J'ai eu la pire semaine. Et pourtant, rien ne laissait présager toute cette horreur qui allait me submerger.

Lundi et mardi, je suis ultra grippée, je me sors de peine et de misère du lit pour aller au boulot. Je rentre sagement et me nourris de bouillon de poulet et de fudge. Au travers ça, je me congratule pour mes cinq jours sans alcool. Mon lit est plein de Kleenex. Pas pour les bonnes raisons.  

Mercredi, j'me pète un p'tit douze heures au bureau. J'arrive à maison à 21 h, j'ai faim ma vie, parce qu'évidemment à midi j'avais déjà mangé mon lunch de souper et de diner. J'entends un bruit répétitif qui vient de la cuisine. J'enlève mon gear d'hiver, traverse le couloir, viens pour allumer la lumière dans cuisine et me cr*ss le pied dans l'eau.

Allume la lumière, le plafond veut vivre sa vie, mais en deux parties distinctes qui s'entendent plus trop bien. Et de cette fente émerge un bon débit d'eau. Y'a au moins un pouce d'eau partout, mon îlot Ikea a l'air d'un radeau perdu dans les Caraïbes. Racaille, lui, ben relaxe, se promène dans la flotte et évalue les dégâts.

Jeudi, tout va bien, ma grippe est partie, mon appart sent pas le moisi.  

Vendredi, finis ultra tard. M'en va mourir en paix à maison. Me dit que je vais déneiger un peu mon auto tout de suite, question de me déculpabiliser de rien foutre. Pis là, cr*ss, quelqu'un a smashé le cul de mon char et s'est poussé comme une marde. Depuis ce jour-là, je traîne une pique à fondue dans mes bottes. Si je l'trouve, j'crève ses pneus.

Et je suis également prête pour toute invitation à partager un bon repas.

Là. J'avais officiellement une semaine de marde. 

Pour la première fois de la semaine, je vais voir mon Bumble. C'qui est le fun, c'est que les gars de la semaine 1 ont tous disparus. Soit j'ai pas répondu et ils m'ont flushée, soit l'inverse, on s'est pas vus, mais tout le monde est parti. Mes relations durent moins longtemps que l'apparition du soleil dans une journée d'hiver au Québec. C'est hard.

Samedi, un dénommé Marc me jase et m'invite à boire un verre. Il va voir un de ses clients sur le Plateau pour l'inviter au hockey et il me dit de venir le rejoindre. Plus tôt on commence, plus tôt on est couchés, ensemble ou pas. J'accepte. Je préfèrerais ensemble, mais bon. Pas de pression.

J'arrive sur place, je m'approche de lui au bar, j'ai un texto; « Je suis dans un appel conférence pour le travail, laisse-moi quelques minutes SVP. » OK. Je m'assois plus loin solo, je bois ma bière. 10 minutes passent. 15. Le fond de mon verre approche dangereusement.

Ma bonne humeur diminue aussi vite que son contenu.

Et il me texte. « Mon appel est fini, viens me rejoindre. » Garçon, t'avais pas envie de venir te bouger le cul pis me le dire? Je te demande pas de faire une ascension du Kilimandjaro, je te parle de faire huit pas pour établir un contact. 

Je suis zéro charmée. Je me lève pour le rejoindre. On jase environ trois minutes. Puis il se tourne et parle au propriétaire du bar, lui fait des jokes, parle aussi aux clients réguliers autour.

Après, un gars vient s'assoir à côté de lui, il me le présente, c'est son collègue. Et là, tout en faisant comme si j'existais pas, ils entament un bilan de l'appel conférence. C'est pas vraiment le genre de discussion durant laquelle je peux mettre mon grain de sel. Je peux pas intervenir, personne me parle, je remets en doute ma présence et mon entière existence.

J'essaie de rester positive. Ce n'est que passager, bientôt je vais être incluse dans un échange verbal avec quelqu'un. Y'a pas un chien que je pourrais flatter pas loin? Il me remonterait le moral, lui.

Rien se passe. Je bois en silence, les yeux dans le vide. Je pense à mon chat qui est tout seul à la maison. À moi qui se sent toute seule ici, pourtant entourée de plein de gens. 

Il me donne un coup de coude et me dit « Hey je m'excuse, vas-y, parle-moi. » Son cell sonne et vibre sur le bar. Il me jette un regard avant de répondre. Je vois pas pourquoi j'attends après un gars qui n’en a rien à foutre pis qui semble avoir son téléphone comme le prolongement de sa graine.

Le proprio vient me voir et me dit « Hey je peux lui dire que ça se fait pas si tu veux. » Je réponds : « Non, ça donne rien, penses-tu vraiment que j'vais revoir ce gars-là? Je m'aime un peu trop pour endurer ça. » Il me répond : « Oh c'est cru pis clair, t'es pas conne, hein? »

Je décal*sse. Le mot conne m'a fait tilter. Non, je suis pas conne. J'me suis levée, j'ai commencé à mettre mon manteau pis mes accessoires hivernaux. Il avait à peine remarqué que j'étais en train de partir anyway.

J'ai juste dis : « Je vais y aller, moi. » Il me regarde et murmure pour pas que l'autre au bout du fil entende : « Oui mais c'est pour la job. » 

Toute ma gentillesse venait de cr*sser le camp one shot. J'étais insultée. Scuse, tu fais quoi dans la vie? Tu travailles pour le f*cking Pentagone? T'es le département de la Défense? Non, je crois pas. Donc, ta job, tu peux te calmer le pompon avec.

J'ai rien dit, je suis juste partie sans me retourner. La job, je m'en fiche. Si tu me parles pas quand je suis en face de toi pour la première fois, j'imagine que quand on va se mettre tout nu dans un lit tu vas vouloir te mettre devant un miroir pour te regarder. Parce que la seule personne pour qui tu sembles avoir de l'intérêt, c'est toi.

Sérieux. Pourquoi tu me fais perdre mon temps? Après, je vais voir mon Bumble. Le dude m'a effacé. C'était le comble. Je vais t'expliquer quelque chose. T'avais pas besoin de m'effacer, je t'aurais jamais réécrit. Je suis pas désespérée. Pauvre type.

J'suis partie me chercher du poulet portugais take out. J'me suis demandé, est-ce que c'est moi le problème, est-ce que j'aurais du rester là pis attendre qu'il finisse ses affaires? Non, pourquoi j'aurais attendu? Donne-moi rendez-vous quand t'es disponible. Pas disponible partiellement, entre deux appels, parce que tsé la job c'est super important.

Oui, la job c'est important, mais c'est pas mon foutu problème si t'es occupé. Je vais pas fitter dans le trou comme un bouton que t'as de temps pour m'adresser la parole.

Quand je date du monde, j'leur donne pas l'impression d'être des petites merdes en leur accordant aucune attention. En rigolant avec tout le monde autour, sauf avec eux. En faisant ma business tout en essayant de rencontrer une fille qui a pas trop de colonne pis qui va accepter de me dater assise entre moi pis mon collègue. 

Tant qu'à ça, invite moi dans un meeting de job, même feeling. C'est la première fois de ma vie que je quittais une date comme ca. J'étais pas fâchée, juste insultée.  

C'est la première fois que je trouvais quelqu'un vraiment irrespectueux en date. Les gens sont souvent maladroits, quelquefois peu délicats, gnochons. Mais j'ai jamais rencontré quelqu'un qui était aussi ouvertement irrespectueux. Et s'en cr*sser royalement. À ses yeux, sa justification excusait le fait qu'il soit une date de dompe.  

En fait, c'est même pas une date. J'y ai zéro parlé. J'ai été boire un verre toute seule.

Et ce verre goûtait drôlement la rancoeur. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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