J'ai déjà été cette fille qui trippait sur les garçons tatoués. Je le suis encore un peu de même, je l'admets. J'sais pas pourquoi, j'trouve ça beau et sexy, c'est comme si chaque gars tatoué me disait "envoye bébé, embarque sur ma Harley, on va sillonner les routes pas de casque". Je sais que c'est dans mes fantasmes, parce qu'aujourd'hui les dudes ont plus souvent des abonnements de Bixi que des Harley, mais bon.

Bref, j'ai eu un rendez-vous galant une fois avec un mignon mec barbouillé que j'avais déniché sur les Internets. C'est l'été, il fait beau, j'me suis rasée les jambes, mis du déodorant, j'suis en p'tite robe fleurie, mes sandales match avec ma sacoche, j'me sens comme la duchesse du carnaval, je suis la star ce soir.

J'arrive en avance au resto où on s'est fixé le rencard, question de me starter solo. Je m'assois au bar, commande mon verre au cutie serveur et j'entame une conversation avec lui. On a ben du fun, pis je comprends qu'on se trouve pas trop laitte (lire on veut se frencher la yeule) parce qu'on a fini par boire 2 shots pis moi j'ai callé 2 verres de vino.

Ma date arrive, je l'avais oublié celui-là.  J'change donc ma concentration de place afin de ne pas paraître impolie, pis de pas avoir l'air de la fille qui couche avec le staff des resto/bars. Ça se déroule de manière régu, comme toute date classique, on se raconte nos vies, on boit, le temps file, on a du fun.

Crédit photo : Lucky

Je m'en viens torchée raide. Je parle beaucoup trop fort (pour le niveau de décibel acceptable dans un bar à vin), pis je commence à lui taponner les bras pour voir ses tatouages, geste un peu intrusif. Le gars est zéro vexé et m'annonce drette de même qu'il est propriétaire d'un salon de tatous. Ça a été le déclic meurtrier. Toute bonne brosse amène un lot d'idées de marde qu'on choisit de réaliser ou pas, mais la plupart du temps, ça apporte pas de grandes découvertes pis ça crée pas de meilleurs êtres humains.

Sachez que le reste de cette anecdote me fait porter le voile de la honte. Voilà, c'est dit. 

Il  paye l'addition (merci, j'aurais eu de la misère à faire mon nip) et on se dirige en marchant vers son salon de tatouage. Je prends bien soin de pogner envie de pipi en chemin. Avoir aucune classe prend ici tout son sens. C'est d'une tristesse infinie comme scène, j'me suis fait belle pour finir accroupie à me pisser sur les orteils dans une ruelle puante.

Ce qui est bien, c'est qu'il a pas l'air d'être dégoûté par cette scène (ce qui est suspicieux). On arrive au salon, je m'étends sur la chaise et je dois lui offrir un bout de mon anatomie à barbouiller. J'ai aucun tatou, c'est pas vrai que j'vais me laisser dessiner n'importe quoi n'importe où. J'ai offert mon talon. Même pas le côté, le dessous, t'sais là où personne peut voir, là où y'a aucun intérêt à se faire tatouer genre...

Monsieur s'élance dans son art, pis moi ça m'élance dans le talon BEN COMME IL FAUT. J'ai absolument zéro fun. Je serre les dents et je garde les yeux fermés, t'sais la fille qui a les yeux plein d'eau mais qui les assume pas pantoute. Mon supplice se termine quand j'entends pu le bruit de la machine et qu'il m'annonce que le résultat est cute. J'ai eu assez mal que je suis convaincue que j'ai 33% de mon corps de tatoué, genre un faucon qui me monte tout le long de la jambe jusqu'à mon pubis. Hélas non.

Il a sorti un miroir pour que je puisse admirer l'oeuvre. No joke, j'ai eu de la misère à voir sans mes lunettes tellement c'était petit. J'avais un coeur minuscule, soit environ la dimension d'un 25 sous au niveau du talon. Un coeur vide là, y'était même pas rempli d'encre à l'intérieur.

Ma date me dit très sérieusement « Chaque pas que tu vas faire loin de moi, c'est comme si tu me brisais le coeur ». On dirait que j'ai perdu toute mon ivresse one shot en me disant que c'était pas ma meilleure décision.

Le lendemain, j'allais voir ma grand-mère à l'hôpital; cette délicate Monique. Comme j'étais un peu maganée et que j'ai aucun filtre, je lui ai montré. Elle a rit de moi. Elle l'a raconté à toute ma famille, qui ont tous ri de moi. Elle m'a pris délicatement la main, et a commencé sa phrase par mon prénom. Quand tu commences ta phrase par le prénom de ton interlocuteur, c'est toujours du sérieux. Elle m'a dit que oui, c'était comique, mais que ça avait aussi quelque chose d'assez inquiétant mon comportement. Elle avait peur qu'on retrouve ma dépouille dans un fossé de Tijuana. J'ai feeler cheap, elle avait raison.

Mon tatouage est disparu après 2 semaines. Soit à peu près en même temps que j'ai arrêté de voir le gars. La vie est ben faite des fois.

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