Alors que le Québec fait présentement face à une crise sans précédent, de très nombreux habitants ont malheureusement subi d'importantes répercussions au niveau de leur emploi et de leurs revenus au cours des derniers jours. D'ailleurs, une travailleuse du sexe à Montréal nous explique comment la COVID-19 a affecté sa vie, considérant le fait que l’adoption des mesures pour lutter contre le virus a imposé une insécurité financière extrême aux gens du milieu. 

La jeune femme dans la vingtaine, qui souhaite garder l'anonymat, affirme effectivement passer par une période extrêmement difficile ces derniers jours. 

« Maintenant que mon agence est fermée, les rencontres avec mes clients sont sans aucun doute plus inquiétantes. Ces derniers savent que je n'ai pas nécessairement de protection ni personne qui m'attend à l'extérieur. »

Malgré qu'elle ne souhaite pas participer à la propagation du virus, cette travailleuse juge qu'elle n'a d'autre choix que d'accepter un nombre de clients minimal hebdomadairement si elle souhaite s'acquitter de ses factures et subvenir à ses besoins en ces temps difficiles. 

Elle lève le voile sur cette industrie qui roule toujours, clandestinement, à Montréal. 

Depuis combien de temps es-tu travailleuse du sexe?

« Cinq ans. »

À combien s'élève ton revenu hebdomadaire en temps normal?

« 2 000 $, approximativement. » 

Combien de clients as-tu hebdomadairement?

« De 10 à 20, selon les semaines. » 

De quelles manières ton emploi a-t-il été affecté par les nouvelles directives du premier ministre François Legault?

« Tout d'abord, mon agence ainsi que plusieurs autres ont judicieusement pris la décision de fermer leurs portes durant la période de crise. Quelques agences considérées comme "moins luxueuses" dans le milieu sont par contre toujours ouvertes.

« Par ailleurs, comme le tourisme est généralement ce qui nous apporte le plus de clientèle, le fait que les gens aient cessé de voyager en raison de la COVID-19 enlève également une grosse part de revenus à ceux qui ont choisi de poursuivre leurs activités malgré la crise. 

« De plus, les hommes qui vivent en ménage et qui sont présentement confinés à la maison n'ont plus aucun prétexte, comme par exemple le travail, afin de pouvoir faire appel à nos services. 

« Finalement, avant que l'agence ferme officiellement ses portes, c'était très stressant de se promener en ville avec notre driver puisque les rues étaient complètement désertiques. Entre toxicomanes, vendeurs, itinérants et policiers, disons que c'était plus facile d'être repérés par les forces de l'ordre. »

Maintenant que ton agence est fermée, de quelle manière vas-tu pouvoir subvenir à tes besoins et payer tes comptes?

« Afin de m'acquitter de mes factures, je n'aurai pas d'autre choix que de m'afficher comme travailleuse indépendante.

« En d'autres termes, je vais devoir me trouver des clients de mon côté, en passant entre autres par des sites Internet destinés à ces fins, et me déplacer à mes rendez-vous de manière autonome, sans accompagnateur. 

« J'ai également des amies du milieu qui m'écrivent afin de passer du temps en compagnie de leur sugar daddy et c'est probablement ce qui m'aide le plus présentement. Par contre, je n'aurai pas le choix de faire une demande d'aide sociale puisque mon loyer à lui seul me coûte 1 200 $ mensuellement. » 

À combien ont chuté tes revenus depuis cette fermeture jusqu’à présent?

« Je dirais à environ 300 $ par semaine, ce qui représente une diminution de quand même presque 85 %. 

« Même si je trouve ça difficile, certaines femmes que je côtoie ont quant à elles des enfants et je considère que la situation actuelle est encore plus difficile pour celles-ci. D'un côté, elles ne souhaitent pas contaminer leur famille mais de l'autre, elles doivent la nourrir. C'est vraiment déchirant. »

As-tu peur d’attraper le virus en poursuivant tout de même tes activités?

« C'est certain qu'il y a toujours une crainte. Par contre, même si je ne suis pas personnellement très inquiète des répercussions sur ma propre santé, ce qui me préoccupe le plus c'est de propager le virus et, par le fait même, d'empirer la situation dans laquelle le Québec se trouve présentement. 

« Malheureusement, mes factures ne se paieront pas d'elles-mêmes et comme je n'ai droit à aucun programme d'aide gouvernemental relié à la COVID-19 puisque mes revenus sont considérés comme criminels, je dois poursuivre mes activités si je souhaite joindre les deux bouts. 

« Décriminaliser le travail du sexe pourrait faire partie des solutions si on souhaite vraiment faire un pas vers l'avant dans les prochaines semaines et améliorer la situation. 

« Je suis consciente que d'autres options telles que OnlyFans s'offrent à moi, mais quand tu es habituée à pratiquer le même travail depuis des années, c'est plus difficile de réussir dans un domaine inconnu, et ce, rapidement. »

As-tu pris des mesures de sécurité ou tes rencontres se déroulent de la même manière depuis le début de la pandémie? 

« Honnêtement, non. Malgré que mes clients et moi appliquons fréquemment du Purell durant nos rencontres. Je dois avouer que je trouve ça un peu con, puisque nous ne respectons pas la distanciation sociale et que nous avons des rapports intimes. »

As-tu l’impression d’être plus en danger face à tes conditions de travail actuelles? 

« Maintenant que mon agence est fermée, les rencontres avec mes clients sont sans aucun doute plus inquiètantes. Ces derniers savent que je n'ai pas nécessairement de protection ni personne qui m'attend à l'extérieur et l'idée qu'ils tirent avantage de cette situation m'inquiète. 

« Bien que les travailleuses indépendantes sont habituées à ce protocole, c'est très nouveau pour moi et c'est la raison pour laquelle je prends seulement le nombre de client minimal afin de subvenir à mes besoins présentement. » 

Les commentaires sont maintenant fermés.
Paramètres de compte
Notifications
Favoris
Me déconnecter

Enregistre cet appareil afin de recevoir des notifications