Au mois d'août, je vais pouvoir dire que je suis célibataire depuis deux ans. Avant ça, j'ai été célibataire trois ans. Et avant ça quatre autres années. Si on accumule toute la patente, j'ai passé pas mal plus de temps solo qu'en couple depuis que j'ai atteint l'âge de la majorité. 

Certains y verront quelque chose de révélateur et auront une opinion assez tranchée sur ma situation; j'ai des problèmes de comportements ou des gros bobos dans caboche. Ou les deux. C'est zéro nuancé, principalement de ma faute et négatif.

Sûrement que oui, j'ai des mauvaises habitudes et des mauvais plis que j'ai accumulés dans mes années de célibat. Des trucs que je dois même pas remarquer parce que ça fait tellement longtemps que je fais les choses à ma manière sans aucun feedback.

Et sûrement que oui, j'ai des choses non réglées dans ma tête. Pis j'me dis, à quel point je suis brisée? Y'a pas un baromètre pour ça? On a des thermomètres guns qu'on se plug dans le front, on doit ben avoir une solution pour savoir à quel pourcentage je suis toute pétée en dedans?

Ça fait pratiquement trois mois que j'ai des contacts très restreints et que je parle quotidiennement avec mon chat. Une grande solitude imposée. Je vis bien seule avec moi-même, quand c'est par choix. J'ai envie d'être solo à maison, no stress. Là, j'étais obligée. J'ai trouvé ça difficile, comme sûrement beaucoup de gens en confinement.

J'ai trouvé ça difficile de pas avoir d'autres choix que de penser. Penser à des affaires qui te tentent pas tout le temps, que t'aimes mieux chasser de ton esprit ou enterrer ben profondément. C'est facile faire du ménage dans sa tête quand on est tout le temps occupé pis qu'on a une vie qui roule à 100 à l'heure.

S'étourdir pour mieux aller, pour être heureux pis pas focus sur ce qui nous rend pas bien.

C'est le fun faire le party avec des amis, même si les lendemains de veille sont difficiles, t'as des beaux souvenirs et des anecdotes à partager.

Quand t'es solo, se la péter c'est la pire des idées. Le lendemain, non seulement t'as envie de te vomir les intestins, mais tu te sens mal dans ta peau d'avoir fait ce move-là.

Quand t'es toute seule chez toi, c'est une autre affaire. J'me suis vue aller pendant trois mois. Chanter en buvant mon café en matinée pis brailler dans mon bain sur l'heure du lunch en mangeant un grilled cheese en me disant que j'avais raté ma vie. 

J'ai été obligée de m'analyser.  C'était le Show Truman. Sauf que j'étais des deux côtés de l'écran. Pis que c'était rough à voir au quotidien. Tsé quand tu remarques que t'as des petits défauts par-ci, par-là, tu en prends compte avec les années pis tu te dis que tu vas travailler là-dessus.

J'aime pas trop faire ça.

Là, c'était une petite gifle qui me disait, non ma grande, toute la marde dans ta vie que t'as pas voulu régler et que t'as serré est pas vraiment partie.

Tu t'en es bien sorti jusqu'ici, mais peut-être que tu pourrais penser à guérir tes affaires. T'es pas capable de t'exprimer pis tu te caches pour pleurer.

Pas dur à voir que t'es brisée. 

Pis je parle pas juste de mes relations avec les gars. Oui, c'est un gros morceau de mes bobos. Mais c'est aussi avec tout le monde.

J'me suis mis à fumer du weed pour voir si ça me donnerait un break mental. Rien pour m'aider.

Je mangeais des chips évachée dans le sofa en me disant que demain, je ferais quelque chose de constructif. Demain, c'est une autre journée, ça va ben aller.

Comment se mentir.

Le COVID a chié mes plans de vie pour l'année. Pis ça aussi un peu chié ma tête. Tout dépendant des journées.

Des fois, le téléphone sonne pis ça me fait tellement peur, j'ai peur que même si je pèse pas sur accepter, une voix sorte du combiné. Pire, que la caméra s'allume pis que l'autre me voit, tout déc*lissé sur mon divan, la yeule pleine de Doritos.

Comment je vais? Ah super bien! La tête est en train de m'exploser à force de penser faque je revis mon adolescence en accéléré.

J'ai eu le temps de voir comment j'agissais, ça peut être effroyable par moment.

J'ai aucune patience. Aucune empathie. Je suis raide. Froide. Ça marche de même, merci bonsoir. On ne montre pas de signe de faiblesse. Cache-toi pour pleurer. Gardez vos insécurités bien cachées. Chacun pour soi.

J'me suis dis que si moi je me voyais comme ça, j'imagine pas les hommes. J'dois avoir l'air tellement cruelle. Genre de fille qui se lubrifie avec des larmes de monsieur avant de se masturber.

Comparaison extrême, mais on voit bien le genre. 

Pis après quoi? Je vais devenir une meilleure personne en claquant des doigts? Je ne pense pas.

J'ai essayé pis ça pas marché. J'me suis noté sur un petit calepin toutes les choses de moi que j'ai remarqué et qui méritent une attention particulière. J'ai mis dans la liste 'chevelure soyeuse et bon sens de l'humour', c'est beau vouloir s'améliorer, faut aussi soulever nos forces un moment donné.

Pour m'aider, j'ai pris rendez-vous avec un psy. Je sais pas ce que ça va donner. C'est vraiment me lancer dans le vide.

Est-ce que je vais me sentir à l'aise de m'ouvrir devant un inconnu?

Au pire, j'y dirais de lire mes articles. Connais-tu quelqu'un qui a quasi pogné les nerfs après son psy en visioconférence pcq on entendait rien dans son micro? Moi. JE T'ENTENDS PAS RÉNALD. J'me suis même demandé s'il essayait pas de me tester pendant que la veine dans mon front gonflait peu à peu.

Je fais pas ça pour me matcher. Pis je fais pas ça parce qu'on dit que je suis trop brisée pour me matcher. J'ai rien à prouver.

J'veux juste m'aimer tout le temps, en confinement ou pas. Tant mieux si la crise aura réussi à me faire réaliser des choses pis pas juste à m'avoir fait perdre ma job

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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