La série coup de poing de TVA, Fugueuse a eu un impact important sur le Québec l'année dernière. Pas simplement parce que la série était addictive et très bien réalisée, mais surtout parce qu'elle traitait d'un sujet chaud collé sur la réalité montréalaise. En effet, si certains critiquaient alors qu'ils trouvaient que tout évoluait trop vite, des experts et des anciennes fugueuses ayant vécu des situations semblables ont soutenu que, malheureusement, c'était très réaliste. Surtout, ça a mis la lumière sur l’exploitation sexuelle des mineures à Montréal qui est de plus en plus montrée au grand public.

Bien que TVA ait romancé le tout avec une série, Télé-Québec a, pour sa part, sorti une série de trois capsules documentaires et six balados le printemps dernier. Le tout s'appelait Trafic, et était réalisé à l'aide d'enquêtes exclusives avec des proxénètes, policiers, intervenants sociaux et victimes de l’industrie de prostitution juvénile.

Si Fugueuse se faisait critiquer d'être peu réaliste par certains, on peut dire que Trafic a frappé, alors que c'était 100% tiré de témoignages sur la réalité montréalaise.

Ce documentaire a fait l'effet d'une bombe, et voici pourquoi Télé-Québec a décidé d'en faire une émission qui sera sur les écrans le 13 novembre. 

Attention, c'est dur à entendre. Les recherchistes ont réussi à avoir les témoignages d'anciens proxénètes et membres du milieu, qui les plongent directement dans la réalité.

Dès le commencement, on se dirige vers un motel de Montréal bien connu de la prostitution juvénile : 

« Déjà en partant t'as des BM devant un motel à 60$ où tu ne voudrais même pas rentrer. C'est pas normal. J'suis sûr si tu recules et tu te park, tu vas voir des clients vont sortir. D'après ce que j'ai vu, ça commence à 6h du matin. Tu vois les mineures partout dans le motel. 14-15 ans, 17 ans, c'est la réalité. »  

On rencontre ensuite Kevin, un ancien pimp qui parle de la réalité qu'il a vécue et quittée, en disant sans filtre comment il recrutait ses futures prostituées : 

« Il m'a appris à parler aux femmes, vraiment jouer dans leurs têtes. Une femme, ça aime quand c'est propre, quand on fait à manger pour elle, qu'on leur donne des fleurs...Moi j'suis comme un Roméo. (...) J'vends un rêve, tu comprends. Un pimp là...you gotta sell a dream (...) Des fois elles sont perdues, c'est facile à manipuler. (...) Je lui montre la vie qu'elle n’a jamais eue: la voiture, les bijoux, tu ne lui achètes pas de vêtements chez Walmart, tu vas chez Gucci, des affaires de même, parce que 90% des femmes sont matérialistes dans ce milieu-là. »

L'homme n'hésite pas une seconde avant de parler de l'importance de Montréal dans l'exploitation sexuelle. C'est cru, choquant, mais surtout vrai : 

« Montréal, c'est le plateau tournant. C'est le club-école. Il y a tellement de sites où tu peux te commander une fille là. Il y en a trop. (...) Les clients, ils adorent les jeunes. Quand t'as 22, 23, 25 ans, tu commences à faire trop de kilométrage. Mineurs, 18, 19 ans. C'est ça qu'ils aiment. »

L'enquêteuse a réussi à avoir une conversation avec des clients après avoir mis une fausse annonce. La vitesse à laquelle la demande arrive est incroyable, et les conversations donnent froid dans le dos : 

Fausse jeune femme : « Est-ce que tu sais que je suis jeune? Ça te dérange pas? »

Client : « T'as quel âge? » 

Fausse jeune femme : «  J'ai 18 dans un mois. »

Client : « OK. Je vois, je vois. J'pense l'âge légal c'est 18. (rires) »

Fausse jeune femme : « Ok. C'est pour toi là. Regarde ça. Mais tsé, j'suis honnête avec toi j'te dis que j'ai 18 ans dans un mois. » 

Client : « Est-ce que tu te déplaces? »

Fausse jeune femme : « Oui j'peux me déplacer. »

Client : « Ok. Si tu te déplaces c'est correct avec moi. » 

Ce documentaire de 51 minutes est marquant, cru, mais nécessaire. On explore quelque chose dont on parle rarement : le client. C'est qui qui achète ces services? La réponse est inquiétante.

En plus d'être diffusé à la télévision, ce documentaire sera présenté au Cinéma Moderne à 18h30 le mercredi 13 novembre. La projection publique sera ensuite suivie d'une discussion avec Catherine Proulx et la productrice Karine Dubois.

Trafic - le documentaire

Quand : Mercredi le 13 novembre à Télé-Québec à 20h

Pourquoi tu dois voir ça : Comme l'explique le lieutenant détective de l'équipe intégrée de lutte au proxénétisme du SPVM, Dominic Monchamp, la demande est épeurante. C'est presque impossible de s'imaginer l'ampleur de la situation à Montréal, et ce documentaire lève le voile sur ce sujet tabou. Un documentaire qui choque, mais devrait être vu par tous. 


 

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