Y'était donc beau. Y'avait l'air d'avoir des qualités que les autres avaient pas. Me semble qu'il souriait plus que les autres, était plus poli que les autres, même son parfum sentait pas l'allée des guidounes chez LaBaie pis ses dents étaient blanches... mais blanches! Y'avait même un tattoo, ça tombe bien, j'haïssais pas ça!

On aurait pu projeter ça sur grand écran, tout y était, mais lui, il était pas disponible. Tout comme mon jugement d'ailleurs; en vacances, y'avait callé off. Karma de marde, fallait que je tombe sur un gars en couple. Dans le temps, j'tais jeune et je savais pas trop comment gérer ça, des émotions. Toute façon, je me contre-crissais un peu de toute, je vais t'avouer. J'tais du genre à voir la vie comme un buffet all you can eat et y'avait aucune raison valable pour que j'en profite pas. C'est stupide tu vas me dire? Je suis pas une bonne personne? Bah... on est une couple d'années en retard pour la morale malheureusement. C'est ce qui arrive aussi quand tu te cherches, tu deviens un peu immunisée contre ce genre de niaiserie qu'on appelle "le bon sens".

Il savait tout dire, quand le dire, quoi faire pour jouer dans ma tête aussi. Facile de gagner quand t'es le seul à jouer, mine de rien. J'étais facilement impressionnable et je laissais la chance au coureur; s'il me disait qu'il allait la laisser, je le croyais. Ça a toughé un bout de temps ce joli p'tit cirque-là. Jusqu'à temps que je branche son cell chez moi parce qu'il avait plus de batterie: *ding, ding* - Ma Chérie <3 - "Je t'aime mon amour".

Il avait aucune intention de la laisser. Mon roman arlequin de vie: 1 - le bon sens: 0. 

Crédit photo - DIF

Trop peinée par l'idée d'une relation qu'on m'avait confisquée, j'ai décidé de voir ma revenge comme une douce option. C'est pourquoi ce matin-là, en allant travailler, ça m'est apparu comme une bonne idée d'aller tout raconter à celle à qui je voulais voler le bonheur. En discutant avec la sacrée chanceuse, je me suis aperçue qu'elle l'était pas du tout... Ça faisait quelques fois déjà que son chum la trompait. Pourquoi elle restait?

À partir de ce moment-là, "l'homme" a continué de m'appeler et à me donner toutes les raisons du monde de rester. Mais je restais pas. Et il m'appelait dorénavant de cabines téléphoniques. La magie avait pris une sacrée volée.

Je me suis retirée de cette game-là aussi vite qu'on retire un joueur blessé pendant les séries. Ça m'intéressait pu, je trouvais que les joueurs patinaient mal. D'un seul coup, je me suis retrouvée convaincue d'avoir du bon sens pis que c'tait eux les malades. Lui, à la poursuite de toujours plus: du beurre pis de l'argent du beurre. Toujours le crisse de beurre. Et elle, trop brisée pour partir. Bien ancrée dans un pattern auquel elle s'était habituée. Ce doit être très dur d'assumer que ça nous arrive à nous.

Maintenant, en y repensant, c'tait une belle gaffe et en rétrospective, ça a rien amené de plus ou de moins à personne. Une expérience vide. Ça travaille ta naïveté sur un moyen temps par contre. Ce que j'ai surtout appris là-dedans c'est à reconnaître les gens brisés. Pis y'en a beaucoup... Faut arrêter de vouloir tous les sauver.

Parce que beaucoup se plaignent que leur feu brûle, mais continuent de mettre des bûches dedans.   

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