Alors que tout le monde capote sur les nouvelles bombes de bain de Lush, moi j'ai ben d'autres préoccupations. D'abord parce que les bombes de bain, ça me donne une vaginite assurée. Ça pis des p'tits doigts sales. Même combat. Ça fait des ben belles couleurs, des belles odeurs, de l'effervescence, mais ailleurs que dans ma vulve svp. 

Via belart84

Faque. Pendant que tout le monde pense bain, moi je pensais plutôt à assouvir mes bas instincts charnels. En fait, j'y pensais zéro, c'était ça le problème. J'avais la libido complètement à plat et je voulais y remédier.

L'hiver célibataire, c'est dur sur le moral. T'as pas envie de dater avec ton Kanuk sul dos, tes Sorel din pieds, ta tuque enfoncée jusqu'à nuque pis ton teint verdâtre. J'arrive à mes dates en piteux état, j'ai eu frette en marchant jusqu'à Jarry, j'ai sué à grosses gouttes dans le métro, j'ai les pieds mouillés parce que mes bottes sont ben trop chaudes et les genoux au vif, fouettés par l'air glacé à cause des trous dans mes jeans. Pis j'te parle même pas de mes cheveux. Mi-frisé, mi-décalissé. Faute de la tuque évidemment. Et de mon hibernation durant laquelle des fois je skip trop de jours de lavage de cheveux. Ok, oui sont gras mes cheveux des fois. 

Tout ça pour dire que l'hiver, j'suis pas en mode séduction, faque si tu réussis à me faire sortir de chez nous, faut que j'te trouve exceptionnel. Ce qui se termine habituellement par une immense déception, mais ça c'est une autre histoire. Un ami me dit qu'il a un gars parfait à me présenter. Je me méfie toujours un peu de ce genre de situations. Souvent, y'a aucun critère particulier sur lequel tes amis se basent pour te présenter du monde, sauf votre statut de célibataire. Ce qui est rarement le fondement d'un mariage solide. J'me sens tout le temps mal à l'aise de dire non, mais je veux pas rencontrer tes amis. Ça marche jamais, pis après j'peux pas être honnête avec toi sur le pourquoi du comment que ça chié. En plus, on va se croiser dans des partys et autres rassemblements, y'en a un qui va trop boire pis essayer de frencher l'autre dans un élan de détresse psychologique. J'me connais. 

Via davidecollel

Donc j'ai accepté de rencontrer l'ami de mon ami. Oui, j'ai pas d'allure. J'ai absolument aucune info sur le dividu en question. Sauf un visuel pour pouvoir le reconnaître au bar. J'en voulais pas plus. Ça fausse les perceptions. Comme si tu lis mes articles avant de me dater, peut-être pas le meilleur moyen pour apprendre à me connaître. Bref, arrive sur place. Vois pas le gars. M'installe au bar, me commande une bière. Une main se pose sur mon épaule. OK. Visuel non identifié. Je répète. Visuel non identifié. Le gars est passé de tignasse fournie à p'tite cuirette. Y'a pu un poil sua tête. Ok, détail superficiel. Sauf que. Mettez des photos récentes. On va savoir à quoi s'en tenir pis j'aurais pas l'impression de dater Bruce Willis sul déclin. 

Via elevatebeer

Parle parle jase jase, bois des shots, des bières, on a du fun. On parle de tout pis de rien, surtout de rien, on effleure même pas nos ex et nos relations précédentes. Sûrement pour cacher qu'on est complètement brisé. Pis on juge le monde autour. Qui doit également nous juger vu notre état d'ivresse qui commence à augmenter. Tout se déroule pour le mieux, j'suis agréablement surprise. Il m'invite pour un dernier verre chez eux, c'est parti cowboy! 

Il me dit que c'est un peu sale, il n'a pas eu le temps de faire le ménage. Chose que je dis régulièrement à la visite, même si je viens de passer l'aspirateur. J'veux être sûre qu'il juge pas mon ménage en pensant que j'suis malpropre. Faque si y'a des Tupperwares pas propres dans l'évier je m'excuse au moins 4-5x en disant que j'ai été extrêmement occupée, que c'est inacceptable. Au fond, j'ai juste brossé toute la semaine sans prendre le temps de faire les bonnes affaires.Oui. J'ai choisi de vivre dans la crasse. 

Et là. Ma vie chavire. En ouvrant la porte de son logis, un vent d'odeur de gros weed me submerge. Ça sent tellement fort, c'est sûr que si j'me lichais j'allais être high, j'étais devenue un gros spliff ambulant. Il me fait faire le tour du propriétaire, le propriétaire qui ressemble en tout point à un fucking cendrier. Y'a de la bouffe moisie et de la vaisselle sale partout sur le comptoir, des butchs de top éparpillés partout dans les verres qui traînent, le sofa en tissus avec des grosses tâches douteuses, les coins rongés par ...je ne veux pas savoir quoi. Je t'épargne l'état de la salle de bain, mais j'peux te dire que j'aurais pu chier à côté de la bolle sans me sentir coupable, mettons. 

Je suis pas trop trop à l'aise. On est en janvier pis j'ai gardé mes bottes, tu vois le genre. Il m'invite à m'asseoir et me dit qu'il va préparer des drinks. Je me demande si j'ai tous mes vaccins, si je peux réellement rester dans cet endroit insalubre qui me fait sentir comme la reine des vidanges. Je me contorsionne pour m'asseoir sur le spot le moins sale du sofa. Pas capable. J'essaie d'le tasser pour voir si y'a pas un coussin plus clean, l'espoir fait vivre, et la seule chose que je retrouve, c'est des moisisures qui épousent délicatement la forme du sofa. C'est officiel. Ce logis est une véritable souille. 

Le gars revient avec deux bières. Il me voit la face et comprend que je suis complètement dégoûtée. Me dit qu'il se laisse un peu aller, dépose les bières et m'embrasse. Là, je suis prisonnière de deux sentiments contradictoires, l'envie de baisser mes culottes et l'envie de m'en aller en appelant Qualinet. Nos mains se font un peu aller sous le linge de l'autre, ça s'en vient caliente. Il me lâche, se sacre soudainement à poil et me fixe sans rien dire. J'tun peu prise au dépourvu, je bouge pas en me disant que peut-être mes pouvoirs de téléportation vont fonctionner. Parce que j'ai pu le goût d'être là pantoute. Y'a pas l'air confiant de son move.

Il s'écrase sur le sofa et se met à pleurer. Doucement, des fines larmes qui lui coulent sur les joues. Moi, on va pas se mentir, je pensais sexer. Là, je suis au beau milieu d'un dépotoir en train de m'empoisonner, de me pourrir les poumons pis je vais devoir consoler quelqu'un. Quelqu'un nu, en larmes, avec une semi-croquante. Cr*ss que j'ai aucun fun. Je maudis mon ami qui m'a présenté cet énergumène. Le karma, c'est certain que c'est le karma qui me fait payer. J'ai peut-être eu trop de prétendants et maintenant je suis prisonnière d'un donnez au suivant génital, je dois redonner à la communauté en consolant tous mes soupirants. 

Je m'assois à côté de lui sur le divan en essayant mentalement de faire abstraction à la marde dans laquelle je dépose mes fesses. Et là, ça part mes amis, la champlure à grosse peine. Il vient de se séparer. S'ennuie de son ex. La femme de sa vie. Mais elle, elle a trouvé l'amour avec son ergothérapeute. Réflexe d'empathie; enlacer la personne, mettre sa main sur son épaule, tsé des p'tits gestes qui peuvent être réconfortants. Quand l'autre est pas nu. C'est quoi le protocole pour consoler un chagrin d'amour dans la nudité? Je sais pas. Personne m'a outillé pour vivre des situations comme ça. 

Je passe ma main autour de ses épaules, avec un peu de distance, tsé pour calibrer séduction et réconfort. Non on couchera pas ensemble, oui je vais écouter la fin de ton braillage. Doux jésus il a du me parler un bon 10 minutes non-stop en pleurant. 10 minutes où j'ai analysé tous mes mauvais coups en me demandant j'étais en train de payer pour lequel présentement. Mon écoute étant exceptionnelle, il s'accote la tête sur mes genoux. Je dis pas un mot. Je respire même sans faire de bruit. Je souffre en silence. J'ai complètement dégrisé. Mon genou se mouille un peu sous l'accumulation de ses larmes. J'pu capable. J'ai un spasme, j'me lève illico presto, met mon manteau pis j'y dis que je m'excuse, mais je dois vraiment partir. J'me suis même pas retourné pour le regarder. J'étais en mode survie. 

Via freestocks

J'arrive chez nous. Me lave pour enlever toute cette lourdeur que je porte. Me glisse dans mon lit en me répétant qu'un jour je vais en rire, que ce sera une simple anecdote. Pis là, je reçois un texto du gars 'j'aurais aimé ça dormir avec toi, ça m'aurait fait du bien'. J'ai jamais répondu au message. Je l'ai supprimé. J'ai vraiment hésité entre rire et pleurer dans mon lit. J'me suis dis que l'hiver avait été rough pour tout le monde finalement. 

J'apprécierais que mes amis cessent de vouloir m'aider avec ma vie sentimentale. Je suis pas faite assez forte pour ça. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.