Quand j’ai vécu ma première peine d’amour, la douleur était tellement intense que ça en devenait physique. J’avais cette drôle de boule dans l’estomac et cette incroyable pression dans le cœur.

Je m’en souviens comme si c’était hier. Cette journée-là, je couvrais un gros événement et je devais gérer beaucoup d’interactions : « Bonjour! Comment allez-vous ? » qu’ils me demandaient. « Merveilleusement bien! Vous-même ? » que je disais, avec ce faux sourire fendu jusqu’aux oreilles.

Au lieu de prendre mes heures de diner pour aller manger, je jeûnais. J’allais dans les loges et je me vidais de toutes les larmes de mon corps. Quand c’était fini, j’essuyais mon mascara coulé et je reprenais le travail. Je vous jure, j’étais comme un robot.

J’ai bien failli croire que toute cette souffrance aurait eût raison de chaque parcelle de mon âme. Mais les jours passaient et je sentais les belles émotions se réapproprier mon corps. Je riais un peu plus, pleurais un peu moins.

J’ai finalement passé à travers et j’ai transformé mes regrets en gratitude. J’ai appris à être reconnaissante de tout ce qu’y c’était passé, vraiment tout. Car sans cette peine, je n’aurais jamais pu devenir celle que je devais être.

Parce qu’on ne grandit pas dans notre zone de confort. On ne se pose pas de questions. Du moins pas les bonnes. On prend la vie comme elle vient et on ne souhaite en aucun cas chambouler notre quotidien. On tombe dans une routine, on répète le même scénario jour après jour, et on se contente de ce qu’on a.

Mais si la vie ne nous mettait jamais à l’épreuve, comment pourrait-on être conscient de ce que nous sommes capables? Si on ne m’avait jamais mise dans un bassin d’eau, comment est-ce que j’aurais découvert que je savais nager?

Si on ne laisse jamais la possibilité à cette douleur de venir nous visiter, elle reviendra encore et encore tel un huissier qui vient chercher son dû. Ce qui veut effectivement dire qu'on ne pourra jamais vivre notre vie dans le calme et la sérénité sans être dérangé.

Alors je dis oui. Oui à la peine. Il faut la vivre, la laisser nous submerger. Et lorsque nous toucherons le fond, alors là, seulement, nous pourrons nous propulser vers le zénith et revenir en force.

Mais ne la laissons jamais déposer ses bagages en nous et s’installer. Lorsqu’elle nous aura dit ce qu’elle avait à dire, nous devrons lui demander poliment de nous quitter afin de pouvoir aller de l’avant avec notre vie.

J’ai tellement grandi, j’ai tellement appris de choses en peu de temps, que ma peine d’amour est littéralement la meilleure chose qui pouvait m’arriver.

Merci la vie.