Le Super Bowl 2020 a été particulièrement marquant pour le Québec alors que le docteur et joueur des Chiefs de Kansas City, Laurent Duvernay-Tardif, a fait rayonner la province avec sa victoire. L'effet LDT est d'ailleurs indéniable : en plus de l'amour et de la fascination qu'ont actuellement les Québécois pour le joueur, les chiffres parlent : le Super Bowl a attiré 1 643 000 téléspectateurs à RDS, comparativement à 982 000 l'an dernier, selon Le Soleil.

Toutefois, ce n’est pas que la remontée des Chiefs et LDT qui font jaser.

Comme à l’habitude, le spectacle de la mi-temps suscite de nombreuses réactions de la part du public. Cette année, pas d’Adam Levine torse nu, ou même de « nipplegate » de Janet Jackson : seulement une Shakira et une JLO, âgées de 43 ans et 50 ans, avec des chorégraphies enflammées. 

Alors que plusieurs soulignaient la présence féminine, la forme, le talent des artistes et même le spectacle en anglais et en espagnol, d'autres ont jugé ces performances trop sexy, ou même vulgaires.

C'est là que le débat commence, parce que, outre ce qu'on peut penser de la performance, certains se demandent : pourquoi le corps et la sexualité des femmes, peu importe le contexte, sont toujours sujets aux jugements et à la critique ? Pourquoi est-ce qu'on se permet de commenter l'habit de ces femmes, et même de faire un parallèle avec leur âge ? 

Nous avons discuté de la situation avec les sexologues et psychothérapeutes Annabel McLaughlin et Geneviève Parent, derrière le compte Instagram éducatif sur la sexualité humaine et la santé sexuelle sexomclove

Selon leurs dires, l'action de réduire les capacités et la valeur d'une femme à son apparence physique et à sa sexualité remonte à des années de système patriarcal.

« Pourquoi l’aisance corporelle et le confort dans sa sexualité ne peuvent coexister avec le talent et la crédibilité d’une performance? » questionnent-elles.  

Au lieu de reconnaître les performances artistiques et les habiletés de ces chanteuses, c'est plus facile de s’attarder au superficiel : « L’inégalité des sexes est alimentée par un contrôle des comportements sexuels, des pratiques sexuelles et du corps de la femme. Pendant ce temps, on ne discute pas des réels enjeux et de la place, souvent menaçante pour plusieurs, que les femmes prennent. »

Elles déplorent le fait que le regard que la société pose sur les femmes ne fait que tenir compte de leur enveloppe externe : « on juge par le corps en oubliant le reste. »

Sur les réseaux sociaux, plusieurs se sont interrogés en établissant un parallèle entre les performances controversées de JLO et Shakira et le vidéoclip révélateur de la Québécoise Safia Nolin. 

Certains expliquent que c'est le même combat, alors que d'autres ne comprennent pas pourquoi Shakira et JLO sont considérées vulgaires alors que les actions Safia Nolin représentaient l'acceptation de soi. 

En tenant ce genre de propos, on efface également tout le backlash qu'a reçu Safia suite à la circulation des images de sa nudité. 

Annabel McLaughlin et Geneviève Parent commentent : « Les actions peuvent avoir différents objectifs, mais celui de ne pas se soumettre au contrôle social semble être commun aux trois femmes.

« Encore une fois, les médias comparent les femmes. On nous dit de s’accepter, de ne pas se comparer aux autres, mais les médias le font pour nous. » 

Les sexologues et psychothérapeutes rappellent que c'est le patriarcat profondément ancré en nous qui nous pousse à catégoriser rapidement selon notre sexe. 

Est-ce que les silhouettes de Shakira et de JLO, qui conviennent aux standards de beauté des médias, et celle de Safia, qui est encore marginale, affectent la manière dont on les catégorise?

Est-il nécessaire d'être si différentes des critères véhiculés par la société pour être considérées comme « body positive » et pour avoir « l'air de s'assumer comme on est »? Pourquoi une femme mince est sexualisée et une femme ronde est « body positive »?

JLO était au sommet d’un poteau et nous a offert une performance musculaire et complexe lors du Super Bowl. Est-ce qu’on oublie que sa silhouette est principalement liée aux entraînements associés à ses performances? Et si Jennifer Lopez travaillait principalement pour être une artiste hors pair sur scène, et non pour correspondre à toutes les étiquettes qu’on lui pose?

« Dès la petite enfance, plusieurs auront enregistré que la beauté de la femme est associée à un certain succès, un pouvoir, une validation. La minceur, la jeunesse et l’apparence deviennent des diviseurs entre nous. L’accent mis sur ces idéaux contribue à alimenter un sentiment de jalousie et d’envie malsaines et paralysantes. De là notre contradiction à d’un côté célébrer certaines femmes ne répondant
pas aux critères de beauté, et de l’autre à les mépriser. Même chose pour notre idéal de ressembler aux femmes parfaites dépeintes dans les médias, mais aussi à notre critique facile et rabaissante envers elles », ajoutent les femmes derrière sexomclove

Le vrai problème, c'est qu'on soit actuellement en train de parler de l'apparence de ces femmes au lieu de leur travail. 

Les femmes comme Safia Nolin, Shakira et JLO n’ont pas peur de s’assumer et de montrer qu’elles sont bien plus que des enveloppes corporelles. 


Les opinions exprimées dans cet article sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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