1998, j’ai 10 ans. Première saison de Sex and the City. Je la regarde pas, j’ai pas HBO pis je comprends rien en anglais. Je marmonne sur les tounes de Madonna pis c’t’as peu près ça.  

2007. Fais le calcul. Je découvre la série. Je capote. J'ai tripé sur Sex and the City. Vraiment beaucoup. J'essayais de m'identifier aux personnages en me disant que moi aussi je pouvais être une femme indépendante trentenaire célibataire avec une garde-robe remplie de vêtements griffés (de luxe, pas griffé par le chat). Ce qui n’est pas arrivé tout à fait comme ça.

Oui pour la trentenaire célibataire indépendante. Non pour le luxe. Aujourd’hui j’me commande 200$ de guenilles du Forever 21 en solde sur un coup d’tête. Et qui en arrivant sont souvent beaucoup trop petites et beaucoup trop transparentes. J’ai envie de pas mettre de brassière dans mon linge, mais quand on voit mes mamelons, ça me tente moins. J’me sens pas comme Carrie pantoute, j’me sens plus Gerry, avec un wife-beater blanc. Ça fait chier parce que c’était pas le feeling recherché.  

Tout ça pour dire que finalement j’me suis tournée vers La Galère. Évidemment, j’me suis vu dans Claude, qui voulait à tout prix faire chier tout le monde et les faire payer pour tout ce qui marchait pas dans sa vie. Tout à fait mon genre. Attachante avec un caractère de racaille. Ce qui fait de moi une mange marde avouée et assumée.

Dans toute conversation de fille, y’en a une qui a sorti un moment donné ‘hey on devrait faire comme dans La Galère pis toutes déménager ensemble avec nos familles’. Idée qui est souvent acclamée par une gang de filles chaudasses qui pensent que c’est réellement la meilleure solution à une vie épanouie. Cr*ss, on soupe à 4 pis on a de la misère à choisir des entrées pis du vin que tout le monde va apprécier, essaye de trouver un nid coquet et chaleureux que toutes vont aimer. J’pense que trouver un donneur de moelle osseuse pour une greffe est un brin plus simple. Pour vrai.  

Dans notre imagination c’est un plan qui est cute. Avec toutes nos familles. Mais, quelle famille? J’ai 31 ans, mes amies ont commencé depuis belle lurette le projet de la production de poupons. Un projet qui, je l’avoue, me laisse perplexe et indécise. Surtout en vieillissant.

Quand j’étais petite, j’ai jamais voulu d’enfant. Je voulais une carrière. Faire des sous. Je voyais Merlin adulte solo avec toute la liberté qu’elle voulait. J’ai jamais imaginé un mariage. Jamais imaginé d’homme à mes côtés. J’imaginais juste une Merlin bien. Solo. J’ai jamais cherché de Ken à ma Barbie. Je cherchais pourquoi elle était lisse dans l’entrejambe, mais pas avec qui la matcher.   Quand j’étais petite, j’inventais des histoires qui ressemblaient vraiment pas à celle des autres enfants. Je voulais pas bâtir une famille unie et soudée. J’avais des scénarios solo où je portais un tailleur et où je faisais ce que je voulais parce que j’avais les moyens et personne à m’occuper. Là tu te dis que je devrais peut-être consulter, que ça fait un bail que je suis brisée.  

Ç’a toujours été assez clair dans ma tête que j’allais pas me reproduire. Pourtant j’aurais pu. J’écris mes histoires de date de marde qui donnent l’impression que j’suis solo depuis toute la vie, sauf que c’est pas le cas. J’ai déjà eu des copains qui en voulaient, les années passent, madame la stabilité est bien installée et le timing semble approprié. Pis là tu dis ouin non c’est ça, on a la discussion, j’en veux pas, j’ai pas changé d’idée. L’occasion s’est présentée et je l’ai pas saisi. En même temps que leur rêve de fonder une famille qui s’envolait en fumée, la relation aussi pognait un p’tit coup de carbonisé pis ça se finissait.

Parce que même si tu es honnête dès le départ, souvent on s’imagine que tu vas changer d’idée. Ta décision est momentanée, t’es pas prête pour le moment, un jour tu vas réaliser que l’envie de porter la vie te titille. Comme si ta décision était pas bonne, anormale, que ça peut pas être la décision finale. Hélas oui.  

Je n’aurais pas d’enfant. Je n’en veux pas. J’ai entendu tous les discours possibles. 'Tu vas voir quand ça va être le tien, tu vas tellement l’aimer, ça va changer ta vie. Moi aussi je pensais comme toi, ç’a été la meilleure affaire qui m’est arrivée. Tu serais tellement une bonne mère, t’es une peau de vache, mais tu serais super attentionnée, t’as un côté maternel comme tout le monde. T’as vraiment envie de mourir toute seule? Si t’as pas d’enfant, tu bâtis pas de famille, tu vas vieillir pis personne va venir te voir en résidence. Tu vas le regretter, c’est un cadeau de la vie. Tu vas changer d’idée en vieillissant. T’as pas trouvé le bon.' 

Please. Taisez-vous. Cr*ss que ça me tente sur les nerfs me faire dire ça. Beaucoup de parents jouent le rôle d’un preacher de secte en répandant la beauté de la parentalité. Je sais que c’est pas méchant, c’est juste un peu lourd. C’est mon corps, mon utérus, mon choix. Je te demande pas ton opinion sur ma décision, c’est pas vraiment de tes affaires. Pourquoi tu essaies de me convaincre? Faire des enfants, c’est un choix personnel, MAIS qui, on dirait, touche un peu tout le monde. Parce que ces enfants-là auront un impact sur plein de monde autour. Les parents qui veulent être grands-parents, la famille autour qui veulent avoir des nièces-neveux, les amis proches qui veulent avoir des compagnons pour leur propre marmaille, le chien qui veut licher les pieds d’un nouvel individu dans le logis, les macaronis dans le garde-manger que personne fait des colliers avec. C’est une chaîne sans fin.

Quand tu prends une décision importante dans ta vie, tu demandes l’avis aux gens qui t’entourent ou non. Et eux en échange, te respecte dans ce choix-là. Et SURTOUT on ne donne pas son avis sur un sujet qui ne nous regarde pas pantoute. Genre le choix de non-maternité réfléchi et décidé. J’te parle pas d’acheter une chaloupe là, j’te parle du restant de ma vie à porter un nouveau chapeau, pas une belle demi-casquette fluo transparente pour Osheaga, un gros cr*ss de casse de poil que t’as en permanence sur la noix.  

Écoute, j’ai absolument aucun désir d’avoir des bambins. M’occuper de quelqu’un pendant beaucoup trop longtemps pis mettre ma vie sur le hold pour ça. J’ai 31 ans, je lave mon linge chez mes parents toutes les semaines, je les appelle en pleurant quand j’ai une mauvaise journée, je dévalise encore leur frigo, ils m’ont tout donné pis je leur ai tiré du jus en cal*ss. Être parent c’est pas un contrat part-time que tu remplis quand ça t’adonne. C’est ta vie au complet. Ma vie, j’ai le goût de la combler autrement.

Mes amis ont des enfants. Je ne prends même pas les bébés dans mes mains. J’ai peur de les briser y’ont l’air fait en pâte à modeler. Je commence les interactions quand ils sont assez grands pour recevoir un coup de ballon poire sua tête sans pleurer. Avant ça, no thanks. Ça m’appelle pas. J’ai pas cette fibre-là. Tous ces petits bouts de chou, j’ai pas envie de les toucher, les câliner pis les prendre dans mes bras pour les protéger de toutes les misères de l’univers. J’ai envie de les traiter comme des petits adultes, de les amener manger une bonne crème glacée pis de pas les laisser gagner au hockey.  

Je les trouve mignons, attachants, je les aime vraiment fort, mais quand la journée finit pis qu’on part chacun de notre bord, je le vis bien. J’ai pas les yeux qui se remplissent d’eau en me disant que j’ai raté ma vie pis qu’il me manque quelque chose.    

J’ressens pas un vide. Devenir mère me fera pas sentir complète ou accomplie. Tsé avant de tomber enceinte, y’a milles questions qui te traversent l’esprit, t’as des doutes, des insécurités. C’est pareil pour le monde pas d’enfant, on se demande si on prend la bonne décision, si on fait bien de suivre notre p’tite voix intérieure. Y’a aucun choix qui est simple et sans conséquence. Y’a aucun choix qui est bon ou mauvais, c’est personnel et non discutable.

C’est par contre un sujet un peu tabou. Ça me gêne pas d’en parler devant mes amis ou ma famille parce que ça fait partie de moi, de qui je suis. J’ai envie de m’épanouir au travers d’autres rôles que celui de maman. Mes parents le savent, ils me parlent encore, (pas le choix je suis enfant unique) mes amis m’ont pas renié et essaye pas de me convaincre de changer d’idée. Ils me demandent même pas de garder faque tsé, j’suis quand même ben.  

De toute façon, c’est ben plate, mais c’est pas de vos affaires. C’est mon utérus. Et mon choix.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

Les commentaires sont maintenant fermés.
Paramètres de compte
Notifications
Favoris
Me déconnecter

Enregistre cet appareil afin de recevoir des notifications