L’été est fini. J’ai rien fait sauf travailler. Pis suer dans mon appart pas de clim. Tu dois faire ça toi aussi, un petit bilan pour voir qu’est-ce que t’as fait de ton été. Les sorties funky pis les anecdotes. C’t’année, c’pas la grosse affaire. Rien pour faire un remake de Souvenirs d’été ou de Les filles font la loi mettons.

Travaillé en masse. Pas frenché. Pas fourré. Pas rencontré. Pas sorti. Vu des amis. Beaucoup d’amis. Pas terrassé. Reconnecté avec le rosé, duquel j’ai abusé. Trop dépensé. Regarder l’monde se matcher, se fiancer, se marier, se faire engrosser (j’étais pas là PENDANT, mais j’ai su que c’était arrivé). Faque c’est ça, ça pas trop brassé.  

Ah oui, j’ai fait 8 cours de yoga pis j’me suis pas découvert une passion pour le matcha. Ah pis j’ai engraissé. 5 belles livres tout autour de la taille. Question d’être bien serrée dans mes jeans lorsque je m’assois et d’avoir la fly de mes pétalons qui descend, va savoir pourquoi. Je soupçonne qu’une fois assise, pendant que bouton de pétalon me rentre bien dans la chair, ma fly suit la courbe de mon muffin top et qu’elle descende lentement. Je suis pas ingénieure du textile, ceci est mon humble hypothèse. Mais depuis que j’ai engraissé, j’ai tout le temps la fly baissée.

C’est définitivement mon été le plus mollo depuis que les étés font partie de ma vie. Est-ce qu’on peut pour autant dire que je suis une adulte? Non, je ne crois pas. J’ai oublié de sortir mes vidanges pendant 3 semaines de suite, et une jolie mouffette est allée éventrer tous mes sacs sur mon balcon. J’ai assisté à la scène, en pyj, la face dans porte arrière à évaluer les possibles interventions pis à me reprocher ma désorganisation.  

J’suis confortable dans mes p’tites affaires. Ma routine, ma job, ma vie. J’ai pas envie de rencontrer, de faire d’efforts, de poser les questions d’usage en me foutant bien de la réponse. Ça me tente juste pas. J’suis blasée. Pis y’a jamais rien pour m’aider.  

Semaine passée. Va prendre un verre au Rouge Gorge avec une amie pour un 5@7 improvisé arrosé. Premièrement, on porte le même linge. On a l’air de deux kids trop excitée d’se revoir après être revenu du camp de jour. La soirée passe tout en douceur, on jase, on potine pis on boit du rosé. Aucun couple à perte de vue, seulement des gens qui semblent être en quête d’aventures et de bulles pas chères. Les hommes étaient quelconques. Pas laids, pas particulièrement beaux, réguliers je dirais. J’ai pas vomi, mais personne avait la p’tite étincelle dans l’œil ou l’air tannant qui me donne envie d’enlever ma brassière.

Faque j’avais zéro mojo pour aller approcher des inconnus. J’étais dans ma p’tite bulle pis tout allait bien. Avec le temps, j’me suis dis que c’était correct, on peut pas toujours être en gros fuego en mode rencontre pis saisir toutes les opportunités. Des fois, t’as juste envie de manger du baloney en bobettes à maison, même si toutes tes chums vont à Aire Commune pour frencher.

Mon amie va aux toilettes. LE dude à côté de moi qui boit du Ricard, en salopette, avec un foulard rouge dans le cou, un chapeau de chauffeur de train pis une moustache fine retroussée aux extrémités m’enligne du regard. Je souris, par politesse, tsé un demi-sourire, sans montrer sa dentition, un sourire qui se veut sympathique tout en signifiant son non-désir d’aller plus loin dans la communication.

Il se lève de son siège, suivi de son ami. Et viennent se poster derrière moi. J’étais fourrée ben raide, je les avais vus ils avaient vu que je les avais vus. Tout le monde avait tout vu. Pas d’issue.  

J’me retourne par politesse. Y’en a un qui doit mesurer 6p3 et l’autre 5p. C’est comme un clash visuel où mes yeux ne savent pas à quelle hauteur regarder. Je constate que le plus grand avec son chapeau doit avoir 55 certains et que son acolyte plus petit pète le 65 ans. Facile. Mon amie revient, j’étais chanceuse qu’elle soit pas en train de chier, j’aurais capoté être pognée tu seule avec les deux monsieurs. Ils se présentent, Armand et Hervé. Pendant une fraction de seconde j’ai pensé que c’était une blague, comme l’émission Les Détestables ou quelque chose comme ça.

J’attendais la suite. Je disais rien. J’avais un regard vide. Y devait y avoir une suite. Les caméras sortent, on rigole tous un bon coup en se tapant sur les genoux, MAIS QUELLE MISE EN SCÈNE INCROYABLE!  Ben non.  

Hervé ou Armand fait une délicieuse blague sur notre linge identique. Il nous pointe tout heureux de chantonner oh la les copines vous vous êtes appelés avant de partir de la maison! Là. Sentiments mitigés. J’me suis parlé intérieurement, sois smatte, sois smatte, montre pas que tu trouves pas ça drôle, sois pas le cancer que t’es habituellement, SOIS SMATTE! Y’ont l’âge d’être ton papi, tu peux pas être une chienasse, c’est du monde du troisième âge, le plus vieux a peut-être fait la guerre du Vietnam, y’en a assez bavé, je peux pas y faire sentir que j’veux juste qui déc*lisse.

Faque j’ai comme gloussé, rit dans un petit cri, rien de naturel, dans des tonalités super aiguës et agressantes. C’était pire que si j’avais juste fait ma face de cul naturelle.  

Et là, les deux monsieurs nous invitent à les accompagner dans un autre bar jouer au billard. On décline poliment. Et là. Quiz surprise. Le plus âgé me demande comment il s’appelle. Vu son âge, j’me dis que c’est peut-être une question légitime puisqu’il a oublié son propre prénom. Il me tient la main de manière mollasse pendant la question piège. La vérité c’est que j’me souviens pas qui est qui, ma patience s’envole lentement, mais je veux pas succomber à l’envie d’être bête.

On échange quelques phrases sans aucun intérêt et puis les hommes partent. Ma chum me regarde la face et part à rire, un gros rire gras juteux, comme un bon steamé all dressed.

Donc, date du décès 22 août 2019, là où officiellement je suis morte par en d’dans et devenue l’individu le plus blasé de l’île de Montréal.              

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

 

 

 

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