Je pense que c’est universel, tout le monde a une amie aussi forever alone que soi. Éternelle célibataire, s’en cr*ssant un peu, ayant un goût prononcé pour la fête et le calvados, tu sais quand ça commence, pas quand ça finit. Ni dans quel état. Ni avec qui.

Dans le temps, on sortait 3x semaine à écumer tous les bars de la rue Mont-Royal, à frencher à pleine bouche tous les habitués de nos spots, à enfiler les shots, les ginto et à danser notre vie. Ça allait plus loin que la simple embrassade avec la langue, mais je vous épargne les détails.

Cette époque de nos vies est maintenant derrière nous, j’ai pas la vivacité buccale que j’avais jadis, pis j’ai zéro envie de me coucher à 4h du matin bien maganée tous les soirs, les responsabilités s’étant accumulés en vieillissant. E*ti. Vieillir. La cause de tous mes problèmes.


Boire trop. Sortir trop. Coucher trop (si ça se peut). Dépenser trop. Dater trop. Trop pas faire attention à soi. Trop s’en crisser. C’est cute à 23 ans. À 33 par contre, tu risques d’arriver chez vous, de voir ta famille au grand complet debout dans le salon, pis c’est même pas ta fête, ta mère s’avance lentement vers toi en disant on est ici parce qu’on t’aime en déroulant une banderole « ceci est une intervention ».

Pis là tu te rappelles de ne plus jamais lui donner de double de clé. Donc, de manière bi annuelle, je retrouve ma partner des belles années des audacieuses. Années que je ne regrette pas, soit dit en passant. On se rejoint au Centre-ville pour un 5@5, jaser de nos folies, des gars qu’on a rencontrés et de ceux qu’on attend encore. Surtout la dernière catégorie. S’enfile les verres Bordeaux sans prendre la peine de les compter. Souvent on entend les expressions des sommeliers, la robe, le tanin, bla bla, ça semble un concept abstrait. Là, le tanin, c’était mes dents. Littéralement. Borgogne, un mélange de bordeaux et bourgogne. Pour les fans de Stranger Things, le demogorgon version dentition.

Pis là arrive le serveur plutôt mignon. Mon manque d’inhibition dû à la grande quantité d’alcool ingéré m’a poussé à me présenter. Une belle poignée de main ferme. J’aurais pu être dans un 5@7 de réseautage avec des gens qui aiment s’appeler entre eux, jeunes professionnels, y’aurait pas eu de différence.

Moi : Dates-tu des filles?
Lui : Me demandes-tu si je suis gai?
Moi (dans ma tête) : Je n’avais pas vu ça de même.
Lui : Oui, je date des filles.
Moi : Voudrais-tu qu’on aille prendre un verre?
Lui : Oui, je vais te donner mon numéro attend.


Il se pousse et revient avec un numéro écrit sur un bout de papier. Je le regarde en voulant dire, ok t’as été chercher ta dactylo pour m’écrire ça. Cr*ss le papier dans sacoche tout fripé dans le fond. Tsé quand tu pousses quelque chose tellement loin dans ta sacoche que ton bras entre quasi au complet et que tu revois jamais l’objet en question sauf en milliards de particules distinctes qui traînent partout.

Faque après, on est allé aux danseuses. J’épargne les détails, je résumerais de manière succincte comme ceci : On a bu une bière, j’me suis fait taponner le haut du corps par une danseuse, j’me suis sentie spéciale, le proprio a pas voulu qu’on aille dans une cabine sous prétexte que « des
lesbiennes enragées ont déjà mordues les effeuilleuses » (ce sont ses mots, pas les miens), et j’ai quitté en abandonnant mon amie la bouche pleine de la bouche de quelqu’un d’autre.

Vendredi passe. Mes amis me chicanent parce que je le texte pas. Samedi. Dimanche. Lundi j’me dis, je pourrais peut-être texter l’homme. J’ai mon mardi soir de lousse. Tsé une fille flexible.

Dans mon bain bouillant, Racaille accoté sur le bord à faire sa toilette (oui, il se liche le cul ok). Il prend aussi bien soin de renverser de l’eau sur le papier. Signe de sa non-envie qu’un nouvel être partage mon lit. J’y envoie un « Bon, on le prends-tu ce verre? ». Ça le mérite d’être clair. Je veux pas de niaisage de textage. On se donne une journée, une heure, ciao bella ciao.

Faque, ça reste de même. Pis là. Nue et mouillée dans mon lit, non pas pour exciter, mais bien par grande paresse de salir une serviette, je reçois ce texto.

Je présume donc qu’il s’agit d’un canular. Un canular venant d’un connard. J’étais pas offusquée, j’veux dire, ça m’a pas décal*ssé le moral. Et j’me suis pas remise en question sur l’ensemble des décisions de ma vie. Mais j’me suis demandé; pourquoi? On dirait que j’ai pris ma DeLorean pour revenir en 2002, utiliser la passe du faux numéro et porter un chapeau Kangol en minou.

C’est tu si compliqué de juste dire non, décliner poliment ou me dire que tu vois quelqu’un ou whatever. C’qui s’avère être la cal*ss de vérité. Mais la technique du numéro? Really? C’pas
comme si c’était une ruse next level, j’y ai demandé son # sur son lieu de travail. J’pas une crinquée, j’y retournerais pas pour y faire une scène quoi que je trouve qui mériterait de se faire dire que c’t’un p’tit trou de cul. Mais j’le ferais pas.

J’y dirais pas non plus que j’trouve ça plate que les gens comme lui, les mange mardes, font en sorte qu’on a zéro le goût de se lancer dans le dating pis de s’ouvrir à quelqu’un. On se voit une fois dans notre vie pis tu trouves le moyen de me mentir, une chance qu’on se côtoie pas au quotidien, tu me remplirais de marde à grand coup de pépine.

On se doit rien, on se fout l’un de l’autre, t’as même pas besoin de te forcer pour trouver une excuse qui me fera pas de peine, on se connaît pas! Me faire dire que j’suis pas ton genre, je m’en sacre. M’semble qu’on pourrait peut-être se respecter un ti peu plus que ça pis pas se niaiser. Tout ça pour quoi? Pour le raconter à tes amis en riant? Ti-gars. J’t’au-dessus de ça. J’en ai fait assez des saloperies pis j’en ai subies assez pour que ça me fasse pas un pli sur une mamelle. On est en 2019. Les femmes on est blindées. On l’attend pas le prince charmant. T’es pas un indispensable.

J’vois juste pas l’intérêt de me faire perdre cette nano seconde de ma journée. Man. Le ¾ de mes phrases commencent par ‘je suis vraiment occupée’. Si je veux rire ma mettre du Saran Wrap sur ton bol. Là on va rigoler.

D’un autre côté c’est sûrement le karma parce que j’ai été une pas pire mange marde moi aussi il y a quelques années.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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