La crise dans laquelle est plongé le Québec (et la planète entière) met de l'avant bien des enjeux. Le système de santé, le traitement réservé aux personnes âgées et l'économie sont les trois principaux pôles dont les médias et les citoyens discutent abondamment et quotidiennement. La culture demeure une des grandes oubliées de cette pandémie, qui en fait pourtant aussi une victime, comme le reste. On a voulu en parler avec Claude Cobra, leader du groupe Bleu Jeans Bleu, pour avoir le point de vue d'un acteur de l'industrie.

Car oui, annuler les festivals et les grands rassemblements jusqu'au 31 août, c'était ni plus ni moins le clou dans le cercueil pour la saison payante des musiciens et artisans de la musique de la province.

Plusieurs empochent l'équivalent des trois quarts de leur salaire annuel durant la saison chaude.

Certes, les programmes gouvernementaux perdurent, mais ce n'est qu'une poignée d'artistes qui réussissent à les obtenir. 

Et comme la vente de disques est en chute libre, c'est grâce aux spectacles en salle que le musicien moyen met du beurre sur son pain.

À ce sujet, un nouvel élément est survenu dans les médias mercredi, comme quoi les salles de spectacles ne seraient pas concernées par les annulations du gouvernement.

Néanmoins, les tenanciers sombrent dans la confusion, et se demandent comment tenir un spectacle en respectant les deux mètres de distanciation sociale imposés jusqu'à nouvel ordre.

En attendant, Narcity en a discuté avec Claude Cobra de Bleu Jeans Bleu. Après une super année confortablement emmitouflé grâce au hit Coton ouaté, entre autres, on a eu le goût de savoir ce qui se passe pour le groupe, comme son calendrier était plus que bien rempli ce printemps et cet été. 

Quelle est ton impression sur l'annulation des festivals et des grands rassemblements jusqu'au 31 août et quelles sont les répercussions directes sur le groupe?

« C'est une décision prudente et justifiée en ce moment. Du côté des répercussions, c'est certain que côté revenu, on avait un été vraiment chargé de gros événements.

« Pour les spectacles en salles, des options de report s'offrent à nous. La tournée pourrait être sujette à s’allonger. C'est les salles de spectacle qui géreront tout un casse-tête!

« Financièrement, sur le présent, ç'a un impact, mais sur la long run, pas tant. Mais l'annulation des festivals, ça, ça veut dire que les gros revenus prévus cet été ne seront pas là.

« C'est certain que c'est un coup dur. Mais le jour où ça repartira, pour nous, il y a certaines choses qui avaient été installées dans la dernière année qui nous permettent de croire qu’on va avoir de l’ouvrage et un public quand ça va repartir. »

En attendant, avez-vous droit à la Prestation canadienne d'urgence (PCU)?

« Oui. Les revenus sont arrêtés pour nous autres. Il y a des droits d’auteur qui viennent quand même, mais ça, c'est périodique. Les revenus qui sont rentrés après, c'était pour des jobs faites avant la pause.

« Avec les nouveaux détails qu’ils ont donnés pour la PCU, les musiciens cadrent bien là-dedans. Parce que même s'ils reçoivent des sous pour des choses qu’ils ont faites avant ou pour un contrat à distance, ils peuvent quand même la recevoir.

« On est dans une situation admissible pour ça. »

Qu’est-ce qui te préoccupe le plus dans toute la situation actuelle?

« En fait, c'est l’inconnu. C'est de ne pas savoir quand ça va reprendre. Si à l’automne ou au début de l’hiver, les activités reprennent d’une bonne façon, de mon côté, je vais le prendre comme une pause imprévue, plus longue que ce que j'aurais voulu.

« Avec mon fils de deux ans, ça ne me fait pas de tort d’être à la maison et d'avoir du temps de super qualité avec ma famille.

« Au moins, je me tourne vers ça. Si c'était pas de la crise, je ne vivrais pas ça, et c'est quand même positif d’un côté personnel. »

Vous restez actifs sur vos réseaux sociaux. C'était donc important pour vous de continuer d'offrir des trucs à vos fans?

« On se rend compte qu’on a un fan base qui est relativement impliqué, qui coopère beaucoup. Récemment, avec l’idée du vidéoclip du King de la danse en ligne, on a appelé les gens à participer en voulant d’une part créer une activité à faire.

« Plein de parents semblent se dire : ''Je suis pas habitué d’être un parent 24/7. Comment entertainer mes enfants tout le temps?''

« Ça nous permettait du même coup de faire un vidéoclip. Sinon, on n’avait rien pour faire quoi que ce soit d’intéressant, sans se réunir, sans avoir une équipe technique.

« Et dans un deuxième temps, ce sera un souvenir jojo d’une période pas très jojo. Ce sera hyper collectif dans l’individualité et ça nous rappellera le confinement.

« On a reçu au-dessus de 900 extraits de 900 familles différentes! Notre monde, quand on lui propose quelque chose, il lève la main et il dit "présent."

« On veut l’entretenir et c'est pas juste stratégique, c'est pas juste pour dire qu’on veut garder notre monde proche. C'est aussi parce qu’on se rend compte qu’on a bâti quelque chose. »

Et le vidéoclip est attendu pour la semaine prochaine?

« Oui, ça sort la semaine prochaine. Sincèrement, j’ai vu le montage final, et c'est exactement ce qu’on voulait.

« Ça rend de bonne humeur, ça montre que les gens qui ont participé, pendant ce temps-là, étaient de bonne humeur. Tu as envie de te rendre à la fin et tu as envie de le réécouter. C'est pas mal l’objectif d’un clip!

« Au début, mon but était de mettre les 900 vidéos dedans. Mais sur un clip de 150 secondes, c'est un peu rough. Il a fallu faire un tri. Et nous, on y apparaît subtilement. Il y a de la coquine apparition... »

En terminant, le confinement, le printemps et l'été allégés côté travail, ça te permet de faire quoi?

« J’apprends à vivre à vitesse extrêmement réduite. Je m’explique. Je parlais de mon petit gars de deux ans tantôt. Ma blonde est arrêtée aussi. On se retrouve à prendre beaucoup de marches dans notre quartier résidentiel, en région. J'apprends à marcher à la vitesse de mon gars.

« Sur la long run, en ce moment, mon activité principale, c'est donc d’apprécier de vivre à vitesse "enfant." J’appelle ça une dilatation temporelle! C'est pas naturel pour nous autres, c'est pas naturel pour l’adulte moyen, qui est tout le temps dans le jus. Un enfant, ça pense pas à ca. »

Et le mot de la fin?

« Je vais être le premier heureux dès que les shows vont reprendre. Pour tout le monde en musique, comme les salles de spectacle, ça serait le fun qu’il y ait des activités qui reprennent. »

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