J'ai un léger blocage par rapport à mes déjections. Surtout au fait de devoir m'exécuter dans un lieu qui n'est pas le confort de mon logis. J'pense que les filles, on a ben de la misère avec ça, on veut pas dévoiler qu'on fait caca, ni où et quand on le fait. Appelons ça le mythe du caca féminin, on en parle pas trop, on veut conserver un mystère TOTAL autour de ce sujet.

Un beau jour, j'ai vaincu mon blocage pis j'ai fait un gros finger au mystère. C'était l'été, j'étais heureuse et insouciante, sans me douter de la terrible crise anale qui allait survenir. J'voyais un garçon depuis peu de temps, on faisait des sorties ensemble, mais on n'avait jamais pénétré le domicile de l'autre.

Et puis un jour, ça arriva. On va essayer un p'tit resto mexicain beaucoup trop bon et on va dormir chez lui, assommé par l'abus de margaritas. Jusque-là tout va plutôt bien, rien à signaler. Mais vers 6h du matin, j'ai des crampes, des solides crampes. Pas le genre que tu te dis « Ça va passer, m'a me virer de bord », c'était plutôt « Mes entrailles veulent sortir vivre leur vie, pas de faux mouvements ça pourrait mener à une fuite désastreuse ».

J'ai jamais autant peu apprécié d'être en cuillère avec quelqu'un. J'me suis dégagée lentement, pour me lever péniblement et me mettre à la recherche des toilettes dans l'espoir que mon hôte ne note pas mon absence. J'me rends compte que la toilette est next to son lit, je trippe pas. J'commence à avoir des sueurs froides quand j'vois que la salle de bain est vitrée. J'vous explique : la douche a un immense mur vitré qui donne sur la chambre, plus précisément. Ben couché dans le lit, tu vois absolument tout ce qui se passe dans la douche et t'as un bon aperçu de ce qui se passe sur la bolle parce que y'a pas de criss de rideau.

Là, j'commence à paniquer, accoté dans barrure. Faut que j'me soulage au plus vite, mais j'peux pas vraiment offrir ce moment-là en spectacle : mexicain pis mal de ventre brutal n'égale pas joli spectacle d'une somptueuse élégance. J'commence à pogner mon linge  (sur un esti de temps) pis m'habiller pour trouver une solution, mais à l'extérieur de son logis.

J'pars nu-pieds, j'amène les clés de chez lui, me disant que j'allais revenir incognito, mais que mon intestin dominait totalement la situation. J'cours dans la rue en cherchant mon auto, pis j'aperçois ce qui peut être une solution facile, mais peu noble. Y'a un gros chantier de construction et trône fièrement derrière une clôture une belle toilette chimique qui me fait des clins d’œil.

Ouin, j'sais, c'est vraiment deg'. J'me suis faufilé (oui j'étais toujours nu-pieds) derrière la clôture, sous le regard ahuri des travailleurs, pour m'immiscer peu discrètement dans ladite toilette. J'ai mis du papier partout et j'ai fais ma besogne en me pinçant le nez. En sortant un des boys m'a crié « La marde cuite au soleil hein, ça sent pas trop bon! »,  j'ai juste répondu « J'avais une urgence burrito-tequila, j'suis désolée ». Le gars a tellement eu l'air dégoûté, son odeur de marde c'était correct on pouvait en rire, mais la mienne, ça passait pas.

Soulagée, mais honteuse, j'me suis dit que je pouvais pas retourner chez mon dude comme si de rien était. Faque, j'ai été au Tim Hortons nous chercher 2 cafés pour camoufler mon aventure et faker une délicate attention de ma part.

J'rentre, j'dépose gentiment les cafés à côté du lit pis j'me grouille d'aller me laver les pieds en portant le voile de la honte. J'enlève mes guenilles et me glisse sous les draps, ni vu ni connu. Il se réveille bien évidemment, et me lâche « Osti que j'ai mal au ventre, faut j'aille dumper un voyage, regarde-moi pas ».

Avoir su, j'me serais pas donné autant de misère à vouloir chier clandestinement! 

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