Depuis maintenant plus d'une semaine, le gouvernement de François Legault recommande aux Québécois de respecter une mesure de confinement. Restreindre ses sorties au minimum et appliquer la distanciation sociale. Et l'isolement pendant cette pandémie de COVID-19 pourrait entraîner des répercussions sur la santé mentale.

Tu t'en es peut-être déjà rendu compte, les effets indésirables de ce genre d'isolement extrême peuvent se ressentir en quelques jours seulement. Stress, ennui, sentiment d'impuissance, mais aussi irritabilité et dépression ont peut-être déjà cogné à ta porte dans les derniers jours.

Afin de t'aider avec tout ça, on s'est entretenu avec une pro de la santé mentale. Christine Grou est clinicienne, neuropsychologue et présidente de l'Ordre des psychologues du Québec. Elle a travaillé 25 ans dans un hôpital psychiatrique et a développé son expertise autour de la psychologie et de la santé mentale.

Ses propos vont te permettre de mieux comprendre la situation actuelle du point de vue de la santé mentale. La psychologue nous a aussi donné ses trucs pour t'aider à passer à travers cette période d'isolement.

Parce qu'un peu de support n'est jamais de trop!

Quels sont les effets de l'isolement et de la distanciation sociale sur notre santé mentale? 

« En ce moment, les gens vivent une baisse d'activités, de stimulation et d'engagement social. La mesure, encore récente, les met dans un état de surprise et de stress aigu, et ils n'ont pas accès aux stratégies d'adaptation habituelles, comme le cinéma ou le gymnase. Certaines personnes développent alors un sentiment d'anxiété ou d'anticipation. On a peur parce qu'on est préoccupé et qu'on n'a pas de réponse.

« Des gens vont ensuite éprouver de l'ennui, des sentiments dépressifs, d'impuissance. Surtout quand ils sont incapables de générer des intérêts ou des choses à faire. Il va y avoir de l'irritabilité, plus de frustrations.

« Il y a aussi une différence entre trois personnes confinées dans une grande maison avec jardin et cinq membres d'une famille qui se partagent un petit 4 1/2 sans balcon, qui sont obligés de vivre les uns sur les autres. »

Comment faire face à une telle situation et comment se protéger des méfaits?

« Essayer d'abord d'éviter la surexposition, car ça finit par être assez déprimant. Il faut donc prendre une pause des nouvelles.

« L'idéal est ensuite de se faire une routine. C'est infiniment mieux pour la santé mentale que de rester assis toute la journée et de la terminer avec le sentiment de n'avoir rien fait.

« Prendre trois marches par jour, le matin, le midi et le soir, et alterner entre les activités physiques, intellectuelles et de détente.

« Une bonne série télévisée, de la lecture, des jeux de table, des bulletins de nouvelles et des conversations téléphoniques avec nos proches, par exemple, peuvent aussi aider. 

« Pensez aux gens très actifs, qui ont beaucoup d'intérêts. C'est peut-être le temps d'essayer de nouvelles recettes en regardant des émissions de cuisine sur le Web, de commencer à apprendre une langue seconde, de développer une nouvelle passion, ou d'apprendre à danser le tango avec des vidéos en ligne.

« L'autre chose importante, même si on est plusieurs dans la maison et selon la configuration, c'est d'avoir des moments dans la journée où on se retrouve seul. »

Comment peut-on garder un mode de vie sain pendant cette période?

« En continuant de faire de l'activité physique, de bien dormir, de bien manger, de ne pas trop surconsommer d'aliments mauvais pour la santé ou de substances, comme l'alcool par exemple. Durant deux semaines, ce n'est pas un problème, mais si ça dure six mois, ça peut avoir des méfaits. »

Et comment peut-on gérer l'anxiété causée par la situation?

« Et il y a tout un tas de stratégies psychologiques pour gérer la tension, que ce soit la respiration, la relaxation, la musique. Peu importe. Il faut trouver des exutoires. Pour ça, il faut être sensible à comment on se sent, à quoi on pense quand on se sent comme ça et à qu'est-ce qu'on peut faire pour changer l'état dans lequel on est. »

Si on cherche des ressources en santé mentale, avez-vous des recommandations?

« Il y a beaucoup de sites de gestion de stress, des blogues. Il faut juste trouver des sources crédibles. Il y a des lignes téléphoniques qui sont disponibles, actuellement surchargées peut-être. Je pense à Tel-Jeunes, et il y en a d'autres. Mais il y a des bonnes capsules vidéos d'experts sur le Web.

« C'est difficile en période de stress, mais il faut se demander qu'est-ce que je peux faire, moi, pour évacuer et gérer ce stress au quotidien. Parce que le fait de prendre action sur la tension qu'on vit, c'est aussi une reprise de pouvoir de la personne sur ce qui lui arrive et sur ce qu'elle subit. Et c'est toujours, toujours apaisant pour une personne de réaliser qu'elle est capable d'avoir du contrôle sur les sentiments négatifs qu'elle éprouve. »

En terminant, souhaitez-vous ajouter autre chose?

« Peut-être un message d'espoir. L'être humain est capable de s'adapter à beaucoup de choses. Il faut mettre à profit notre capacité de résilience. C'est être capable de mobiliser nos ressources pour s'adapter à des situations difficiles qui nous sortent vraiment de notre zone de confort.

« Quand on va avoir traversé la situation actuelle, ça va augmenter notre confiance en nous parce qu'on va avoir été éprouvé. Quelque chose de positif résultera de ça. On va ressentir alors une plus grande capacité de faire face à ce genre d'épreuves. »


On rappelle à toute personne souffrant du mal de vivre ou connaissant une personne en détresse que plusieurs ressources existent, comme Revivre (1 866 REVIVRE (738-4873)).

Les commentaires sont maintenant fermés.
Paramètres de compte
Notifications
Favoris
Me déconnecter

Enregistre cet appareil afin de recevoir des notifications