De nombreuses femmes au Québec veulent être modèles. Malheureusement pour elles, seule une minorité correspond aux critères de « beauté » des agences les plus reconnues. Elles n’ont donc pas d’autre choix que de travailler à leur compte pour trouver leurs propres contrats. Et ça, plusieurs hommes profiteurs en sont au courant.

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Un « fauxtographe », c’est un homme qui se fait passer pour un photographe professionnel souvent afin de profiter des jeunes femmes qui posent pour lui. Il s’achète une caméra (ou utilise son cellulaire pour des raisons « artistiques » ) et affirme haut et fort qu’il sait ce qu’il fait. Plusieurs filles prêtes à tout pour réaliser leur rêve tombent alors dans le piège et travaillent pour eux dans le seul but de se dire « modèles. »

On en voit partout sur Kijiji et Craiglist, un des premiers endroits où les modèles amateurs vont pour trouver des contrats. Ce que plusieurs d’entre eux recherchent en fait, ce sont des jeunes femmes qui ne connaissent rien du milieu pour faire de la pornographie, se rincer l’oeil ou même coucher avec eux. C’est très fréquent.

J’en avais déjà contacté quelques uns à l’époque et certains disaient que toucher la modèle les aider à s’inspirer, me posaient des questions très indiscrètes sur mes parties intimes pour « apprendre à me connaître » ou m’offraient de l’argent pour que je couche avec eux. Bien sûr, j’ai dis non. Mais je me doute que s’ils continuent, c’est parce que ça a fonctionné avant.

Voici les témoignages que des modèles qui désirent rester anonymes m’ont partagés:

« Le « photographe » m’a approché en disant qu’il était photographe promotionnel pour Planet-X. Il offrait un très gros montant pour prendre ces photos pour la boutique. Avec vérifications auprès de la propriétaire, j’ai découvert que c’était en fait un prédateur sexuel et qu’il avait été arrêté auparavant pour ce même genre d’événement. »

« Je me suis fait approcher par un « recruteur » de Calvin Klein par Instagram me disant qu’il me voulait pour des publicités. Il m’a dit de contacter sa cousine en utilisant un courriel qui terminait par un « gmail.com.» Son profil Instagram ne contenait pas grand-chose. Je lui ai dit que les grosses compagnies passaient par des agences de mannequins, pas Instagram, et n’avaient certainement pas des adresses courriel gmail, mais bien avec les noms de leur domaine. J’ai fini par me faire traiter de salope, de grosse, de laide et autres et de me dire que de toute façon, personne ne voudrait de moi. »

« Je ne peux même plus compter le nombre de fois où l'on m'a demandé d'envoyer des selfies sexy ou des photos non censurées en disant qu'il s'agissait d'un pré-requis pour une séance photo alors qu'un vrai photographe se fit seulement au portfolio. Je ne perd plus mon temps à répondre à ce genre de messages aujourd'hui, mais il fût un temps où je questionnais énormément ce genre de message, ce qui faisait fuir ces fauxtographes. » 

Ça ne veut pas dire qu’il faut renoncer à être modèle. Mais il faut prendre des précautions. La plupart des opportunités de faire des photos gratuitement ou pour un petit salaire se trouvent dans des groupes Facebook ou sur des sites spécialisés comme Model Mayhem. Et dans tous les cas, il faut toujours faire sa petite enquête, car il y a beaucoup d’arnaques.

Avant de travailler avec un photographe inconnu, il est essentiel de demander son portfolio. Un d’entre eux m’a déjà envoyé une photo médiocre de fille en culotte les jambes écartées devant un mini frigo. Un autre m’a dit que ses photos étaient « privées », ce qui me laissait croire qu’ils les réservaient pour lui-même et sa main droite. Et encore là, si les photos sont trop belles, le « fauxtographe »  les a souvent juste prises sur Google.

Les modèles doivent aussi s’assurer qu’elles savent à quoi s’attendre. Elles doivent notamment discuter de la compensation, de comment les photos seront utilisées et du niveau de nudité. Ça m’est déjà arrivé d’aller à une audition et qu’on me demande de me déshabiller pendant qu’on me filmait sans que ce soit prévu. Le genre de truc qu’on verrait dans un film pour adulte. Une modèle a toujours le droit de dire non à ces demandes inappropriées, et s’en aller.

Il faut aussi faire attention au vol d’identité. Plusieurs « fauxtographes » prétendent être un photographe connu ou se font passer pour une femme pour qu’on leur fasse confiance. Ils peuvent également prétendre être un agent ou travailler pour une entreprise connue. Dans ce cas, contacter la vraie personne, faire des recherches sur le lien avec l’agence ou contacter l’entreprise directement peut sauver une modèle de plusieurs problèmes.

Plusieurs fauxtographes m’ont déjà fait croire que mes photos professionnelles n’étaient pas suffisantes et que je devais lui montrer des selfies nue pour « mieux me voir. » Une femme m’a également demandé de me déshabiller devant ma webcam pour faire un portfolio, ce qui est totalement absurde. Une photo plein pied habillé et une photo portrait devraient être suffisantes.

Une chose plus difficile à faire, mais dont on ne peut pas se passer, c’est demander des références. Une modèle à son compte ne doit jamais être gênée de contacter d’autres filles qui ont travaillé avec le photographe pour savoir comment ça s’est passé. Certaines filles ont non seulement évité le harcèlement, mais carrément des agressions sexuelles en posant des questions.

Malheureusement, ces « fauxtographes » nuisent énormément à la réputation de ceux qui prennent leur travail au sérieux. Encore là, on ne doit pas toujours faire confiance à un vrai photographe. Beaucoup trop d’entre eux, sans jamais dire tous, font ça pour des raisons plus personnelles que professionnelles.

Si tu veux être modèle, j’ai quelque chose à te dire. Ne soit pas prête à tout pour réussir ton rêve. Ne soit pas fière d’avoir travaillé pour un « fauxtographe » juste pour dire que tu es « modèle. » Tu t’es fait avoir. Il vaut mieux payer un bon photographe pour te faire un portfolio que de te faire payer par un « fauxtographe » pour détruire ta réputation.

Il se peut que tu ne travailles jamais comme modèle. Seule une minorité de filles réussissent à faire ça. Ce n’est pas ton rêve de te faire harceler, coucher avec des profiteurs et faire de la pornographie. Tu vaux mieux que ça. Il faut que tu comprennes que c’est l’industrie le problème, pas toi. Et refuser de te faire avoir, il n’y a pas de honte à cela.

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