Mercredi dernier, le spectacle de Cavalia Odysseo avait semé la controverse au Québec. Des manifestants ont affiché des slogans anti-spécisme sur les pancartes de Cavalia et une vigile se tenait devant le chapiteau. Sur internet, la population jugeait que ces accusations étaient injustes puisque les chevaux étaient bien traités. Pour mieux nous éclaircir sur la question, je me suis entretenue avec Jessie d'OD sur cet incident.

À lire aussi: Manifs et vandalisme contre Cavalia à Montréal sèment la colère et les réactions sont violentes

@jessie.nadeauembedded via  

Le concept du spécisme, et en quoi c'est une forme d'exploitation pour les animaux, peut être dur à saisir, peux-tu nous l'expliquer?

Le spécisme désigne la discrimination basée sur l'espèce. C'est un problème pour les animaux, qui sont des êtres sensibles et sentients, car leurs intérêts fondamentaux sont traités différemment des humains. Nous, les humains, faisons aussi preuve de spécisme quand nous donnons plus de valeur et de droits aux chiens qu'aux cochons, par exemple. De ce que j'ai lu, j'ai l'impression que plusieurs croient que le spécisme ne prend forme que lorsqu'il y a violence ou maltraitance. Visuellement, un cas de discrimination qui comporte de la violence physique est plus facile à saisir, j'en conviens. Dans le cas de Cavalia, le spécisme est abordé car il y a utilisation des animaux à des fins de divertissement.

Malgré le fait que les chevaux de Cavalia soient super bien traités, trouves-tu que le spectacle Odysseo les exploite?

Je viens de lire la longue liste des soins accordée aux chevaux d'Odysseo. Je ne doute aucunement des intentions des gens qui prennent soin de ces chevaux. Ils semblent recevoir beaucoup d'amour, mais là n'est pas le point. 

Les chevaux y sont objectifiés pour amuser la foule et amener de l'argent à la compagnie. Les activistes ne manifestent pas pour que les chevaux soient mieux traités pendant leur exploitation, mais qu'ils ne soient pas exploités tout court. C'est ce qui les différencie des welfaristes qui sont pour les réformes.

Est-ce qu'on fait aussi du spécisme lorsqu'on possède un animal de compagnie ou qu'on utilise les services d'un chien Mira par exemple?

Sur cette question, Jessie a préféré ne pas s'aventurer pour l'instant. Selon elle, la question est très complexe et mériterait un article entièrement dédié. Next time peut-être. Elle m'a toutefois laissé une citation d'une lettre par l'association qui manifeste contre le spécisme de Cavalia: Posséder un animal de compagnie n’implique pas de capitaliser sur celui-ci, ni de lui faire faire plus de 50 spectacles pour amuser des spectateurs et spectatrices au centre-ville de Montréal.

Est-ce qu'il y aurait eu une façon pour Cavalia de ne pas faire de spécisme dans son spectacle?

Je ne crois pas qu'il existe une façon non spéciste d'utiliser les animaux pour des spectacles. Il existe amplement de façons de se divertir sans qu'on ait besoin d'exploiter les animaux non humains.

As-tu d'autres commentaires sur le spécisme ou sur l'incident arrivé à Cavalia?

En lisant tous les soins que reçoivent les chevaux utilisés par Cavalia, je n'ai pu m'empêcher d'avoir une pensée pour le Refuge RR, un organisme de bienfaisance à but non lucratif qui a sauvé et réhabilité plus de 75 chevaux. Ce refuge a de la misère à survivre. On dirait que les gens préfèrent les animaux lorsqu'ils servent aux humains. Faudrait-il que les bénévoles du refuge fassent faire des roulades aux chevaux pour que les gens s'y intéressent? Si tout comme moi vous aimez ces majestueux animaux que sont les chevaux, je vous inviter à en parrainer un ici.

Ça risque même de coûter moins cher qu'un billet pour Cavalia.

Nous terminons notre échange sur une confession de Jessie. Elle m'explique qu'au début elle aussi ne voyait pas en quoi un spectacle comme Cavalia exploitait les chevaux. Elle était déjà végétarienne à ce moment mais ne se questionnait pas sur toutes les autres formes d'exploitation.

Selon elle, il faut aller plus loin que de juste se dire que les animaux soient bien traités ou non.