J'étais complètement ce genre-là. Le genre de personne qui revendique sa liberté de célibataire aussi vite qu'elle swipe à droite. J'étais hypocrite et j'étais même hypocrite en disant que je l'étais pas. En quelques années de célibat, je suis passée par toutes les teintes d'émotions. Quasiment autant que le nombre que tu peux trouver dans l'allée de peinture chez Rona. Je me disais que plus j'avais de couleurs, plus mon dessin serait beau. J'avais juste pas le bon pinceau.

Après chaque date, je faisais le trajet du retour un peu plus brisée, un peu moins complète. Comme si chaque fois m'épuisait. À chaque fois, j'avais un parcours scolaire éclectique, un frère, une famille recomposée, une auto qui me coûte cher, un emploi que j'aimais (qu'il trouvait cool, mais comprenait pas) et je disais que j'étais ben sportive, quand dans le fond je me perdais dans le travail pis que ma dernière visite au gym remontait à une couple de mois. J'avais la même vie, chaque fois. Présentée dans un emballage cadeau un peu plus optimisé avec aucune notice sur les défauts de fabrication. Un cadeau que je donnais dans le but de combler le fait que j'en recevais pas.

« Ben non... Ce sera pas lui! Une autre soirée où j'aurais pu faire autre chose » que je me disais en me versant un verre une bouteille de vin et en essayant d'éviter de m'interroger sur le fait que c'tait peut-être moi le problème. Y'était pas question que je tombe dans les grandes questions, j'avais pas encore étudié pour mon examen de conscience.

Pis y'a des fois où je suis restée surprise. Je me suis attachée à des personnes qui étaient probablement aussi cassées que moi. Je me retrouvais dans leurs p'tits airs de "j'en ai aucune crisse d'idée" pis je pensais qu'il y aurait quelque chose pour moi là-dedans. Pis je savais qu'on s'aimait pas, on se divertissait, on se comblait. S'attacher à quelqu'un c'est comme attendre que le train passe à une gare d'autobus. Ça te fait passer le temps, mais le voyage peut être un brin plus long. La walk of shame, de fois en fois, a le même goût surette. Pis quand tu te retrouves toute seule avec ta p'tite personne, tu te demandes si ta couverte de principes a sacré le camp au même moment que le lit frappait contre le mur. Ça fait longtemps que tu te craches dessus comme ça, ma belle? Qui ferait passer en premier une fille qui se fait passer en deuxième?

Pis un moment donné, ça te pogne par en dedans. Y'a pas d'explication à ce moment-là, y'a pas de date, y'a pas de fantaisies, t'es juste vraiment écoeurée. Tu ressens juste le besoin de te retirer de cette game-là qui change pas plus de partie en partie. Mêmes règles, c'est juste le joueur qui change de face.

Je pense pas qu'un moment donné tu vas être prête à être en couple, comment tu pourrais être prête pour ça? C'est comme dire que tu vas être prête à rire dans 25 minutes. Ça se prépare pas. Et combien de personnes disent être prêtes à être à deux en réalisant pas nécessairement qu'être à deux ben... c'est être physiquement deux.

Un moment donné, tu vas comprendre que t'as des défauts, calvaire que t'en as, mais tu vas les aimer autant que tes qualités parce que ça aussi, t'en as. Tu vas arrêter d'essayer d'expliquer tes dates ratées en mettant la faute sur l'autre et en acceptant que c'est juste pas la bonne personne, pis que t'es pas la bonne personne pour lui non plus. Que c'est tout simplement pas la bonne soirée, la bonne rencontre. Tu vas réaliser à quel point c'est impossible de changer les autres quand c'est si dur de se changer soi-même. Pis tu vas t'accepter, tu vas naturellement te faire passer en premier.

Va venir le moment où tu vas accepter de juste passer une belle soirée, sans attentes et d'avoir une discussion sincère avec quelqu'un, au lieu de te précipiter à catégoriser ce que vous vivez après seulement les 20 premières minutes. Tu connais pas foncièrement quelqu'un juste parce qu'il commande une bière blonde.

Se faire passer en premier se calculera pas dans le nombre d'heures que tu vas passer au gym en une semaine, à quel point ton régime va être santé, dans le nombre d'heures de sommeil que tu vas t'accorder par jour, à quel point ton boss sera fier de toi ou que tu auras une vie sociale active. Ce sera aussi d'assumer que tu peux pas tout contrôler pis d'apprendre à cohabiter avec toi. Fa' que tu vas deleter ton compte Tinder. Parce que le trou que t'essayais de combler en ayant besoin de quelqu'un, l'est déjà depuis longtemps en ayant besoin de toi.

Et c'est là qu'il va arriver, le bon. 

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