Dans la vie j’ai peur de toute. J’ai le vertige, je suis claustrophobe, j’ai peur de parler en public, name it. Mes amis me sortent de ma zone de confort. Une véritable chance. Et une véritable malédiction. Ils m’invitent à faire toutes sortes d’activités auxquelles je dis oui par habitude avant de réaliser les conséquences et de faire un caca nerveux. Samedi je fais du parapente, tu vois le genre. Y’a 2 ans, on m’a fait faire du bungee. Je fais du déni pendant des mois et un moment donné je catch que je peux pu reculer pis j’ai pu le choix.

Et ce week-end j’ai été en camping. Moi. En camping. Mes amis m’ont invité au Lac Normand. Une tradition annuelle qu’ils ont depuis une dizaine d’années. Se réunir avec d’autres potes pour vivre la vie de forêt, connectez avec la nature pis toute la patente. J’ai dit oui sans réaliser l’ampleur du projet. Pas d’eau. Pas d’électricité. Une toilette sèche.

Imagine-toi la scène. Remplis un sac avec du linge chaud, remplis un autre sac avec des ustensiles, des Goldfish, de l’eau pétillante pis une douzaine d'oeufs déjà entamée qui traîne dans le frigo. Je décolle samedi midi.

J’me rends compte que j’ai pas l’adresse. Appelle mes amis. Réalise que c’est une ride de 3h30 de temps. Première claque au visage. Fidèle à moi-même, j’étais désorganisée et comptait sur les autres pour survivre. La mère de l’un nous a prêté une tente, sac de couchage, matelas de sol. J’ai pas posé plus de questions. J’avais un toit. Les gens amèneraient tout le nécessaire pour survivre. Sinon, j’en connais qui auraient eu ma mort sur la conscience.  

J’partis. Arrête en chemin acheter des clopes. Arrête chez papa pogner son cooler pis manger une bouchée. Drop une brassée de foncé en même temps. Pis pars à l’aventure. Pognée dans le trafic. Arrête à Shawinigan acheter de la bouffe et pit stop à la SAQ. Je finis avec 5 bouteilles de vin, un 4 pack de bloody ceasar, deux côtelettes de porc, des carottes, de la sauce ranch pis des croustilles nature. J’ai mal évalué ma nécessité en nourriture pour 2 jours. Mais ça, je vais vite l’oublier.

À 17h, j’arrive au campement. Après 45 minutes de route dans le gravier à 50km à l’heure où je commençais à être en beau fusil. Arrive là-bas. Constate. Rustique. Chaleureux. Pittoresque. Par pure paresse, je m’installe dans le spot qui semble être le plus simple, soit le parking.  

Rien d’élégant, mais en même temps je chie dans un trou dans le sol, faut pas commencer à se prendre pour une autre tsé. J’ai bu mes bloody en montant le chalet. Me suis rendu compte que le matelas était électrique, que j’ai pas de prise, pas de pompe, donc pas de matelas. Simplicité volontaire, simplicité obligée, même affaire. Célib-à-terre prenait tout son sens.

Un essentiel que je n’ai point oublié? Mon limonadier aka mon ouvre-bouteille. Débouche le blanc, j’ten camping, j’ten vacances, pis j’trop fatiguée pour repartir. On est quand même une grosse gang, une douzaine d’adultes, une douzaine d’enfants qui ont semblé paraître mille. Y’étaient pas tannants, ils s’occupaient tout seuls. Pis anyway y venait pas me voir, on va jamais achaler la vieille fille aigrie à la voix rauque qui boit direct au goulot de sa bouteille de blanc avec un paquet de top caché dans sa manche de coton ouaté. Mine de rien, je me suis pas fait à souper, j’ai été une mouette. On m’a nourrie des restants. Des délicieux restants. Par gentillesse, par pitié, sûrement un peu des deux quand ils m’ont vu arriver pis monter ma tente quasi dans ma valise de char.    

C’était un beau moment. Un feu sous le signe de la rigolade. Mais aussi sous le signe de la survie. On se les gelait ben raide. On allait frôler le point de congélation durant la nuit. C’que j’aime gelé dans la vie, c’est mes fudges. Pas mes extrémités. Un moment donné, pas un seul adulte à perte de vue. On m’a abandonné avec la gestion du sac de guimauves et les bambins. J’étais devenue Dieu. J’étais la réponse aux problèmes de l’humanité. La panique m’a pogné quand j’en ai vu un jouer dans le feu avec son bâton. Y’était super calme, mais j’imaginais le pire, genre l’Amazonie version garderie. J’me suis dit, soit j’ai l’air respectable, soit leurs parents les aime pas pour les laisser en ma compagnie. J’ai pris mon rôle au sérieux et j’ai géré ça comme une championne. Je sais, ça impressionne. Un paquet de guimauves à peine entamé, des enfants en larmes, mais aucun blessé.

Leurs parents se sont pointés le bout du nez. J'ai bu, rigolé, jasé, jusqu'à ce que je tombe au combat. J’ai été me coucher j’étais épuisée. Jusqu’à ce que le froid sibérien me réveille. J’avais des jeans, des combines, deux cotons ouatés, une tuque pis un foulard. J’ai essayé de me rendormir, sans succès. Position fœtale. Couchée direct à terre, j’ai vu ma vie défiler, j’étais certaine de ne plus jamais ressentir de chaleur. J’me suis dit que j’allais aller faire pipi et évaluer la situation. Est-ce que j’avais dormi 12h et que du bacon crépitait au loin dans une poêle? Suspens. 

Je cherche le zipper de ma tente. Le trouve pas. La panique me pogne. J’tends la main, je tapote partout autour de c’que j’sens être le p’tit filet, à l’aveuglette, le trouve pas. Évalue mes possibilités. M’uriner dessus, ça me réchaufferait, mais pas longtemps. Pas une bonne idée. J’y ai honnêtement songé, pour me sortir de la froideur qui m’habitait. J'étais en mode survie. J’me rends compte que je cherche pas du bon côté de la tente. Fait ma besogne à côté de ma tente, sert à rien d’aller dans toilette, c’est le même concept. C’est encore la nuit.  

J’me suis réveillée à 10h le matin. Courbaturée. Congelée. Avec une gueule de bois de type vivable. Anyways je pouvais me réfugier à l'abri nulle part. J’me suis rouvert une bouteille de blanc. Ferme la garderie, chacun pour soi. Reparti en mode mouette. Sérieux je passais partout avec mes doigts agiles en piquant une bouchée par assiette. Anyway, la glace avait fondu dans mon cooler, l’emballage des œufs s’étaient désintégrés y’était tout pétés dans le fond, y’avait de l’eau dans toute ma bouffe. Me restait mes Goldfish, ces alliés de la détresse humaine.

Cette nuit-là, j’ai dormi dans mon auto, couchée sur les bancs arrière. Au chaud. On apprend de ses erreurs. Je vais y retourner, mieux équipée, mieux organisée. En espérant que ce soit pas à l’image de mes relations où j’apprends très très lentement de mes erreurs.  

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

     

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