Avoir un enfant vient déjà avec son lot de préoccupations et la pandémie de COVID-19 qui sévit présentement apporte un stress supplémentaire aux femmes enceintes. Si le gouvernement québécois a assuré que les femmes pourront être accompagnées lors de leur accouchement, plusieurs inquiétudes persistent chez celles-ci.

Lundi 6 avril, le premier ministre François Legault a affirmé en conférence de presse que les femmes enceintes pourraient accoucher en présence de leur conjoint dans la plupart des hôpitaux du Québec.

L'Hôpital général juif avait déclaré plus tôt que ce ne serait pas possible dans son établissement, et demeure l'exception. L'annonce de Québec est venue rassurer celles qui craignaient que d'autres hôpitaux n'emboîtent le pas.

Des inquiétudes persistent toutefois chez les femmes qui doivent accoucher dans les prochains mois, alors que plusieurs changements ont été apportés aux suivis de grossesse. Les femmes enceintes ne peuvent plus être accompagnées lors de leurs rendez-vous médicaux.

Les cours pré-nataux dispensés par les CLSC ont aussi été annulés, ce qui déçoit Fabienne, qui doit accoucher au mois de mai de son premier enfant.

« On m'a dit que je pouvais regarder dans mon [livret de naissance] », dit-elle. « Je suis obligée de suivre les cours un peu par moi-même. Ça aurait été le fun d'être plus encadrée. »

Une crainte qui revient souvent est la peur de l'isolement.

Rosalie, qui attend également son premier enfant en mai, anticipe surtout les premiers mois de sa nouvelle vie de mère.

« Je ne pourrai pas décanter en appelant un ami et lui dire de venir me voir ou sortir avec mon bébé. [...] Je vais être pognée à la maison. »

C'est une préoccupation que Janie Boucher, coordonnatrice au sein du Groupe d'entraide maternelle (GEM), a observé chez les femmes qui fréquentent son organisme. Même si le GEM a réussi à maintenir plusieurs de ses activités via vidéoconférence, certains services en personne ne peuvent plus être effectuées.

Le manque de support lui fait même craindre une augmentation des dépressions post-partum, « qui n'auraient pas nécessairement eu lieu chez certaines mères » dans un contexte habituel.

Emmanuelle Quiviger, de l'organisme Alternative Naissance, appréhende aussi une hausse des chocs post-traumatiques post-nataux chez les femmes stressées par le contexte actuel.

« L’accouchement se déclenche naturellement par une hormone qui s’appelle l’oxytocine, qui ne peut pas être sécrétée par le corps en situation de stress », explique-t-elle.

Un accouchement déclenché artificiellement est donc plus difficile physiquement et mentalement, et nécessite plus souvent une césarienne.

L'insécurité financière et matérielle provoquée par la pandémie est aussi évoquée par les femmes enceintes.

Rosalie, qui prévoyait acheter des articles usagés pour son bébé, est prise au dépourvu. Ses soeurs devaient lui faire don de plusieurs objets, mais ne vivent pas dans la même région et ne peuvent donc pas se déplacer en raison des restrictions.

« Ça complique énormément l’acquisition de biens, c'est un peu une course contre la montre », dit-elle.

Chez les organismes, on reçoit beaucoup plus de demandes pour des biens matériels comme les couches et le lait.

« Il y a une certaine anxiété au niveau de subvenir aux besoins de base de sa famille, on voit que c’est là que ça joue psychologiquement », explique Mme Quiviger.

La crise révèle aussi au grand jour certaines inégalités, comme le fait que les personnes qui bénéficient d'un congé parental ne peuvent pas toucher à l'assurance-chômage par la suite et le sous-financement des organismes. 

Le milieu communautaire, particulièrement mobilisé en ce moment, espère donc au moins une issue positive à la crise : que la pandémie serve de catalyseur de changements auprès des instances gouvernementales.

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