homosexuelle et que tu lui as chié su’a graine pis que t’étais vraiment gêné.

Ma dernière phrase a peut-être été comme un coup de poing dans le ventre pour toi. Prends le temps de la relire et la remaudire ma phrase, si tu veux. Ça, c’est ta limite. Pis c’est ben correct. C’est également ici que je dois mettre la mienne, par défaut. Pis c’est rendu correct. J’ai appris à l’accepter.

Au primaire, j'écoutais du 50 cent en jouant à Vice City avec ma gang de chums de gars pendant que le poste 781 de pornographie jouait sur l'autre télévision. Et ce, jusqu'à 3h du mat. On était chanceux, les parents de mon voisin n’étaient jamais là. C'était notre repère d’enfants à nous. Heureusement, je n’ai pas trop mal viré parce que même si j'ai été confronté «au monde adulte» très jeune, mes parents m'ont appris à rester dans ma zone «enfant» tout en restant honnête avec moi sur ce dans quoi j'allais basculer bientôt. J'étais informée pis c'est toute. Ils m'ont laissé la possibilité de me créer ma propre limite. Ils avaient confiance en moi.

Et c'est ce que je souhaite de tout mon coeur. Que le jour où j’aurai un enfant, il va savoir qu’il peut me parler de n’importe quoi. Qu'il sache que je vais pouvoir lui répondre s’il me demande ce que veut dire «nonobstant», au même titre que «Bukkake».

Après ça, il pourra bien décider lui-même elle est où, sa limite.

Les commentaires sont maintenant fermés.
Paramètres de compte
Notifications
Favoris
Me déconnecter

Enregistre cet appareil afin de recevoir des notifications