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Ce qui se passe réellement dans la vie d'une criminologue

L'art d'étudier les phénomènes criminels

Dans la vie, il y a des métiers qui sortent plus de l'ordinaire que d'autres qui sont plus communs. Il est toujours intéressant de les découvrir ou de les approfondir pour ceux qui les connaissent déjà. Il y en a un qui devrait t'intéresser si tu aimes tout ce qui a rapport aux crimes et à l'argent!

Travailler en criminologie, ça te dit quelque chose? L'art d'étudier le phénomène criminel de toutes les sortes possibles et imaginables, voilà le quotidien d'un criminologue. La criminologie peut être appelée aussi  "sciences criminelles" et demande l'aide de plusieurs domaines différents.

Pour t'en parler plus en détails et que tu puisses connaître les secrets de ce métier qui intéresse beaucoup, j'ai rencontré Pauline, une criminologue belge qui travaille à Montréal dorénavant. Elle a fait un cursus complet en Europe, avant de se perfectionner dans le secteur financier. À travers cette entrevue, tu vas pouvoir découvrir ses motivations, son quotidien en tant que criminologue, ses anecdotes sur le métier ou encore tous les moyens et toutes les qualités nécessaires pour être dans les meilleures conditions pour être efficace dans son travail.

1. Quelles ont été tes motivations pour devenir criminologue?

Ayant été diplômée en travail social, je me trouvais un peu jeune et surtout totalement immature pour avoir la prétention de travailler pour et avec des personnes dans une situation de besoin. Pour combler à ces vides, je me suis dirigée vers la criminologie qui, me semblait-il, me permettrait de pouvoir y répondre en essayant de comprendre la personne dans une thématique bien particulière: le comportement criminel.

Parce que la personne met en place certains comportements psychosociaux qui lui permettent de passer à l’acte ou non. Cette expérience me paraissait intéressante dans l’apprentissage du comportement humain en général.

Car la criminologie après tout, c’est le fait d’étudier le comportement criminel grâce à plusieurs disciplines comme la psychologie, le droit, la sociologie, etc... C’est cette pluralité qui m’a tout de suite séduite.

2. Quelles sont les formations possibles?

La formation en criminologie est une formation universitaire (en Europe) qui se suit sous forme d’un Master. Il faut donc avoir un baccalauréat en poche avant de pouvoir accéder à ces études. A priori les baccalauréats les plus courants sont la psychologie, le droit ou encore le travail social.

3. Des anecdotes pendant les stages/travail?

Beaucoup d’anecdotes me viennent à l’esprit… Lors de mon stage de Master 1 en criminologie, j’ai eu la chance de suivre trois détectives privés engagés par une compagnie d’assurance belge. Ces enquêteurs devaient vérifier si l’assuré commettait ou avait commis une fraude dans sa déclaration d’assurance. Pour cela, les grands moyens étaient employés: planques, filatures, interrogatoires, vérifications par des experts, recueil de preuves, etc...

Une anecdote pendant ce stage d’ailleurs. En pleine filiature à pieds en rue, alors que nous attendions que le présumé fraudeur sorte de chez lui pour recueillir des preuves du cas de fraude, je me suis faite draguée en rue et suivie sur plusieurs mètres par un homme qui n’avait bien sur aucune idée de l’exercice que j’étais en train de réaliser. Le plus difficile a été de s’en débarrasser délicatement pour n’éveiller aucun soupçon en pleine rue.

4. Qu'est ce que la criminologie financière?

La criminologie financière repose sur l ‘étude des comportements criminels reliés aux actes financiers. On pense alors au phénomène de blanchiment d’argent, à la fraude, à l’évasion fiscale ou encore à la corruption. Tous ces actes sont interdits et répréhensibles et c’est bien pour cela que la criminologie c’est aussi cela, la lutte contre les comportements financiers délictueux.

5. Une journée type pour toi au travail?

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. C’est ça tout l’attrait de la profession de criminologue: la diversité et la nouveauté.

Je dirais que je commence mes journées en soufflant un grand coup et en me demandant ce qu’il va bien pouvoir se produire. Journée type dans une société d'audit: J’arrive chez le client, les dossiers à analyser sont devant moi. Je fais alors un tri rapide selon le montage financier: simples, moyens, complexes et je commence toujours par les complexes car ce sont ceux qui me prendront le plus de temps.

Exemple? Une société basée au Luxembourg qui détient plusieurs succursales un peu partout à travers le monde. Et la, criminologue ou pas, je prends un crayon et une feuille vierge et je dessine le montage financier pour comprendre d’ou vient l’argent et où il part. C’est comme ça que l’on peut comprendre les flux d’argent et identifier les sociétés dites responsables du transit des flux financiers. Bon je ne veux perdre personne ici donc disons que je dessine toute la journée des ronds, des flèches,… et oui il faut improviser. La journée passe au fur et à mesure que les dossiers défilent. Bientôt 22h, il est temps de sortir des bureaux sinon je vais devoir passer la nuit là.

Ne pas rire: J’ai du finir un audit dans le noir et le froid du hall de réception d’un groupe financier car les bureaux placés sous alarme fermaient à 21h.

Une journée type en tant qu’agent de conformité: Commencer la journée par la lecture des mails dits sensibles: contenant des informations sur des dossiers urgents, à gros investissements ou dont l’origine des fonds n’a pas été documentée.

Evaluer ensuite les dossiers qui doivent être vus par les directeurs financiers de l’entreprise et avoir leur accord sur le risque à accepter.

Etudier et présenter ces dossiers sensibles pour ensuite lancer une procédure d’acceptation ou au contraire une procédure de dénonciation aux autorités.

Les journées ne se ressemblent jamais dans ce genre de métier. Il est sur qu‘il existe des vérifications à faire au journalier mais les cas de suspicions de blanchiment d’argent sont différentes, c’est ça qui est motivant et intéressant.

6. Où te vois-tu dans 10 ans?

L’ironie de mon métier est que je l’exerce pour ne plus qu’il existe. Je m’explique: le but de l’exercice de cette profession est de mettre en place des systèmes pour détecter les comportements criminels et arrêter le processus avant même que l’institution financière soit touchée et donc par ce fait que la profession n’existe plus si tout est aux normes. Mais tant qu’il y a aura des personnes pour imaginer des montages financiers frauduleux, il y aura toujours un criminologue qui analysera le phénomène.

Dans dix ans, j’espère sincèrement que ce métier sera reconnu et accepté, ce qui n’est pas toujours le cas. Que ce soient par les commerciaux qui doivent vendre les produits bancaires et qui ne sont pas toujours sensibilisés au risque que peut représenter une acceptation de fonds dont l’origine est incertaine. Il y a un risque financier pour la banque, mais également un risque de réputation énorme. Le plus simple est de comprendre que si l’argent est contrôlé pour le client, sans risque apparent, il l’est d’autant plus pour des gros investissements de flux financiers. C’est rassurant pour le client de savoir qu’il confie son argent à une institution qui fait tout en sorte pour que cet argent soit restitué en temps et en heure lorsque le client en a besoin.

7. Est ce que c'est un métier qui plait ou qui peut poser des problèmes dans une relation personnelle?

C’est un métier qui peut poser certains problèmes dans une relation personnelle, car elle demande beaucoup d’énergie et de remises en question. C’est d’autant plus facile d’avoir un compagnon compréhensif et qui vous attendra avec un bon souper quand vous rentrez à minuit après un audit ou une enquête approfondie.

D’autres domaines sont encore plus fatigants psychologiquement parlant. Je pense à mon amie, criminologue, qui travaille en prison. Elle voit les détenus individuellement dans leur cellule et est leur « confidente ». C’est à dire que les détenus peuvent tout lui livrer (des meurtres inavoués, des pensées criminelles,…) car elle ne peut rien dévoiler de leur rencontre. La seule chose qu’elle a le pouvoir de faire c’est d’échanger avec eux sur leurs confessions et de les amener à une conscience de ce que peut être un comportement accepté par la société versus un comportement criminel. Je pense à elle car je pense à ce qu’elle peut entendre à longueur de journée. Je pense que ça doit être pensant dans une relation de couple.

8. Est-ce un métier bien payé?

Je ne pense pas que les criminologues (pas ceux que je connais en tout cas) ont choisi cette voix pour la rémunération. Ce n’est pas un métier qui rend riche matériellement, mais je reste persuadée qu’il peut t’enrichir personnellement car tu apprends beaucoup sur le comportement humain.

9. Quels sont les cas les plus extrêmes rencontrés au travail? (dossiers chauds, personnes, etc...)

Les cas les plus extrêmes, dans le domaine financier, est selon moi les importants flux financiers et la pression que des responsables peuvent mettre sur le personnel responsable de la Conformité pour accepter l’ouverture de compte. L’acceptation des dossiers est une véritable responsabilité qui peut mettre beaucoup de pression d’un coup. Je n’ai pas de dossiers croustillants ou même si j’en avais il est difficile pour moi de les nommer étant donné que les crimes financiers en matière de blanchiment d’argent sont souvent relayés par la presse.

10. Quels conseils donnerais-tu à une personne qui veut devenir criminologue?

Rester les pieds sur terre, ne pas se donner pour mission de vouloir éradiquer le crime.

La criminalité a toujours existé et existera toujours. Il faut être réaliste et faire face à cette réalité pour pouvoir faire du bon travail.

11. Les qualités pour être un bon criminologue?

La qualité principale pour être un bon criminologue est selon moi la foi en l’être humain comme acteur de changement. Ensuite tout bon criminologue doit être très observateur et souvent calme face aux révélations dont il est témoin. Le but du criminologue est bien de comprendre une réalité et non de prendre position sur un fait criminel.

Merci à Pauline, d'avoir répondu à ses questions qui te permettent d'en savoir plus sur la criminologie. Si tu souhaites te renseigner sur des formations en criminologie, les études et toutes les informations intéressantes sur le sujet, tu peux aller visiter cette page ou celle-là.

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