Originaire de la ville de Repentigny au Québec, René Cournoyer s’est qualifié pour les Jeux olympiques de Tokyo qui devaient avoir lieu à l’été 2020. C’est sa performance lors du Championnat du monde de gymnastique artistique, en octobre 2019, qui lui a mérité l’opportunité de représenter le Canada lors de ce championnat prestigieux, et ce pour une toute première fois. 

Cela dit, la population mondiale fait actuellement face à une grave crise sanitaire due au coronavirus et toutes les sphères du quotidien sont affectées, incluant le sport. 

Alors qu’Équipe Canada s’était déjà formellement retiré des JO de Tokyo 2020, le premier ministre japonais, Shinzo Abe, a proposé au président du CIO, Thomas Bach, de reporter « d’environ un an » les Jeux olympiques.

Cette décision a été prise afin de préserver la santé des athlètes et de tous ceux qui sont impliqués dans un événement d’une telle envergure, mais cela signifie aussi un grand chamboulement dans le parcours des athlètes. 

Le jeune homme dans le début de la vingtaine s’est donc confié sur les répercussions d’une telle décision dans une entrevue avec Narcity. 

Que penses-tu de la décision de reporter des Jeux olympiques et qu’est-ce que ce report représente pour toi en sachant que ça allait être ta première participation?

« C’est une décision à laquelle on s’attendait avec toutes les conditions actuelles; il était à peu près impossible que les Jeux aient lieu à la date prévue. Dans les faits, même s’ils avaient eu lieu, ça n’aurait pas été la même grandeur de Jeux olympiques à laquelle on se serait attendu.

« Les gens auraient eu des appréhensions face aux gros regroupements, il y aurait eu des froideurs entre les pays parce qu’on ne veut pas [avoir de contact] avec les inconnus à cause de tout ce qui ce passe, alors de prendre cette décision-là, d’aller à l’année prochaine, je crois que ça va vraiment faire une différence. 

« On va pouvoir voir les Jeux dans la même grandeur qu’ils étaient supposés être, avec le même effet grandiose, avec des athlètes qui sont vraiment prêts et non juste en récupération. Ça va vraiment être plus dans l’idée des vrais Jeux… 

« En tant qu’athlète, c’est sûr que c’est un an de plus à patienter avant de remplir son rêve, d’atteindre cet objectif-là, sauf que c’est également un an de plus de préparation. C’est quand même rassurant pour beaucoup d’athlètes, dont moi-même. »

Est-ce que ce report implique que les athlètes qualifiés le seront automatiquement pour les Olympiques de 2021?

« C’est malheureusement pas officiel à ce temps-ci, par contre c’est ce qui a été proposé. Les athlètes qui ont déjà mérité leur place conserveraient leur titre pour Tokyo, peu importe ce qui arriverait l’année prochaine. Sauf que ça, ça va être à valider avec chacune des fédérations sportives, ça pourrait varier d’un sport à l’autre et, pour l’instant, on n’a pas de nouvelle officielle à ce sujet-là. »

À quoi ressemble ton horaire d’entraînement à l’heure actuelle, comment te tiens-tu en forme?

« J’ai pris des barres, des petits arçons, des petits trucs que je peux mettre dans mon sous-sol, les anneaux que j’ai accrochés au plafond. C’est assez minimal pour l’entraînement de gymnastique si on veut, mais ça me permet quand même de rester en forme suffisamment. 

« Donc j’ai essayé de garder un horaire assez stable, tous les matins je me lève, je commence par m’étirer, faire des équilibres, des entraînements plus spécifiques à moi-même, selon ce que j’ai besoin. 

« Puis vers 10-11 h 00, je fais une facetime avec mon entraîneur, entre autres, mais aussi avec le reste des athlètes du sport-étude pour qu’on se regroupe à faire l’entraînement tout le monde en même temps pour continuer à maintenir le rythme sans se sentir isolé chacun de son côté… »

Donc si on compare le nombre d’heures où tu t’entraînes habituellement et ce que tu fais en ce moment, quelle est la différence?

« Il y a quand même une bonne différence. Normalement, dans un gymnase de gymnastique, je m’entraine environ cinq heures par jour, cinq à six jours par semaine, dépendamment de la préparation au niveau des compétitions.

« Cet entraînement-là est beaucoup distribué sur les appareils. Il y a de la préparation physique spécifique à la gymnastique, mais c’est beaucoup, beaucoup sur les appareils que l’entraînement se déroule. 

« Vu que tout ce temps-là, on y a plus accès, ça ressemble plus à un entrainement de deux heures, deux heures et demie, avec une préparation physique plus générale. Un peu de poids, des éducatifs généraux et classiques, donc beaucoup moins de temps à l’entraînement quand même. »

En sachant que ce n’est pas tous les pays qui sont en confinement, es-tu stressé par rapport à l’avantage que cela pourrait avoir pour tes adversaires? 

« C’est sur que ça risque de créer un débalancement, mais le fait que les Jeux soient reportés d’un an, ça va quand même atténuer ce débalancement-là. Si les Jeux avaient eu lieu cet été comme c’était supposé, alors là, cet écart d’entraînement aurait eu un gros impact, puis il y aurait eu des gros déséquilibres dans les résultats. 

« Tandis que là, de le faire sur un an, tous les pays vont avoir le temps de revenir à leur niveau de performance normal, puis ça risque de balancer les choses. 

« Mais c’est certain que les pays qui prennent la décision de continuer de s’entraîner risquent d’avoir un avantage pour l’année prochaine. »

Comment ça t’affecte mentalement de devoir recommencer ta préparation physique alors que tu étais à quelques mois du but?

« Il y a quand même deux volets à cette réponse-là, parce que dans un premier temps, alors que la décision n’était pas prise, il y avait en gros poids psychologique au fait de ne pas savoir. 

« Est-ce que je dois rester prêt et top shape pour compétitionner cet été, ou finalement, ça va être cancellé, j’irai pas du tout? Est-ce que ça va être reporté à l’année prochaine? 

« Cette incertitude rendait la chose très difficile, d’être dans la zone grise, de ne pas savoir comment s’enligner, ne pas savoir c’est quand les deadlines, les objectifs, tout ça était bien stressant. 

« Mais là, de savoir que tout est reporté, que les choses s’arrangent pour être le mieux possible pour les athlètes, il y a un certain soulagement relié à ça.

« Par contre, le fait de devoir recommencer la préparation presque à zéro parce qu’on va être plusieurs semaines en isolement, c’est un gros bagage physique. Plusieurs athlètes avaient planifié probablement prendre leur retraite suite à 2020, mais là ils doivent étirer leur parcours jusqu’en 2021…

« C’est sûr que de devoir recommencer au complet ça nous donne l’occasion de s’améliorer… Par contre, c’est très lourd psychologiquement de se dire "Hey, c’est encore dans plus de douze mois." On va le prendre au jour le jour puis avec le temps, on va arriver à destination comme prévu. »

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