Les temps sont difficiles. Phrase qui a certainement dû être dite des milliers de fois auparavant que ce soit après un été trop sec qui a ravagé les récoltes ou une épidémie de chlam dans un collège privé. 

Je sais très bien que la situation ne se prête pas à rire. Je me suis forcée à sortir marcher tout à l'heure, question de me dégourdir les jambes et prendre un grand bol d'air frais. Ce qui est frappant, c'est d'abord le silence. L'absence de toute vie, de tout bruit. On ne croise personne. On n’aperçoit même pas une silhouette par la fenêtre d'un logis. Comme si tout le monde jouait à la cachette. La cachette pour sauver sa peau, échapper au virus et protéger ceux qu'on aime. 

Et puis j'ai vu tous ces petits c collés dans les fenêtres. J'ai pas pu me retenir, je suis partie à pleurer. C'était une pelletée de gros beau. Une bonne tape dans le dos qui dit on ne lâche pas, on va l'avoir, tu es beau, tu es bon, tu es fin, pis on pense à toi même si on te connaît pas. 

En rentrant à la maison, j'avais un message Bumble. Un homme mignon avec qui j'ai de belles conversations. Jusqu'à quand? J'veux dire, on va s'entretenir combien de temps avant de se dire qu'on se verra probablement jamais, parce que c'est l'apocalypse dehors? Pis je suis pas assez tarte pour briser mon confinement pour aller le rencontrer.

Faque, on fait quoi? Il y aura un avant-dating-COVID-19 et un après-dating-COVID-19 pour moi. Avant, si une potentielle date voulait m'appeler, je refusais. Je déteste parler au téléphone. Même mes amis m'appellent pas. Beaucoup trop humain comme contact, non merci. Gardons ça froid et distant, les textos me conviennent, merci. 

Et il y a maintenant. Ce quotidien solo où on côtoie personne, aucun contact physique, confiné. J'me suis dis ok, sors de ta zone de confort, arrête d'avoir peur pis de faire ta trouillarde. Je sais pas pourquoi ça me rend tellement inconfortable. C'est comme si ça devenait réel.

En texto ça travaille l'imagination, tu t'imagines le son de sa voix, sa manière de bouger, de s'exprimer, tout est encore dans le domaine du possible. La rencontre, c'est souvent le point de non-retour. Tout ce que tu t'étais imaginé part en c*uilles et t'es déçue. 

La plupart des applications de rencontre ont débloqué les fonctions payantes, elles permettent aux gens de se téléphoner ou de faire de la webcam. Pour les gens comme moi, qui sont solo et qui veulent garder un semblant de vie normale et qui veulent se changer les idées, être en contact avec d'autres, c'est une belle attention. Comme Pornhub qui donne les accès Premium gratuit, très gentil, mais ça ne comble pas les mêmes besoins. Quoi que... vous allez voir. 

À défaut de frencher, c'est tout ce qui me reste. Après quatre jours à s'écrire non-stop, j'ai tenté ma chance. Il avait essayé de m'appeler, mais on dirait que j'étais pas vraiment prête. J'étais hyper gênée de parler au téléphone.

Et là boom shakalaka. Je l'appelais. En espérant au fond de moi-même qu'il réponde pas. Je me sentais comme quand j'avais seize ans, qu'on allait sur MIRC pour chatter avec des inconnus pis qu'on avait des petits frissons en se sentant wild de faire ça. 

Ma voix intérieure me disait, mais quelle audace! Et mon cerveau me disait, t'es pogné chez vous pis t'as composé un numéro sur ton cell, slaque un peu la grande, t'as pas sauvé des vies.

Pis il a répondu. J'tai comme ah f*ck, j'aurais du prendre un verre avant, ou un shot, ou quelque chose. Tsé le genre d'appel qui t'oblige à être en constant déplacement, sinon on dirait que ton interlocuteur entend ta nervosité. Tu essaies de cacher tout ça avec le bruit de tes pas.

No joke, ç'a pris cinq bonnes grosses minutes avant que je sois à l'aise et relax. Je me stressais pu avec le son de ma voix ou toute le reste, qu'est-ce que tu veux qu'il arrive. On s'est jamais vu, au pire on se verra pas et ça finit là. 

48 minutes plus tard on raccrochait. Ça c'était très bien passé. On avait jasé de tout et de rien, tout en intégrant quelques brins de rigolade. Parce que tsé, vu le contexte actuel, c'est cool de pouvoir se changer les idées faque j'ai pas voulu être la lourdeau qui parlait de ma demande de chômage qui me stressait au plus haut point et de la possibilité que je fasse faillite avant la fin de la crise. 

On en parlera une autre fois. 

Next step, on est passé à la webcam. Si tu penses que téléphoner c'est stressant, Skype, Facetime, Zoom et compagnie aussi. Tout est question d'angle. Entre le moment où j'ouvre mon Facetime sur l'ordi, que mon reflet apparaît et le temps que j'appelle, il se passe 20 bonnes minutes. Ok, mon angle est bon, mais mon chandail est sale, j'ai de quoi de pogné dans les dents, j'vais aller les brosser, le chat est où là?

C'est tout un processus mettons. Dring dring, assise sur le tabouret de mon îlot. C'est propre autour de moi rien de compromettant en vue, j'ai même pris une douche, c'pas compliqué. C'est spécial pareil de voir l'autre personne dans son élément, dans son logis en train de faire ses affaires ou d'interagir avec son chat. C'est un peu comme regarder une téléréalité. 

J'avoue que j'ai pas haïs ça. On a beaucoup jasé, tout en faisant nos affaires, c'est comme avoir une présence, tout en étant efficace. C'était pas si pire que ça au fond, j'avais un peu peur pour rien. Et on avait quand même un bon fit, ce qui m'arrive pas souvent. Pis je dis pas ça parce que je suis prisonnière de mon logis sans aucune autre possibilité que de rencontrer par ces méthodes. 

Faque parle parle jase jase, on est pas fait en bois non plus. Est-ce que j'allais me laisser guider par mes bas instincts pour franchir la prochaine étape? À suivre! 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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