Premier pipi de nuit. Je reviens dans mon lit, me blottis sous les draps encore chauds, regarde l’heure sur mon cell. Me reste 3h de dodo, rien de plus satisfaisant comme feeling. Ah pis d’la marde je vais l’ouvrir, vite vite, jeter un p’tit coup d’œil, juste pour regarder si j’ai un texto, si quelqu’un a pensé à moi. Un message reçu: «Je m’ennuie de toi ». Maudit automne à marde. J’me recouche.

Le bruit de la pluie me réveille. Aidé par mon chat qui miaule sa vie pis qui me snappe les yeux avec ses griffes acérées. Rien de tel qu’une pupille déchirée pour se sentir appréciée et partir sa journée du bon pied. Pis j’me mets à regarder le texto. Je sais pas quoi répondre. Je sais pas si je dois répondre.  

La vérité c’est que moi aussi je m’ennuie. Tu m’aurais redonné le sourire dans une journée pluvieuse comme aujourd’hui. Ta présence m’aurait fait du bien, t’aurais mis du beau dans toute cette grisaille autour. T’aurais été doux, tu m’aurais laissé choisir la série à regarder, tu m’aurais laissé la mettre en français même si tu trouves que c’est mal doublé. T’hais ça les mauvais doublages. Ça te fait lever les yeux au ciel. On aurait été à l’épicerie se pogner mille trucs à manger qu’on aurait éparpillés partout sur la table du salon. On aurait jamais eu besoin de se décoller l’un de l’autre.

J’aurais flatté doucement tes cheveux pour sentir ta présence sous mes doigts. Sentir ma chance que tu sois là. On se serait compté les derniers potins en faisant des mises en scène, en imitant les protagonistes de nos histoires, un vrai théâtre d’été. On était beaux.

On était tout le temps ensemble. Les heures passaient pis on s’en rendait pas compte. On était fatigués, cernés, on dormait pas assez. Sauf qu’on était heureux. On avait jamais assez de l’autre. On était pas rassasié, on en voulait tout le temps plus. Te souviens-tu? Moi j’men souviens.  J’me souviens qu’on souriait tellement que ça devenait gênant pour les autres. On leur en laissait pas du bonheur. On avait besoin de rien. Juste l’un de l’autre.

La vérité c’est qu’on avait besoin de rien. Juste l’un de l’autre. Moi aussi je m’ennuie. Mais t’es parti.  J’y pensais pu. Pu souvent. De temps en temps. Pas un souvenir qui fait mal. T’étais rendu dans la catégorie des souvenirs qui te font du bien. Des choses que t’es content d’avoir vécu même si c’est terminé. Ma blessure est fermée. Je t’ai pas oublié. Mais je prendrais pas la chance que tu partes encore une fois.  

La vérité c’est aussi que tu m’as cr*ssé là du jour au lendemain parce que la chienne t’a pogné. Je l’ai pas vu venir. Du tout. Tellement qu’au début j’y ai même pas cru. Ça été long avant que je verse les premières larmes. J’en parlais sans aucune émotion, comme si ça m’avait pas fait un pli. On s’était trouvé. Je comprenais pas que tu laisses ça aller. De même. Un beau jour en revenant de voyage. Tsé le téléphone que tu attends, l’appel qui dit je suis revenu, viens-t-en j’ai plein d’anecdotes à te raconter pis j’tai ramené le pire des souvenirs mais tu vas rire.

C’pas ça qui est arrivé. Tu m’avais pas ramené un porte-clés, en fait, t’as repris ta clé, pis tu m’as rien donné. Tu m’as fermé ta porte, fermé ton cœur.  Au moins t’avais un beau tan. Ma main avait l’air translucide à côté de la tienne quand tu m’as rendu mes affaires. On se regardait pis on disait rien. J’ai même pas pu rentrer dans ton appart. Tu devais avoir peur que j’éclate en sanglots en te suppliant. Tu me connais mal. Tu m’attendais sur le pas de la porte. Je regardais à l’intérieur en me disant que c’était la dernière fois. J’essayais de m’imprégner de ces p’tits bouts de toi. C’était surréel.

C’qui est aussi surréel que ton soudain retour, un beau soir d’octobre, avec la phrase classique des cœurs qui se sentent seuls en voyant les feuilles s’accumuler au sol. Ton départ m’a blessée.  Moins que le fait que tu essayes de revenir. J’en ai fait du chemin depuis que t’es parti. Il m’est arrivé plein de belles choses auxquelles t’as zéro participé parce que t’as décidé de cr*sser ton camp y’a longtemps.

Je t’ai pas remplacé. J’pense pas retrouver une autre personne avec qui je vais avoir cette chimie et retrouver c’que tu m’as fait connaître. Mais j’ai pas l’intention de te reprendre dans ma vie. Zéro pis une barre mon gars. Merlin solo va bien. Très bien. Oui, des fois j’aimerais ça que tu sois là pour me faire rire et me prendre dans tes bras quand j’ai eu une journée de marde.

T’es capable de partir du jour au lendemain. Pis ça ça me tente moins. J’ai fait mon p’tit bonhomme de chemin pis j’ai pas l’intention de me matcher avec un revenant automnal qui veut sa deuxième chance. Tu peux t’ennuyer, parle moi en pas. Essaie pas de revenir. Garde ça beau. Garde ça comme c’est là. Parce que y’aura pas de suite. Ça sert à rien de salir les souvenirs que je veux garder de toi.

Je crois pas au retour pis au gros amour. J’suis pas de même. Si t’es parti une fois, t’as brisé de quoi, je vais pas arrêter d’y penser, de douter, de me questionner. J’veux pas être cette fille-là, la fille qui vit dans la peur pis dans la crainte que l’autre sacre son camp à tout moment. Moi, j’me suis toute réparée. J’suis pas flambette, ce serait te mentir, mais je suis d’un beau brisé. Je ressens pas le besoin de me matcher parce que l’hiver approche, ni même le besoin de me coller, ou d’avoir de la sexualité pour patcher les trous dans mon cœur. J’ai pu rien à patcher, faque sois pas fâché si j’te réponds pas.

Pis laisse-moi bien dormir la nuit après mon pipi de nuit.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.