L'été, c'est la saison des célibataires. On retrouve enfin nos amis. On se fait faire des pédicures en groupe, l’excitation est à son comble en choisissant sa couleur de vernis. On boit du rosé au parc Jarry. On se réapproprie les ruelles. Le plus petit des balcons devient le lieu des plus gros partys. Fait beau, fait chaud, on boit trop, on oublie de souper parce qu’on est en train de jaser, le soleil se couche pis on se rend compte que les homards qu’on a laissés sur le comptoir se sont sauvés dans une dernière tentative de survivre à l’éventualité d’être dégusté.

L'été, tu fais semblant de bien gérer ton célibat. Tu virailles d'un bord pis de l'autre en t'étourdissant à mener une vie beaucoup trop remplie. Pis t'es réellement heureux. T'as juste pas le temps de penser pis c'est parfait de même. Mais pas cette année. Cette année, on dirait que je trouve ça difficile, à temps partiel.

Je sais pas si ça t'arrive aussi. Une journée de temps en temps, être célibataire ça me pèse. Je me lève le samedi matin, ouvre le laptop, fais ma liste d’épicerie. Pogne mes sacs réutilisables, fais le tour des boutiques du quartier pour acheter ma bouffe. Sacre tout le long en revenant parce que j’ai ben trop de stock pis que j’ai la circulation coupée dans les doigts. Arrive à maison, commence à faire ma bouffe de la semaine. Me bourre la yeule en faisant le tout. 


Nettoie la cuisine qui est un foutoir. Ouvre le congélo pour y déposer mes victuailles. Y’est loadé comme un gun. Pis là j’envoie chier mentalement le site Trois fois par jour parce que pour moi ça devient six fois par semaine pis j’vais être ben écoeurée de manger la même recette pis j’trop tarte pour avoir regardé les quantités. Pis j’me mets à brailler, assise en indien à terre, le dos accoté sur le frigo, un Tupperware de lasagne dans les mains.

On parle de grosses larmes qui coulent à flots et qui finissent par m’irriter la peau. J’pleure pour tout c’que j’ai pas. Qui semble tellement loin. Tellement inatteignable. Tout c’qui fait pas partie de ma vie, parce qu’on dirait que ça se passera jamais. J’pleure pour le vide à mes côtés quand j’me couche. J’pleure parce que j’peux laisser traîner mes bobettes sales partout chez nous sans que ça tape sur les nerfs à quelqu’un. J’pleure parce que personne me demande si j’ai sorti les vidanges. J’pleure parce que j’ai personne à texter pour savoir ce qu’il veut pour souper. Moi, j’le sais c’que j’vais manger. Pis j’vais en manger souvent en titi.

J’ai pas un amour exigeant. J’veux vivre le quotidien avec quelqu’un. Rentrer à la maison pour le retrouver. J’en veux d’la routine. J’veux que le temps passe vite avec l’autre. M’obstiner sur le film à écouter. Être en maudit parce que y’est parti avec le seul parapluie pis lui dire ça le soir pis le voir sourire parce que j’ai un afro sua tête. J’ai envie de rien faire à deux. Aller chercher du PFK en cachette le samedi soir et ne pas répondre à nos textos. Être dans notre p’tite bulle. 

J’attends-tu vraiment quelqu’un? J’sais pas. Oui pis non. J’y crois. Le temps qui passe rend ça difficile par contre. Pour certains ça l’air tellement simple que c’est chiant. Cligne des yeux pis sont matchés et heureux. J’comme ok, j’ai probablement une malédiction, je devrais aller me faire purifier, dormir avec des feuilles de sauge, me gargariser au jus de sang de vipère, faire de l’acupuncture aquatique, j’sais pas.

Dans mon entourage on fait ben des jokes là-dessus, je suis l’éternelle célibataire. La fille aux relations foireuses. Ça me blesse pas, ça donne juste l’impression que j’vais manger mes recettes tu seule toute ma vie. Et à tout moment pleurer dans ma cuisine, le cul écrasé dans les miettes de chips. 

L’monde passe leur temps à se tromper, à se mentir, à pas faire attention à l’autre, sans réaliser la chance qu’ils ont de rentrer le soir pis d’avoir quelqu’un qui les aime à leurs côtés. J’tu trop brisée pour me matcher? C’tu moi le problème de vouloir une relation simple et saine? Les gens en couple envient ma liberté. Moi j’envie leurs p’tits doux moments au quotidien. Les moments dans lesquels ils voient pu vraiment la beauté, mais plutôt l’ennui et l’emmerdement.

J’en ai eu en masse du gros fun de célibataire. Être insouciante, se foutre de tout, dater en série, pas avoir assez de soirs dans sa semaine pour voir des hommes qui ne feront qu’un bref passage dans ta vie. J’me suis cherché en masse au travers de mes dates. Perdue un peu aussi. Pour finalement me trouver. Je sais ce que je veux aujourd’hui.

J’ai fait le tour des sites de dating. De swiper. D’avoir des dates de marde. C’est tough avoir des rendez-vous qui virent en catastrophe. Les accumuler. Que ça fit jamais. Que t’as même pas le goût de le rappeler. Te motiver pour le revoir en te disant qu’il faut se donner des chances, pas être si difficile. Pis finalement ça clique juste pas. Tout ce temps perdu, pour encore plus se sentir seule.

J’veux pas un homme pour changer ma vie et me rendre heureuse. Je veux pas m’agripper à lui pour qu’il me sauve. J’ai envie de bâtir une relation. Une famille. Une vie à deux. Je l’aime ma vie solo. J’ai apprivoisé ma solitude. Avant je datais pour jamais être seule à la maison. Le silence me rendait folle. J’allumais la télé avec le volume dans le tapis pour faire une présence à mes côtés. Je sortais pratiquement tous les soirs.

Aujourd’hui, c’est le contraire. J’suis bien avec moi-même. Je cours pu après les rencontres qui mèneront nulle part. Je savoure ces soirées où je binge watch How I met your mother pour la 7ème fois sans faire chier personne. En buvant du Coke en canette pis en finissant un sac de Doritos. Je l’aime ma vie. Pis ça me pogne à temps partiel, cette douleur sourde qui m’envahit pour me rappeler que j’la partage avec personne. Ça m’pogne en d’dans, comme si j’étais le bonhomme du Jeu Opération pis qu’on m’avait opéré tout croche en oubliant la grenouille dans mon thorax.

Dans mon cas, la grenouille s’est changée en fantôme de prince charmant. F*cking prince charmant. J’cherche surtout pas le gars parfait. Parce que moi, on s’entend, j’suis loin de l’être. J’cherche le gars parfait pour moi. Ce délicieux tout croche qui va être capable de me suivre dans mes délires pis d’me dire de me calmer les nerfs quand ça va être nécessaire. Le gars qui sait gérer son compte en banque d’un bord pis qui fait des délicieux negronis de l’autre. Un mélange entre un adulte responsable et un ado attardé.

J’vieillis comme tout le monde et peut-être que j’en aurais jamais de famille. De p’tites mains qui cherchent la mienne pour traverser la rue. Des p’tits vomis sur l’épaule. La beauté de la maternité. Vieillir avec les tiens. Organiser un réveillon de Noël avec la famille que t’as bâtie au lieu d’être l’invitée d’un party chez tes amis, arriver avec trois bouteilles pis te faire dévisager par la grande tante Gisèle. J’aimerais ça me faire dévisager chez nous, par ma marmaille. J’leur dirais; juge pas ta mère, tu vas voir un jour toi aussi ton chum va faire sa propre bière dans le sous-sol pis tu vas lentement perdre l’usage de la vue.

En attendant, j’essaie de pas perdre espoir. Je nourris les chats des voisins quand la non-présence de l’autre se fait sentir. Je déverse tout mon instinct maternel sur ses sacs à puces qui mériteraient une petite mise en plis. J’laisse mes portes ouvertes pour aérer mon logis (même pas vrai, c’est un subterfuge), je prends également soin de laisser de la viande froide traîner sur mon balcon pour leurs jours plus difficiles. Pis là. BAM. Ils finissent par entrer. On passe la soirée ensemble. Je les flatte, ils me ronronnent dans le cou, se couchent sur mon thorax et m’apaise avec leur présence. Pis quand vient le temps de me coucher, je les laisse partir.

Oui, j’ai remplacé Tinder par du salami et les gars par des chats.

Si tu cherches mon logis, y’a du salami qui traîne sur mon balcon arrière.

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

 

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