Certains l’utilisent par inadvertance ou par naïveté, d’autres le perçoivent comme une agression. Le « mot qui commence par N » ou le N-word en anglais est de retour dans l’actualité et ça fait jaser.

Sans même être expert en la matière, force est d’admettre que le « mot commençant par N » est lourd de sens et d’histoire.

Après une année marquée par le mouvement Black Lives Matter, son utilisation dans le cadre académique universitaire ne fait pas l’unanimité, tant au Québec qu’au Canada anglais.

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Qu'est-ce qui a causé la controverse?

Le 23 septembre dernier, une enseignante d’histoire à l’Université d’Ottawa, Verushka Lieutenant-Duval, a employé dans le cadre d’un cours en ligne le « mot en N ». 

Elle voulait, selon ce que rapporte La Presse, expliquer que certaines communautés s’étaient réapproprié des termes, comme le « mot commençant par N ».

Mme Lieutenant-Duval a été suspendue quelques jours à la fin du mois dernier, à la suite d'une plainte d'une étudiante à ce sujet. Cette suspension a créé un vif débat quant à l’utilisation du mot tabou entre les murs universitaires.

En entrevue au micro de l’émission Tout un matin, l’enseignante affirme que si elle avait su que « ce mot-là ne se prononçait plus dans le cadre d’un cours académique », elle l’aurait utilisé d’une autre manière.

« Mon objectif, ce n’est pas de blesser les étudiants. J’étais en train d’expliquer une théorie [...] et non de provoquer une réaction ou de chercher à les choquer », dit-elle.

Pourquoi certains croient qu'on ne devrait pas utiliser le mot, même pas dans un contexte éducatif ?

Selon l’humoriste Renzel Dashington, le N-Word vient automatiquement avec une attaque, qu’elle soit désirée ou non.

« Ce mot-là, il est toujours hostile. Toujours toujours toujours. Il n’y a pas d’exception. We hate that word. All of us », confie-t-il dans un direct sur son compte Instagram.

« Moi, dans mon quotidien, je n’utilise pas ce mot. Jamais, dit-il. Le seul moment que j’ai à le dire, c’est pour le répéter à un blanc qui l’a utilisé. » 

L’artiste, populaire sur les réseaux sociaux, ose pousser la réflexion. Est-il possible que des noirs ne soient pas contre ce mot ? 

« Oui », affirme M. Dashington, ajoutant qu’il y a aussi certains noirs qui croient que la terre est plate et que l’humain n’est jamais allé sur la lune.

« De manière générale, c’est toujours un mot qui est un geste d’agression [...] Quand quelqu’un décide de l’utiliser, c’est un geste violent envers nous. »

Pourquoi les professeurs croient qu'il s'agit d'une atteinte à la liberté académique?

Pour certains, ce serait faire preuve de sensibilité. Pour d’autres, ce serait d’imposer une censure aux corps professoraux des différentes universités au pays.

Une lettre signée par 34 professeurs de l’Université d’Ottawa, exprimant leur désaccord au traitement de Mme Lieutenant-Duval et publiée dans divers médias, précise que l’université demeure « un lieu de débats, un lieu, aussi, d’exploration des réalités de l’histoire ».

Les signataires soulignent que deux éléments semblent avoir été confondus dans cette saga, soit « le racisme sur le campus, les microagressions, la discrimination parfois inconsciente » et le rôle de l’enseignement universitaire, « qui est de nourrir la réflexion, développer l’esprit critique » et permettre à tous de pratiquer leur droit de parole.

« La salle de classe [...] ne peut devenir un lieu libéré du poids de l’histoire, des idées et de leurs représentations, est-il écrit. Il est donc inévitable que certaines lectures, certains concepts, voire certains mots heurtent des susceptibilités. »

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