On connait tous quelqu'un qui étudie à McGill. Du haut de leur forteresse imprenable, ces jeunes bâtisseurs du Québec moderne sourient calmement devant la frénésie du métro-boulot-dodo. Leurs vêtements à l'effigie de l'Université McGill se moulent à leurs silhouettes parfaites, et leur rire complaisant fait echo dans les couloirs tapissés de portraits d'alumnus célèbres.

Mais lorsque viennent les occasions de faire le party, la fierté laisse sa place à la survie. De jeunes entrepreneurs confiants, ces buveurs de bière flat se métamorphosent en une meute d'animaux incontrôlables; et quand un 'outsider' (comme toi pis moi) y est admis, il s'émerveille du nombre d'olibrius délirants qu'il y rencontre. Voici un compte-rendu de 10 personnages, répertoriés par mon oeil d'aigle cross-side:

1. Le coordonateur arrogant

Sur son chandail se trouvent les lettres "Coord", qui semblent conférer à ce mâle alpha un pouvoir absolu sur ses sujets avachis. Comme un gorille à dos gris, il beugle et tambourine sur son gros chest plein de vieille bière, pour protéger sa précieuse autorité. Il est parfois souriant; parfois il montre les dents dans une grimace destinée à effrayer, un peu comme les têtes réduites d'Amérique du Sud. Important à noter : ce mâle finit la soirée aussi chaud que ses congénères, et ses onomatopées animales se mêlent aux leurs dans une symbiose parfaite.


2. L'asiatique agressif

Habituellement cette association langagière semble impossible, mais as-tu déjà vu un asiatique saoul? Moi oui, et sans généraliser... ça fait peur. J’ai vu un asiatique de six pieds trois, quatre-vingt livres vouloir se battre avec le Coordonateur arrogant parce qu’il tentait de voler une bière (NEVER DO THAT). Ses longs bras moulinaient telles des hélices tranchantes et les tendons de son cou mince semblaient tendus comme les fils de fers soutenant le pont Champlain. Toutefois, le gorille a eu raison du colibri moulineur, et l'ordre hiérarchique est resté intact.


 3. La seule belle fille du party

Bon, peut-être que j’ai juste participé à des partys dans des départements de gars (les boys de la Poly et de l’ETS vont savoir ce que je veux dire, j'ai pitié de vous), mais à McGill les filles sont moins belles qu’à l’UdeM et à l’UQAM. Quelle bombe je lance ! Bref cette fille-là sait qu’elle est la seule belle et agit en conséquence : elle rit comme si un porte-voix avait été enfoncé dans sa gorge (insérez ici une blague de gorge profonde) et termine la soirée couchée sur trois ou quatre gars qui se bouchent les oreilles pour avoir encore des tympans à la fin de la soirée.


4. Les prétendants de la seule belle fille du party

Vous l’aurez deviné ! Ce sont les trois-quatre gars sur qui la belle fille est couchée. Ils ont tous la même intention: ramener la pouchonne trop saoule chez eux pour une séance de yoga nocturne. Ils sont généralement suants et leurs yeux sont rendus hagards par le désir et l’alcool. J’aimerais beaucoup te raconter un conte de fée où un héros costaud et sobre sauve la jolie dame, mais généralement un de ces bestiaux se farcit la coquine à la sauce au fromage deboutte à la fin de la soirée.


 5. Le pichou qui finit en brassière

Voici la tragique histoire du pichou qui finit en brassière. Son adolescence fut marquée par un amour impossible, un récit qui ferait pleurer une nonne sourde, qui lui a laissé des stigmates profondes. Elle ne croit plus en l'amour, a donc adopté l'attitude d'une hyène blessée: "Rien à foutre, je survis". Pour exprimer son dissentiment à l'égard du phallus, elle s'assure de le garder bien flasque en exhibant ses attributs décevants, et du coup, cause quelques vomissements, gémissements et grincements de dents.


 6. Le gars malaisant

Chaque rassemblement humain génère son lot de mésadaptés sociaux. Son regard perçant semble sonder les tréfonds de ton âme et la noircir de ses idées déviantes. S'il te sourit, c'est qu'il imagine le son de la perceuse électrique qui perce tes os, et les coups de marteau qu'il donne sur tes doigts en chantant une comptine (un-deux-trois, voilà t'as plus de doigts, quatre-cinq-six, j'adore quand le sang pisse). Il est aussi fort possible que ce soit juste un gars malaisant, tentant de s'intégrer dans le party, et que ce soit mon imagination qui soit déviante.


 7. Le chugger

Le chandail de ce personnage est déchiré à plusieurs endroits, et il semble suer de la bière. Ce récipient humain boit comme si un messie avait changé la bière en eau, et il sort souvent vider son trop plein d'H2O sur le trottoir pour mieux recommencer. Le dialogue avec cette éponge humaine est impossible, quoique parfois son foie se jette contres les barreaux de sa cage thoracique comme un Monte Cristo innocent.


8. La larve

Ses vêtements sont usés, bouetteux et il marche avec difficulté. Son langage est indiscernable et il bave copieusement dans les verres de bière qu’il engouffre sans les compter. Ce personnage réussit à survivre à la soirée en se couchant partout, le visage contre la surface collante du bar qui lui arrache quelques touffes de cheveux. Il aime tout le monde, mais vu son état larvaire de jeune chenille, personne ne l’aime (snif). 


9. Le photographe

Ce personnage est un voyeur qui s'extasie devant le plaisir des autres. Son appareil photo est la médiation de son plaisir, et cela fait qu'il vit l'évènement comme un spectateur qui le regarderait en temps réel sur son écran de télévision. Si on y réfléchit comme il faut, un photographe regarde la vie au travers d'une minuscule fenêtre, qui lui donne seulement un cadrage de son existence. Bon, je vais me calmer la réflexion deep avant de paniquer sur le cosmos et les étoiles, et te dire que le photographe finit endormi sur une table humide, pendant que la larve prend des photos de son sexe dans les toilettes.


 10. Le outsider (court récit)

Je me faufilais dans la foule filigrane, à la recherche d'une âme ou d'une bière. Mes sens s'entremêlaient comme les jambes de nouveaux amants dans le maelstrom de cris et d'odeurs qui m'assourdissaient. Alors que des regards malicieux perçaient ma cuirasse de glace, mon propre regard se fixa sur celle qui déchirerait mon abdomen de ses flèches douloureuses. Ses courbes humides se profilaient contre le bar; seule, abandonnée par l'hédonisme des siens. Je l'empoignai, et bu rapidement le philtre de ses lèvres accueillantes. C'était la bière de trop. Je sortis vomir sur le trottoir et retournai chez moi en trébuchant sur les craques de l'asphalte.

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