Long time no see, comme on dit. Je reviens d'un mois de vacances aux Philippines, communément appelé maintenant les Pines. Voici donc la raison pour laquelle je n'ai pas donné de nouvelles depuis un petit moment. Le wifi n'étant pas vraiment leur force, j'ai pu en profiter pour boire beaucoup trop de bière, bronzer, faire de la plongée et me sustenter quotidiennement d'Imodium. Je reviendrais sur mon voyage plus tard, j'ai assez de stock pour faire une série de 5 saisons aux tendances comico-dramatique. 

Donc. Avant de partir, souvenons-nous que j'avais eu une date. Après des mois d'abstinence et d'absence de romance du à une grosse paresse intellectuelle et physique, j'avais accepté une invitation. Le rendez-vous s'était bien déroulé, on avait bu comme des deg, pratiqué le sexe mou classique de la première date trop chaud. Tsé quand tu t'en souviens à peine le lendemain, mais t'es sûre d'une chose ; c'est vraiment pas optimal et tu faisais sûrement beaucoup trop de sons. Comme si les bruits compensaient pour le manque de coordination de tous tes membres. Je marche croche, je gémis drette. 

Bref. On s'est vu le mercredi soir. Mercredi en pleine nuit il fuyait de mon logis en ne faisant pas un bruit, ce qui faisait mon affaire. Je dois avouer une chose, je préfère, et de loin, dormir seule. Je suis une indépendante de la couchette. Personne qui veut se coller, s'endormir enlacés avec des membres qui deviennent lentement engourdis, une respiration chaude sur ma nuque, les parties de nos corps qui se touchent deviennent humides de sueur, ben d'la misère avec ça. Faque quand j'me suis réveillé pour aller travailler, avec une migraine carabinée, l'impression d'avoir le désert du Sahara dans yeule, j'étais ben happy de voir que j'avais personne à mes côtés. Merci la vie. 

Les meilleurs lendemains de date sont ceux où tu souris en ayant des flashbacks confus des conneries que vous avez faites, les gros rires gras que vous avez eus, ou les bouttes tout nu qui étaient de la haute voltige, ou carrément l'inverse, des anti-prouesses qui tombent dans la case 'pourquoi ça m'arrive?'. C'était un de ces lendemains. Je feelais ben. Je ne me posais pas de questions. J'aurais pu me faire tatouer 'No Ragrets' avec insouciance dans le cou. Personne serait surpris d'ailleurs. 

Je vaque doucement à mes occupations au bureau, sourire aux lèvres, comme si je cachais un secret. Puis, je reçois un texto de ma date, il m'invite à souper le soir même. Fait intéressant, c'est aussi ma fête. Que je ne tiens pas à souligner, parce que 31 ans, ça peut passer dans le beurre. Dans l'huile de coco serait mieux parce que j'prends un petit peu de poids en vieillissant, je devrais couper le beurre. 

Galant, il me laisse choisir le resto, et réserver. 19h20. Rentre au resto, je m'installe, et me commande un cocktail. Il rentre, me voit, se dirige vers moi, lance un colis emballé qui m'a tout l'air d'un cadeau, sur la table en avant de moi, se penche et me french à pleine yeule. Là. J'me dis. C'est très intense pour quelqu'un qui ne connaît même pas mon nom de famille. J'suis mal à l'aise. Toute me rend mal à l'aise dans la scène. Le cadeau. La manière qu'il a de le mettre en avant de moi comme si c'était un bottin et qu'il voulait que j'appelle sa couturière pour faire son bord de pétalon. Son corps penché vers le mien pour m'embrasser, pas tant tendrement, juste avec une grosse intensité. 

J'ai pas vraiment envie d'ouvrir le présent (je parle du cadeau, pas du moment présent, j'pas dans une capsule temporelle qui me permet de voyager dans le temps cr*ss, focus un peu), je suis gênée. J'me dis que je vais entamer la conversation et peut-être que le cadeau tombera dans l'oubli. Il essaie de s'asseoir, mais empoigne la chaise pour la tasser avec trop de force et la varlope à terre. Sa conduite est erratique, y'est pas sorti straight de la boîte de même, y'est arrivé de quoi. J'analyse. Y'est chaud botte. Bonne fête à moi. Une bonne botte la, un bon 13 de pointure dans une botte de cowboy bien pointue.

Le gars est pas là. Pas de filtre. P'tit yeux vitreux. Ne se la ferme pas deux secondes. Commande du vin, du gros rouge bien lourd. Prometteur comme décision. J'me dis que je le rattraperais jamais même si j'me sacre l'alcool direct din pupille. Je choisis tous les plats à partager pendant qu'il me parle de son fonds de pension. Les plats arrivent les uns après les autres et il a aucune idée de ce qu'il est en train de manger. Aucune. L'oursin est où? L'oursin dans ton assiette mon grand. Il boit péniblement son verre. Moi, c'est tout ce qui me reste, ce précieux verre rempli, qui me fait oublier que ma date est défoncée et que je suis sur le bord de devoir le faire manger avec ma fourchette. 

Il est aussi très tactile. Me tient la main par-dessus la table. Nos doigts bien enlacés. Je voyais sa main se fondre dans la mienne pis j'avais le même feeling que si on me passait des menottes, j'étais face à une impasse. Sérieux, se tenir la main par-dessus la table, on peut-tu se le dire que c'est non? Toutes ces démonstrations d'amour trop hâtives, c'est non. Il s'en tient pas à la main, il me flatte les bras en me demandant j'étais ou pendant tout ce temps. J'avais envie d'y répondre 'aux toilettes'. J'pas bonne là-dedans. J'pas bonne dans les minouches pis les caresses. J'me crispe pis j'ai l'impression que je suis obligée de rendre la pareille. Faque oui, moi aussi j'y taponne le bras comme un chimpanzé savant qui fait du mimétisme. Des fois, c'est sûr ça t'arrive, t'es tellement pris par surprise dans une situation, que tu agis pas normalement, ton cerveau tilt pis tu fais vraiment n'importe quoi. 

Tout en voyant ma vie défiler, j'ai une pensée pour ma grand-mère, qui en soufflant ses 31 bougies devait être entourée de ses 9 marmots et de mon grand-père qui la regardait amoureusement. Moi, j'bois un Bordeaux en compagnie d'un gars qui alterne deux regards; le premier qui me voit comme une princesse de Villeray et le second qui se demande si les toilettes sont loin parce que sa dernière gorgée part en sens inverse. J'me sens seule et assez pathétique. 

Il me dit d'ouvrir son cadeau. Honnêtement, je l'avais squeezé dans ma sacoche en espérant qu'on allait l'oublier. Dans ma tête, y'a un spot qui m'illumine, tout le monde autour me regarde, et demain je serais la vedette d'une vidéo s'intitulant 'la pauvre fille fête ses 31 ans'. Déballe le cadeau. Un livre. Une brique en fait. Une encyclopédie du monde sur la sagesse. Un livre de philo. Merci, merci beaucoup!

Mitigée entre c'est sûr que c'est une joke et quessé tu veux que je fasse avec ça, un livre sur la sagesse, j'me dis que c'est certainement la dernière fois que je fête mon anniversaire. Dans les années à venir, je vais taire cette date et rester sagement à la maison en attendant que cette journée passe. Comme ça, pas de cadeau weird, ni de date lourde à materner. 

La sagesse. C'est un message qu'il veut me passer? Sur mon mode de vie? Sur ma manière de gérer mes finances? Ou il me dévoile un de ses intérêts, la philo? On ne le saura malheureusement jamais, je n'ai pas cru bon de lui poser la question. J'suis un peu vache, parce que d'un autre côté c'est une très belle attention de sa part. C'est juste que tous les gestes mis ensemble, ça fait beaucoup, pas très léger, disons. Pis ma prochaine date qui va donner l'impression de se foutre de moi pis finir par me ghoster, j'vais lui courir après pis lui donner beaucoup trop d'attention.

J'pas célibataire uniquement à cause des gens que je rencontre, j'suis célibataire à cause de mes mauvais choix. Faque j'me dis, monsieur Philo est quand même pas un trou de cul fini, c'est un philosophe attentionné tactile aux tendances alcoolo. Il se lève pour aller aux toilettes, viens me frencher en y allant et en revenant. J'me pose même la question à savoir si c'est devenu la norme. Peut-être que c'est moi qui est pas assez chaleureuse.

Le souper se finit, la facture arrive. Il sort sa carte de crédit, me la lance, me dit tiens XXX voici mon NIP. P'tit bébé, paye je reviens. Je paye en me disant que c'est confirmé, tout ceci a été trop loin. Me faire appeler p'tit bébé me dérangeait infiniment plus que d'avoir son NIP. J'allais quand même pas y voler sa carte pour m'acheter un char. Par contre, en m'appelant p'tit bébé, il me volait un peu de ma dignité. 

J'lui ai dit merci. Et l'histoire ne s'est pas arrêtée là. Mauvaises décisions, c'est mon deuxième nom. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

 

 

 

 

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