C’est une phrase qu’on a tous déjà entendue. Pas souvent. Parce que c’est un peu tabou on dirait. Pourtant, c’est souvent la vérité. Pis c’est correct: Y'en a toujours un qui aime plus que l'autre.

Une de mes chums de filles s’est fait laisser par un prétendant qu’elle voyait depuis quelques mois déjà. Un homme que je n’affectionnais pas particulièrement, je trouvais qu’il avait l’air peu affectueux et nonchalant avec elle.  Ce n’est pas de mes affaires, tu me diras. Elle n’avait pas encore fini de pleurer qu’il s’affichait déjà avec une autre fille. Dur à encaisser. Une bonne raison de le détester, par contre.

On était dans mon salon. Le chat essayait de faire de nous des Ficellos avec ces griffes acérées. La voisine d’en face qui faisait encore un party. Pis mon amie qui venait chercher du réconfort.

Elle avait l’air si triste avec son verre de vin vide (pas évident de suivre le rythme d’une amie en deuil de sa relation et pourtant j’ai le coude léger) dans les mains quand elle m’a regardé et m’a dit : « c’est moi qui l’aimais plus, je l’ai toujours su, c’est toujours la même affaire, j’aime plus, j’me fais sacrer là pis on me ramasse à petite cuillère. »

Je savais pas trop quoi lui répondre. Je voyais pas ça comme une bonne ou une mauvaise chose d’être celui qui aime trop.

Je pense que c’est ni un ni l’autre, c’est comme ça et c’est tout. L’amour c’est difficilement calculable.

Y’existe pas de baromètre à sentiments.

Une cr*ss de chance. Mon chat verrait qu’il a le dessus sur moi, je l’aime ben trop pour l’amour de marde qu’il me donne en échange. Il me dit je t’aime à grands coups de cicatrices sur les extrémités qui dépassent du lit. Comme le monstre qui t’a fait peur toute ta jeunesse.

Aimer plus. Ce n’est pas négatif. C'est correct. Je ne pense pas que tu puisses choisir pis contrôler ça.

En fait, on y pense jamais. On vit la relation. P’tit train va loin, tchou tchou tout est tiguidou comme on dit.

Pis là y’arrive un petit quelque chose qui fait que ça va moins bien. Ça peut être absolument n’importe quoi de très anodin.

Pis là tu réalises.

T’es celui qui aime le plus. Ou au contraire ; t’es celui qui aime moins fort. C’est comme un déclic qui se fait dans ton esprit. Même pas besoin d’en parler, tu le sais c’est tout. Comme une intuition, un feeling qui ne te trompe pas.

On se l'avoue rarement, mais une fois que c’est fait on dirait que ça plane en permanence dans ta tête. On analyse le comportement de l'autre en se disant moi j'aurais jamais pu faire ça.

Et tu vas même jusqu’à te dire, s’il m’aimait aussi fort que je l’aime il aurait jamais fait ça. Genre t’es en train de te pogner avec par textos, pis il arrête la chicane et silence radio. Pu de son pu d’image. Toi t’aurais jamais fait quelque chose comme ça.

Ça peut vite amener vers une surnanalyse de TOUTE. Pis là ça te rend complètement dingo.

C’est drôle qu’on se raconte nos vies, nos dates, nos parties de fesses, mais qu’on parle rarement de ça. À limite on les filme, tsé. Pis la pouf, la relation finie, on peut avouer la vérité, cette vérité cachée qu’on a le droit de déterrer juste quand c’est pu grave d’en parler. On dirait que ça se dis juste pas. Comme si ça existait pas ou que ça portait malheur.

C’est comme un p’tit monde caché. Qu'on garde très souvent pour soi. Comme si ça faisait de nous quelqu'un de faible d'aimer fort ou un trou de cul d'être celui qui aime moins fort.

Y'a rien de 100% équilibré dans vie.

Check moi. Je suis la fière représentante de l’équilibre boiteux. Quasi 32 ans et encore en vie. J’dis pas que les relations équilibrées existent pas, j’ai vu une licorne vampire à l’Halloween faque tout est possible.

Et même que des fois ça peut changer.

T'aimes ben fort pis l'autre fait de la marde, ça pète quelque chose en tout jamais en toi. Pis ça switch. Tu passes d'un rôle à l'autre. T'as envie d'en donner un ti peu moins qu'avant, alors que l'autre rame ben plus fort pour rattraper la marde qu'il a fait. Souvent relié à revoir ses ex. Y'en a toujours un qui veut plus fort que l'autre.

J’ai été dans les deux teams.

Quand j’ai aimé fort, j’ai voulu aimer moins fort. Ça me faisait peur, j’me sentais vulnérable. J’avais l’impression que je voulais trop, que c’était un combat éternel, que j’avais quelque chose à gagner à la fin. Qu’un moment donné mon chum m’aimerait autant que moi je l’aimais.

Quand j’ai aimé moins fort, j’aurais voulu aimer davantage. J’me sentais coupable, je me demandais si j’en donnais suffisamment. J’aurais voulu être capable de rendre tout cet amour que je recevais.

Mais ça se contrôle pas. Même en voulant ben ben fort.

En fait, j’dirais que le point c’est pas d’aimer medium saignant ou bien cuit. C’est surtout d’aimer mieux. Aimer sain. Aimer qui fait du bien. Faire des compromis et des efforts pas jusqu’à se perdre. Pas accepter des affaires qui te déplaisent au plus haut point.

Genre. Moi j'ai ben peur des grenouilles. J'peux en croiser sur ma route et survivre, ça me donne une p'tite frousse, mais c'est acceptable. Mais. Si tu me mets une grenouille dans le chandail en guise de rigolade. Je ne rirais pas. Je vais sortir mon karaté. Te cr*sser une volée et remettre la grenouille dans son environnement naturel, soit le buffet ou l'on dégustera ses cuisses en silence.

Je suis la reine des exemples.

Tout ça pour dire que y'a des affaires plus acceptables que d’autres, qui demandent des moins gros compromis. Je pense pas qu’être celui qui aime le plus fort fait en sorte que t’as toujours de la peine.

Aime comme tu veux, une relation qui se termine fait inévitablement mal. Y’a pas de recette magique.   

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

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