Il y a pas si longtemps que cela, j’étais ce genre de femme.

J’avais ce besoin de créer un sentiment de jalousie chez mon prochain, même si c’était plus souvent qu’autrement de manière inconsciente. Un copain avec des traits impeccables, un domicile harmonieux, des vêtements inabordables.

Je voulais que les gens se disent que j’avais réussi, que j’étais sur la bonne voie, voué à un grand avenir.

Puis, j’ai réalisé. Qu’est-ce qu’une réussite? 

Qu’est-ce qu’un copain digne des magazines m’avait apporté? Un beau mirage. Qu’est-ce que des vêtements dispendieux m’avaient apportés? Un porte-feuille vide. Qu’est-ce qu’un domicile rangé m’avait donné? Tout sauf un foyer.

Comment est-ce qu’on calcule une réussite? On ne la calcule pas.

Mes plus grands succès, mes plus beaux souvenirs, n’ont ni noms, ni formes. Ils représentent une odeur, une sensation, un vague souvenir intangible.

Maintenant, je veux être celle qui est éblouie.

À quoi bon vouloir impressionner, si en bout de ligne nous en restons vide, nous-même insatisfaits. Je veux aller au-delà des apparences. Je veux m’intéresser aux autres pour qui ils sont, non pas pour ce qu’ils semblent être.

Je veux repousser les frontières établies par la société. Je veux nourrir mon âme des vrais choses, celles qui comptent réellement à mes yeux.

Ils me jugeront. Je les jugerai de me juger.

Ainsi soit-il.

Mais chose certaine, je serai celle qui aura le coeur comblé, la tête nourrie, le corps satisfait. Y a-t-il quelque chose de plus important que notre personne propre en bout de ligne?

Il est facile de prendre le mauvais tournant, un moment d’inattention et puis ça y est.

« Tu vas aller loin, toi, dans la vie! »  Où ça?

La vérité c’est qu’on fait référence au patrimoine net, on vois déjà les signes de dollars dans tes yeux.

On me souhaite un coussin confortable, on me souhaite un malheur probable…

Faisons le calcul ensemble.

Je peux m’acheter un lit, mais pas le sommeil. Un ordinateur, mais pas l’intelligence. De la nourriture, mais pas l’appétit. Une maison, mais pas un foyer. Des médicaments, mais pas la santé. Du divertissement, mais pas le bonheur. Du sexe, mais pas de l’amour. De l’obéissance, mais pas de la loyauté.

Je préfère allez un peu moins loin. Je me souhaite donc d’aller juste assez loin. Juste assez pour garder de vue les choses qui en valent vraiment la peine.

Question de réussir dans la vie.