J’ai toujours voulu aller à l’encontre de ce que je suis. Je m’en suis inventé, des excuses. «Ah, c’est ma coloc.» «Je ne suis jamais là.» «Ce n’est pas mes assiettes.» «Je n’ai pas encore acheté mes meubles.» Pis c’était toujours vrai. C’est vrai que ma coloc en rajoutait. C’est vrai que je sortais et repartais de mon appartement en n’y restant jamais bien longtemps. C’est vrai que je mangeais toujours à l’extérieur. C’est vrai que je n’ai pas encore de meubles dans ma chambre. Ce qui est vrai aussi, c’est que si la situation était différente, je laisserais quand même le bordel s’accumuler. Je ne remarque pas la poussière, je suis capable de tolérer mes cochonneries très longtemps et au pire, je mets tout en tas et m’isole dans le seul coin de propre. Je suis une fille et je déteste faire le ménage. Ce que je déteste aussi, c’est faire à manger. J’adore manger, mais faire la bouffe, c’est le pire moment de mon existence tout de suite après le moment où je dois aller à l’épicerie. Ça, c’est vraiment le pire.

Ce que j’aime, c’est travailler sans arrêt. Le travail, c’est ma passion. Je ne pense à rien d’autre. Tout ce que je fais dans ma vie tourne autour de mes objectifs professionnels. J’en rêve, j’en grince des dents, j’en mange, j’en écris, j’en vis. Il n’y a rien dans mon existence qui n’est pas dans le seul objectif de me rapprocher de ça.

Je n’ai jamais élevé d’enfant, mais je sais pertinemment que de changer une couche ne serait jamais quelque chose de spontané chez moi. Je sais aussi que de laisser le bébé pleurer pendant une heure avant de finalement me lever pour aller en prendre soin serait quelque chose de courant. Je sais aussi que quand je dis ça, les gens ont envie de me répondre «C’est la jeunesse, t’as encore le temps de changer.» Pis moi, ce que j’ai envie de leur dire, c’est que non. Non, ça ne changera pas. Je suis moins pire qu’avant, c’est vrai. Je n'écris plus de blagues de bébés morts -de mauvais goût, j'en conviens- dans mon agenda, je ne tolère plus aussi longtemps un cœur de pomme pourrie à côté de mon lit et je préfère me faire du spaghetti qu’une toast au beurre de peanut. Par contre, je ne serais jamais celle qui va avoir le réflexe de faire une lasagne avec son enfant pendant une brassée de lavage. Ce n’est tout simplement pas moi.

Ce trait de caractère a été la plus grosse nuisance dans ma vie, dans toutes mes relations. Avec mes parents, avec mes amis, avec mes colocataires, avec mes connaissances et particulièrement avec mes amours. Peu importe à quel point je faisais des efforts, ce n’était jamais assez. Ç’a toujours été dur, pour moi aussi. J’ai beau aimer de tout mon cœur, avoir envie que ça marche, je fuis ce genre de responsabilité comme la peste. C’est plus fort que moi. Ça me rend malheureuse de faire ça, ça m’angoisse encore plus qu’au départ. Il n’y a rien qui me fait plus chier… à part peut-être de savoir que quelqu’un attend après moi pour que je le fasse. Ça me tue. J'ai toujours rêvé d'être le genre de filles qui peut porter du blanc, qui a plusieurs chandelles qui sentent la cannelle et qui ne tolère pas de voir quelque chose trainer. Ce serait beaucoup plus facile.

Pis c’est là que j’ai envie de te dire quelque chose qui te ferait grincer des dents si j’étais un homme. Mon plus grand rêve est d’avoir quelqu’un à mes côtés qui s’occupe de moi, de notre environnement, qui fait à manger et peut-être même éventuellement élève nos enfants. Toutes des choses que je déteste faire. Ce que j’aimerais faire en retour, c’est gâter ma famille en lui payant tout ce dont elle a besoin parce que j’aurais travaillé fort pour qu’on puisse se l’offrir. Offrir financièrement, mais également énormément de mon temps, de mon énergie positive et de mes conseils. Je serais une mère et une femme très présente et aimante.

Je n’ai jamais osé dire ça à haute voix parce que je suis consciente que ça sonne terriblement mal. Jusqu’à ce qu’une de mes amies m’avoue que son rêve était l’absolu opposé. Elle, ce qu'elle désir du plus profond de son âme, c'est de fonder une famille, prendre soin de son mari en lui faisant à manger et en faisant le ménage puis, de ne jamais avoir à travailler. Sur le coup, j’ai été choquée. Je ne comprenais pas son rêve et le jugeais, même. «Femme au foyer en 2015, voyons donc, réveil!» Jusqu’à ce que je réalise que je n’avais pas à faire ça parce qu’elle, c’est ce qu’elle désirait. Que c'était tout aussi noble que mes propres ambitions. Ce qu’elle aime c’est de prendre soin d’un environnement qu’elle a bâti au fil du temps, d’enseigner à des petits bouts ce qu’elle connait et de voir ses proches se régaler de ce qu’elle peut leur concocter. 

Quand je tape sur Google «n’aime pas faire le ménage», je vois seulement des histoires de femmes qui se plaignent de leurs maris. Peut-être qu’avec cet article, je vais montrer à une prochaine qui va faire cette même recherche qu’elle n’est pas seule.

Je suis une fille et je n’aime pas faire le ménage.

Mais, j'ai d'autres qualités.

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