Ces temps-ci je fréquente l'homme qu'on peut appeler Monsieur B., le gars à qui j'ai commencé à parler dans le confinement et chez lequel j'ai été souper récemment.

Cet homme qui a un condo plus grand que la maison de chez mes parents et qui j'espérais que si ça marche, il s'attende pas à ce que je nous paye un voyage de Noël à Bora Bora. Mon budget me permet plutôt un beau chandail Boca. 

On avait notre première sortie dans le monde extérieur depuis le déconfinement. Ce qui s'annonçait assez excitant. J'aurais dit oui à n'importe quoi, même à se tenir la main dans un lieu public, frencher sur une terrasse pis y laisser toucher ma cuisse en dessous de la table. J'sais, je suis romantique.

Qui dit retour à la vie normale, dit Merlin qui commande des shots un mardi, je prends donc la sage décision de m'y rendre en transport en commun. En portant le masque bleu ben basic

Tsé quand tu pars pour une date pis que tu as une belle grosse confiance, tu te trouves cute, t'aimes ton outfit, t'es de bonne humeur, t'as tes tounes préf qui te pètent les tympans pis tu souris parce que tout est de ton côté pour une belle soirée.

Pis là, BOOM. Tu vois ton reflet avec ton masque, ta cuteness descend d'un cran. 

Pis, à la lumière, tu constates une tache sur ton chandail blanc. Non seulement ça pète ton mood, mais c'est comme si ton directeur du secondaire t'appelait pour te dire qu'il y avait eu une erreur dans tes notes, que tu devais refaire tout ton parcours scolaire, ta vie n'est qu'un immense échec.

Faque, je pénètre le métro avec une immense déception et une grande honte. Heureusement, peu de gens présents qui peuvent constater la souille sur mon top.

Une station passe. Je sens un petit tapotement sur mon épaule. Une telle douceur que je me demandais si c'était pas un oiseau qui avait décidé de déposer ses selles sur moi.

Je me tourne et voit un homme, fin vingtaine, portant un masque qui me fixe et me pointe l'emplacement d'une montre imaginaire sur son poignet.

Il marmonne quelque chose, mais avec le bruit du métro en marche et son masque, je comprends rien.

Je lui montre l'heure sur mon cellulaire. Et je pogne une sniff de son parfum qui me titille les ovaires. Je me remets dans ma position initiale. Et là, même petit coup sur l'épaule.

Il essaie clairement d'entamer une conversation. Mais je comprends RIEN. Pis lui non plus, nos masques sont comme des zones d'absorption du son, on se croirait dans un jeu télévisé où faut déchiffrer ce que l'autre dit pour remporter un sofa gratuit. 

Je souris (sous mon masque) en hochant la tête. Le métro s'arrête et je l'entends enfin, il me parle en espagnol. Sérieux, il aurait pu me parler le klingon que ça aurait été pareil. 

On a eu une bonne conversation sans trop se comprendre durant une dizaine de stations. Sans trop se comprendre, pis en ayant la face à moitié cachée.

Y peut en avoir des petites surprises une fois qu'on enlève ce protecteur à virus-là.

Les passagers autour nous regardaient en voulant dire, vous faites de beaux efforts, mais on vous juge. 

Un moment donné il a enlevé son masque, j'ai fait f*ck off la barrière du langage. Il était tellement cute, sentait bon, avait les dents dans le sens que j'les aime, pis le fait que je comprenne rien quand il me parle ça ajoute un peu de piquant. 

J'ai compris qu'il venait de l'Argentine et qu'il aimait les chevaux. Ça tombait bien parce que j'avais la forte envie de lui dire, ridons ensemble vers de contrées lointaines. 

Il m'a demandé si j'avais envie d'aller boire un café, ou quelque chose que j'ai interprété de même. Je lui ai tendu mon cellulaire et il a rentré ses coordonnées.

Depuis, je fais un petit 15 minutes de Duolingo par jour, question d'avoir un minimum de discussion. J'ai vraiment de grosses craintes par rapport à la rencontre. Pas uniquement à cause de notre langue, mais à cause du masque. J'entends rien quand les gens me parlent, je passe mon temps à les faire répéter. Ce qui fait des conversations fâchantes et sans aucune fluidité. 

Je suis arrivée chez ma date avec le sourire au masque, j'avais oublié la tache sur mon chandail. J'y ai pas parlé de Gustavo. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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