Un ami m'écrit après des mois de silence. Pour prendre des nouvelles, comme on fait tous trop souvent quand on sent qu'on a négligé des gens qu'on aime par manque de temps. Assez rapidement il pose son diagnostic sur sa propre situation : Coeur brisé. Ça m'a fait un choc. J'aurais aimé ça lui faire un gros câlin en lui disant que sa peine allait partir, mais j'étais au bureau, situation dans laquelle je ne pouvais pas m'extirper aussi facilement.   

Faque on s'est textés un peu, question qu'il me raconte sa situation. Et un moment donné il me dit; mon intensité l'a fait fuir. Elle avait de la difficulté à traduire et exprimer ses émotions, quand je la questionnais ou lui parlais de mes sentiments, ça avait l'air de la terroriser. J'y ai répondu que j'le comprenais tellement. J'suis pareil. Je ne peux pas faire semblant, ça me gruge en dedans. 

Les fameux ... sont apparus, il m'écrivait un message. C'était long. Le ... apparaissait, disparaissait. Il réfléchissait à ce qu'il allait dire, appuyais sur les lettres effaçait, pensais, recommençais. La grosse peur de peser sur send. L'genre de message que t'as envie et besoin de faire sortir de ta tête mais que t'es pas certain si tu peux le dire ou si t'es mieux d'le garder pour toi. 

Et là, il a pris son courage et m'a envoyé on est faibles hein. Je l'imaginais, écrire ces mots avec le visage triste, les traits un peu étirés à cause du manque de sommeil pis les paupières gonflées rougies par les larmes. L'avoir eu en face de moi, j'pense j'lui aurait fait un coup de karaté dans la jugulaire pour qu'il se ressaisise. 

PARDON! FAIBLES?? On est tout sauf faible. On est pas faible, on est intense. J'ai même jamais pensé qu'on était faibles. On peut-tu être comme on est sans essayer de se trouver des défauts? Y'a pas de moule. De bonne manière d'être. De bonne façon d'agir. On est comme on est, parfois ça marche, parfois ça marche pas. Y'a pas de méthode magique pour que l'amour frappe à ta porte et qu'il dure toujours. Faut pas s'en vouloir ou se trouver plein de bobos pour ça. 

Ça m'a rappelé une amie qui enchaînait les histoires longue distance, j'lui ai dit qu'elle aimait ça les situations compliquées, qu'elle mettait ben trop d'efforts là-dedans pis qu'elle croyait à chaque fois que c'était la bonne. Elle m'a dit oui pis? Je suis comme ça, j'ai l'espoir que ça va marcher, pourquoi je changerais, c'pas criminel d'essayer! 

Via nate_dumlao

Pis f*ck. Elle avait totalement raison. Pourquoi on devrait changer? Pourquoi nous on devrait changer? Changer pour quoi? Pour arrêter d'y croire? Pour devenir calme, posé, réfléchi? Pour sécher lentement par en d'dans? Pour perdre tout le p'tit pétillant qui nous habite pis le rendre flat? Comme un vieux Pepsi oublié mal vissé su'l comptoir. Pour finalement devenir quelqu'un qu'on est pas. 

Criss on est pas des kamikazes de l'amour, on est juste intenses. On est loin de briser des coeurs. Plus souvent qu'autrement, on est les seuls à avoir de la peine, faque on slaque un peu sur la culpabilité. Être intense veut pas dire pas bon. Le problème c'est pas ce que tu as dans la tête ou comment tu te sens ou comment tu l'extériorises avec l'autre. Le problème c'est qu'on fait peur aux gens. Ça fait chier dater quelqu'un d'intense. Parce que t'es confronté à sa sincérité, à sa capacité de parler ouvertement de ses sentiments et de ses émotions. Ça brasse le monde. On est une espèce moyennement tendance. 

Qu'est-ce qui est tendance? Dater tant que c'est pas trop contraignant. Avec une possibilité de fuite en tout temps. Pas s'attacher. Rien de compliqué. Pro-esquiveur. On prend les chemins les moins compliqués sans jamais s'engager sur la pente glissante des sentiments. Ils sont présents, mais à moitié, y'ont déjà un pied dans porte. C'que j'te dis, c'est que les gens ont des sentiments comme nous, mais qu'ils utilisent la technique du recyclage. On pèse su'l tas pour faire d'la place pour remettre d'la nouvelle marde. Technique simple et paresseuse, mais très répandue. Et le moins souvent on ouvre le sac mieux il se porte. 

L'amour a changé collectivement. On entretient une désillusion générale par rapport aux relations. On croit pu aux grandes et belles histoires. Aux contes de fées. On croit pu en rien. On a perdu toute la simplicité derrière un beau je t'aime bien senti en état d'ivresse un soir de Saint-Jean Baptiste. Aujourd'hui, on a même pas fini notre verre que l'autre est déjà parti. On nous dit de prendre notre temps. De pas s'attacher. De pas se voir trop souvent. Pas se texter tous les jours. De voir d'autre monde. On apprend à se connaître au travers d'écrans de cellulaire, on envoie des photos de notre cul à l'univers, mais on est pas capable de se regarder dans les yeux pis de dire à l'autre comment il nous fait sentir. 

Ah pis pour les photos de cul, been there done that. Pire même. Faque je juge pas le move. Je juge le fait que c'est plus facile se déshabiller le corps que l'esprit.  J'lai dis souvent, j'aime pas beaucoup, j'aime pas souvent. Mais quand j'aime, j'aime fort pis j'aime longtemps. Est-ce que ça fait de nous des gens faibles? Hell no. Selon moi c'est tout le contraire. C'est beau d'être comme on est. Ça prend des gens comme nous. Sinon où est l'espoir? On va dater du monde en faisant semblant qu'on ressent rien pour l'éternité. 

Via venuseudora

On connaît le corps humain de A à Z. On peut t'opérer à coeur ouvert, te scier le plexus solaire à grandeur, te faire un triple pontage pis te recoudre toute la patente.  Mais y'a-tu vraiment quelqu'un qui peut venir nous dire qu'on est débalancé de l'amour? On devrait plutôt être fière/fier d'être comme on est, assumer nos sentiments pis notre capacité d'en parler. Je pense pas qu'aimer soit difficile. J'pense c'est ben plus difficile admettre le feeling doux pis l'fun que quelqu'un nous fait vivre que de vouloir l'enterrer derrière un Junior au poulet. 

L'amour fou, le passionnel fusionnel qui te gruge l'intérieur comme des brûlures d'estomac, le coup de foudre instantané qui te hante la nuit, la grande amitié qui se transforme au fil du temps, le kick sur ta collègue qui détruit ta concentration quotidienne, le partner de travaux d'équipe à l'uni qui te donne un feu d'artifice dans culotte, ton premier amour du secondaire, la date Tinder qui traverse les saisons, la relation on/off vers qui tu retournes tout l'temps aka ton ex, l'amour tranquille qui fait pas trop de vagues, le rebound de fin de relation, j'pas devin, je sais pas si ça va marcher. Mais je sais qu'on peut pas te blâmer d'essayer. Pis de vouloir. Pis d'aimer. Même si c'est mal vu. Même si ça fait peur. Même si on te voit comme quelqu'un de faible.

J'ai pas la science infuse. J'suis juste une fille de 30 ans, quasi 31, qui enchaîne les échecs amoureux et les dates catastrophiques. Sauf que j'peux te dire que j'ai jamais changé pour quelqu'un. Ok, ça c'est pas vrai. Rectification, j'ai jamais caché mon intensité ou mes sentiments à quelqu'un. J'garoche pas les JE T'AIME ÉPOUSE-MOI à tout vent. Mais j'suis capable de dire à quelqu'un qu'il me plaît pis que j'aimerais ça faire un boutte avec. J'peux mettre des mots sur comment j'me sens avec quelqu'un. Des mots crissement clairs. Parce que mon cerveau est de même. J'ai besoin de clarté, de réponses, de ou quand comment vers quoi on s'en va. J'te dis pas que le taux de réussite est extrêmement élevé. J'te dis que crissculfuck, ça sert à rien de vouloir respecter les normes du dating pis enterrer la personne que t'es. 

Via doncarlo

Ça se peut qu'on verse plus de larmes que la moyenne. Peut-être pas.  Ça se peut qu'on ait le coeur décalissé en permanence. Peut-être pas. Ça se peut que tes amies  te donnent des conseils pour entrer dans la game. Ça se peut que tu te remettes en question en voyant les autres agir de façon aussi détachée. Ça se peut que tu veuilles changer. Devenir frette. Comme les autres. Pas t'investir. Garder ça en surface. Moins de risque de se faire mal. Moins de risque d'avoir du fun aussi. Perds-toi pas là-dedans. 

Change pas ma délicate tulipe (et mon doux coquelicot pour mon ami au coeur brisé). T'as le droit d'être comme tu es. T'es pas à la mode, tu déranges parce que tu brasses les autres en d'dans pis c'est ben correct. Le pire scénario c'est que l'autre s'en aille. Pis après? T'étais déjà solo, ça s'additionne pas, t'es pas solo exposant 2. Pis non, t'es pas faible. T'es fort en criss d'être comme t'es parce que c'est pesant d'être un intense. C'est lourd lire ses sentiments pis pas être capable de faire semblant. 

Au bout du compte, si ça c'est être faible, laisse-moi être faible toute ma vie.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

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