La semaine passée je me demandais où trouver l’amour. J’ai trouvé cette délicieuse étude qui date de 2017, pas frais frais, mais certainement plus valide que si j’avais posé la question à ma mère, sur les endroits successfull dans le flirtage. Top 3…Les bars, la buanderie et le gym. Les bars, ça passe encore, avant le fatidique verre de trop. Passé minuit, quand j’me rends compte que mon paquet de clopes s’est ouvert dans ma bourse et que y’a du tabac à grandeur, j’attire moyennement l’envie d’engagement. J’attire le gars qui s’ennuie des Expos qui veut chiquer du tabac de manière nostalgique.

La buanderie. J’ai pas de laveuse sécheuse, je vais pas me matcher avec quelqu’un qui a le même problème que moi. Notre excitation quotidienne se résumerait à trouver un 25 cennes à terre et se dire que c’est 1 minute de spin gratos qu’on vient de s’offrir là. J’recherche quelqu’un avec une frontale. Voilà. 

Le gym. Rien à ajouter, j’pense pas que j’ai besoin de décrire que je n’approcherais jamais personne dans un gym. Je n’approche même pas d’un gym. Quand on me dit que j’ai engraissé, j’dis que j’ai été en voyage 1 mois, bu ben d’la bière. Pas besoin de dire que ça fait 3 mois que j’suis revenue pis que les 300 San Miguel que j’ai bu ont pu tant rapport. C’est pas parce que j’me lève la nuit pour manger des Goldfish en cachette que j’ai un problème.

Tout ça pour dire que j’emmerde cette étude, les endroits qu’elle me propose me dépriment. Mettons que tu rencontres. Où tu veux, c’pas ça l’important. Tu proposes quelle version de toi-même en tête-à-tête.  

Commençons par le début. Je vais construire une mise en scène pour se mettre dans le contexte. Appelez-moi Denise Filiatrault, Didi pour les plus proches amis. Et Filthy Didi pour les amants. Vendredi soir, tu sors de ton shift à crémerie. On se rejoint chez Valérie. On se passe le fer plat. Part de Repentigny les quatre filles. S’en va au Diable Vert. Pis là entre deux shots de Jack Honey, tu rencontres l’élu de ton cœur. Ça c’est la version 2006 de L’Assomption.

2019. Montréal. Se rejoins chez Valérie dans son appart du Plateau où on rentre de peine et de misère sur le balcon pour boire des bières de micro-brasseries au nom aussi douteux que le goût. S’en va à P’tite Gre. Pis là, entre deux Jameson pas payé assez cher c’qui explique l’odeur de vomi qui plane à l'extérieur d’la place, tu rencontres l’élu de ton cœur.      T’arrives à ta première date. J’dis dans une première date. Mais ça peut être valable pour les 15 premières rencontres. Ou les 15 premières années. Ou l’temps que tu veux.

Tu t’assois face à l’autre. Tu sors quelle version de toi-même? J’pense que c’est une réflexion réservée uniquement aux tout croches de ce monde. Quand tu mènes une vie propre et rangée, tu te poses pas de questions. Tout s’enligne tout seul comme un beau puzzle que t’as pas perdu de morceau. Tu prends toujours les bonnes décisions. Tu te réveilles chaque matin avec simplement une mauvaise haleine, pas avec un goût de regret pis d’amertume dans la bouche. À chercher tes clés, ton porte-monnaie, ta dignité, pourquoi y’a d’la gaspacho dans les rideaux, et j’en passe.  

Moi ma vie c’est plus un 4 000 morceaux en 3D que t’es pas certain si c’est vraiment 3D ou si y’a juste pogné l’humidité faque y’est tout gondolé. J’cherche mes pièces sur un solide temps.   Y’a des matins ou je t’envie. Ça tellement l’air facile mener LA bonne vie. La vie où t’es frais comme une rose, t’es jamais à un verre de basculer du côté sombre. Ton timer interne est fonctionnel, tu sais à quelle heure tu arrives au bbq chez Éric pis tu sais à quelle heure tu pars. On suspectera jamais que t’es allé finir la veillée à Tijuana parce t’as perdu la carte après avoir avalé le ver dans la bouteille de tequila. Pour toi, la question se pose même pas, t’arrives dans une date en ayant rien à censurer, camoufler ou cacher. Les matins où le réveil côtoie la culpabilité je t’envie. J’me dis que j’voudrais être comme toi. Pis ça finit par passer.

Peut-être te poses-tu la question d’une vie; suis-je une tout croche. Plusieurs critères peuvent t’aider; t’as aucune notion du temps et t’es constamment en retard, t’as jamais une cenne parce que tu dépenses toute, t’as des anecdotes de tout genre (lire incluant tous les types de fluides corporels), t’as pas de limite, tu te fous de bien paraître, tu fais c’qui te tente, etc. Demande-toi si tu avais à raconter c’que t’as fait de toutes tes soirées la semaine passée, utiliserais-tu quelques omissions?

Si oui, bienvenue dans l’équipe. Si non, arrête ta lecture ici tu n’es pas concernée.

Au sein de l’équipe, la réflexion s’impose. En tant que tout croche, je prône la grosse honnêteté. J’fais pas semblant d’être qui j’suis pas. J’améliore pas la version que j’suis. J’cache rien. J’montre juste ce qu’il faut pour que l’autre voit dans quoi il s’embarque.    

Ça sert à rien d’rendre la vérité plus belle pis plus douce que c’que c’est. Un moment donné l’autre va se rendre compte que t’es pas réellement la Sainte Vierge. C’est pour ça qu’en date, que ce soit la première ou la quarantième, j’suis pareil comme si j’étais avec mes amies. Bien sale par en d’dans. Rigolote. Vulgaire. Sans censure. J’ai dépassé l’âge d’me dire que si j’rencontre quelqu’un de tranquille je vais être capable de m’adapter. C’est comme mettre des souliers trop p’tits parce qu’ils sont beaux, c’pas trop long que tu te fais chier et que tu souffres en silence.

J’aime mieux flasher tu suite toute la laideur que j’contiens. Être bien transparente et après on voit si on peut faire un beau bout d’chemin ensemble garçon.

J’dis pas que j’ai toujours été comme ça. J’ai déjà essayé de refouler ma folie pour fitter dans le portrait d’la vie rangée; toujours ordonnée, sérieuse, calme. Un rôle qui me convenait pas une seconde, j’sentais toute ma vitalité me quitter doucement.  

Tsé des fois c’est lourd à porter le chapeau de la tout crochitude. T’as des up and down et tu penses que cacher le fait que c’est la grande noirceur dans ton intérieur va t’aider à te matcher. Hélas non. J’pense c’est mieux d’y aller all in, de mettre vilain sur table pis de miser sur l’honnêteté. Le jackpot ainsi tu vas pogner. Oui, je termine avec une référence de poker.

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Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.