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J'trop mal dans ma peau pour dater

Ou juste pour me regarder dans l'miroir.
J'trop mal dans ma peau pour dater

L'an passé, à la même période de l'année, j'étais dans une relation. Une relation qui me convenait ni à moi ni à lui. Et qui m'a pas fait sentir super bien dans ma peau. Ni belle. Surtout ni belle je dirais.

C'était la première fois que ça m'arrivait. Être avec quelqu'un, mais me demander quotidiennement s'il me trouve belle ou s'il y a quelque chose chez moi qui le séduit, un p'tit je ne sais quoi qu'il trouve mignon comme tout ou irrésistible. Ça m'a un peu brisé le cerveau de me questionner là-dessus. Et surtout, ça m'a f*cké l'estime personnelle ben raide. C'est difficile avoir des sentiments pour quelqu'un qui te donne l'impression d'être régu. T'es correcte, t'es pas la 8ème merveille du monde ni une coquerelle, t'es average.

J’lui en ai jamais parlé. On s’est quittés et j’ai gardé mes insécurités cachées bien au fond de ma tête. À quoi bon en parler après que ce soit terminé? Ça sert à rien de brasser tous ces ressentiments pis de commencer à se dire ses 4 vérités. Quand ça marche pas, ça marche pas, j’ai beau te dire que j’aimerais ça que tu me complimentes de temps à autre, mais si je dois te le demander, c’est un peu de la marde. J’aurais peut-être dû mettre des alarmes dans son cellulaire « dire à Merlin qu’elle ressemble au plus beau des Tiramisus, je la mangerais toute rond». Tu vois le genre.

Pour être honnête, j’pense que j’ai pas voulu lui en parler pas pure peur. Peur d’me faire dire la vérité que j’ai zéro envie d’entendre. La vérité qui allait sûrement beaucoup plus loin que ma grande angoisse physique. Parce que si tu aimes quelqu’un gros comme l’univers, tu vas le trouver beau. Ou au moins, tu vas trouver de la beauté dans n’importe quelle petite niaiserie insignifiante.

Son incisive un peu trop avancée qui embarque sur sa canine tu vas la trouver cute, son poil de barbe trop long qui te pique quand tu l’embrasses, tu vas trouver ça mignon,  sa p’tite bedaine te dérangera pas, ses orteils de hobbit te stresseront pas. Quand t’aimes quelqu’un, tu trouves du beau dans tout ce qu’il est. Donc, fais le lien, si ton calinours te fait pas sentir belle, il t’aime probablement pas. Moche comme constat. Très moche.

Faque j’avais pas envie de me faire confirmer son absence de sentiments. J’men doutais pis c’était ben en masse de même. J’pas fâchée ou amère. On peut pas obliger les gens à tomber amoureux de nous, ça arrive qu’on ait des sentiments juste d’un bord. J’te souhaite que ce soit pas de ton bord par exemple. Réflexion purement égoïste. Mais entre me faire fendre le cœur en deux ou être avec quelqu’un qui m’aime beaucoup plus que je l’aime, je prends la deuxième option all the way.

Faque. Le temps a passé. Pis j’ai arrêté d’me poser des questions pis d’me trouver banale.  Un moment donné fallait ben j’en revienne, que je retrouve ma confiance et que j’empêche cette relation de m’affecter. J’ai passé 29 ans de ma vie à m’aimer comme je suis, malgré mes défauts, mon absence de menton, mes minis mamelons pis ma super pilosité qui pourrait rendre jaloux le cheval à la crinière la plus soyeuse au monde. J’ai jamais été mal dans ma peau.  

Jusqu’à aujourd’hui. Je sais pas si c’est le blues de retour du voyage. Mais criss que j’me trouve deg. J’ai passé un mois à boire de la grosse bière, fumer des packs de top, pas trop bouger, sauf courir pour aller aux toilettes parce que le poulet Adobo voulait aller voyager ailleurs.  J’suis revenue bronzée, mais avec des tâches pigmentaires JUSTE DANS LA MOUSTACHE. On dirait que j’ai une p’tite moustache molle. En plus de mon sentiment d’être ballonnée en permanence.

J’me suis toujours regardé dans le miroir en me trouvant cute. J’ai jamais voulu être parfaite, j’me trouvais ben correcte comme j’étais. Mes p’tites imperfections me rendant unique et cute à ma façon. Mais là, je trip pu sur la personne que je suis quand j'me vois dans l'miroir pis je trouve ça ben difficile à vivre. J’me trouve laide. Pas regardable. Tsé quand tu t’habilles le matin pis que tu trouves que rien te fait bien, tu essaies des kits à pelleté pour finir par être en tabar parce que t’es ben dans rien.

C’est un sentiment qui ne m’avait jamais habité avant. On dirait que mes jeans me collent à la peau, mes culottes me serrent les hanches, mes t-shirt me moulent la bed, j’suis confortable dans aucun vêtement. Je me scrute le matin dans le miroir en m’analysant au grand complet. Des p’tits boutons ici, la peau sèche en dessous du nez à cause de mes allergies, mes lèvres gercées, mes ongles rongés, ma pédicure maganée, mes cheveux à la pointe cassée, bla bla bla. J’trouve rien de beau. En arrivant à la maison le soir, j’use de violence envers mes guenilles. J’les enlève en les garrochant au bout de mes bras comme si c’était de sa faute à elle, pauvre blouse de viscose, si j’suis mal dans ma peau.

J’suis sul bord de m’autodiagnostiquer des maladies pour expliquer chacun de mes bobos. J’me vois arriver à pharmacie pis dire écoute, je veux de l’accutane, j’ai des eu 3 boutons dans le front mercredi, je sens que ça va être un problème récurrent, j’ai pas besoin de prescription, j’ai toute pensé à ça en revenant de voyage, parce que tsé, j’suis mal dans ma peau faque j’me suis inspecté pis je sais c’que j’ai d’besoin, merci là.

J’peux-tu te dire que ça tourne à 100 milles à l’heure dans ma caboche. ET que la dernière affaire que j’ai envie, c’est de dater. Je me couche en me faisant des scénarios. La date ça peut aller, c’est le moment d’intimité que je redoute. J’le sais que j’pourrais pas me laisser aller, j’vais être tout le long dans ma tête à avoir des réflexions aussi stupides qu’inutiles.  J’porte du linge lousse qui ne doit pas effleurer ma peau parce que ça m’agresse, faque j’me vois ben mal avoir du fun avec un autre. J’suis quasi en larmes en enfilant mes pétalons le matin. La sexualité, c’est impensable.

Ça me fait chier me sentir régu. J’ai l’goût d’être le plus beau des f*cking papillons, qui voyage au Mexique pour son hibernation, pis que tout le monde fait ohhhh quand il me croise en plein vol. J’veux pas me sentir comme la pauvre chenille qui fait Mont-Royal-Villeray collée en dessous d’une semelle de souliers en suscitant une moue de dégoût quand on la trouve.

C’est lourd se trouver moche. Très lourd. Faque j’ai été lourde avec moi-même, mais de manière positive. C’est facile me dire que ça va finir par s’arranger tu seul. Amener mon déni à un autre niveau. F*ck off. J’peux pas dater qui que ce soit tant que je me sens pas super bien dans ma peau et confiante. J’vais m’embarquer dans des relations de marde qui mèneront nulle part, en endurant n’importe quoi parce que j’trouve que j’mérite pas mieux.

Ça c’est non, Merlin. Donc. J’ai décidé de prendre soin de moi. Telle une jolie bâtisse centenaire qui mérite un peu d’amour. J’ai décidé de stripper mes murs à grandeur pis d’me refaire une beauté. Même si ça veut dire mettre mon côté trashy trash insouciant d*calissant de côté. Ou communément appelé chez certains, devenir plate. J’ai envie de me déchirer pour oublier, mais ma p’tite voix de chenille me ramène à la raison.

Diminuer la boisson. Arrêter de manger mes émotions. Ça aucun sens c’que j’peux m’enfiler pendant une soirée. Pis après, j’me sens coupable d’avoir autant mangé, faque je continue de bouffer pour oublier ma culpabilité. Moins manger et aussi manger mieux. Arrêter d’me péter des gros snack de A&W après 4 spray de weed dans yeule en sortant du WestShefford sur la Royale. Me coucher tard. Faire des siestes interminables. J’suis le genre de personne qui s’enferme dans le sommeil.

Et surtout. Bouger. Sans me dire que j’vais faire un marathon en septembre, ce qui est peu réaliste, j’me suis mis au yoga chaud. Une heure et quelques durant laquelle j’me juge pas, le monde autour me juge pas, on sue notre vie à l’unisson pis j’me vide le cerveau. Un moment pour moi, toute seule, comme une grande fille. Pour me défaire de mon stress, de toute ma journée qui me pèse sur les épaules. Et, chose qui m’a étonnée, j’haïs pas ça pantoute.

Le plus beau là-dedans c’est que j’me mets pas de pression. Je sais que j’me sentirais pas bien dans ma peau en seulement 3 séances de yoga pis en calant 2L d’eau citronnée. C’est un processus un ti peu plus long durant lequel je dois me réapproprier mon doux corps. Ça prendra l’temps que ça prendra, mais je vais le retrouver mon mojo! Me regarder dans le miroir en sous-vêtements, me faire un clin d’œil et me sentir sexy.

Pis après tout ça, j’penserais à me matcher.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.