J'me suis réveillé mon premier matin à l'âge de 31 ans chez une date. Une date mémorable, mais pas pour les bonnes raisons. Mais, altruiste que je suis, j'ai laissé une chance à notre idylle qui aurait pu, qui sait, se transformer en mariage de longue durée. Ce matin-là, trop magané, il sort pas du lit. Moi, j'ai des idées de grandeur, pas question que je reste couchée à contempler le plafond. Je rapatrie mes guenilles. Me manque un bas. Soupçonne fortement le chien qui me fixe avec la mine basse. F*ck off. J'lui laisse mon bas. 

M'en vais bruncher avec des amis. Je raconte ma date, en m'enfilant quelques calvados. Le calvados est un alcool fait à partir de pommes, donc, c'est un peu une boisson déjeuner en quelque sorte. Je me culpabilise pas d'en prendre en mangeant de délicieux bénés. Et tu sais quoi? Non, j'pas alcoolique. Je suis festive. C'est très différent. Vous êtes d'ailleurs pas obligés de m'écrire en privé pour me proposer des cures detox ou du coaching pour améliorer mon hygiène de vie. C'est bien gentil, mais j'ai pas l'intention de changer quoi que ce soit, peut-être juste ma coupe pubienne, j'ai pas arrêté mon choix sur un design encore. 

Mes amis sont mitigés sur ma rencontre. La moitié vote pour que je lui dise que ça fonctionne pas et l'autre moitié vote pour que je poursuive la patente. J'me doute ben que c'est juste pour avoir des anecdotes juicy qu'ils me disent ça. Ça fait de l'action dans la gang, des potins à se raconter pis une raison de plus de rire beaucoup trop fort et de déranger tout le monde autour. Moi, j'savais pas trop c'que je voulais. Une première date réussie. Une deuxième foireuse. On fait quoi dans ce temps-là? On tire à pile ou face? On écoute quoi? Son intuition? Son cynisme? Son espoir de se matcher? 

Avoir pu, j'aurais fait un sondage Facebook. Avec tous les commentaires hargneux que ça m'aurait amenés. Parce qu'anyway le monde est jamais content. Si j'le revois, j'suis une femme sans colonne qui se respecte pas, dépendante affective et qui veut absolument pas vivre la solitude. Et si j'le revois pas, j'peux ben être célibataire, c'est tout c'que j'mérite pour être intransigeante et traiter les hommes comme des moins que rien. Ça, c'est basé sur les commentaires que j'ai lus et les messages reçus. Merci internet. J'vais me passer de ton opinion parce que tu me fais penser à mon est* de voisin, caché derrière sa clôture à épier les autres pis à attendre que quelque chose arrive pour être le premier à appeler la police. Parce que oui Internet, des fois tu gosses. 

Donc, mon cellulaire sonne. Qui, en 2019, appelle? Même ma mère ne m’appelle jamais. Chaque appel manqué est pour moi une bénédiction. Je n’écoute même pas mes messages. Je refuse tout ce concept trop plein de proximité et humain. Gardons ça frette. Texte-moi, ça fait la job. Doux Jésus. Je réponds, j'me sens coupable on dirait.

C'est lui. J'souris en entendant sa voix, j'me dis que c'est bon signe. Mais qu'on devra avoir une discussion autour des appels téléphoniques. Il me dit : Check le plan, ce soir tu viens souper à la maison, je te présenterais des amis à moi, ils sont comme nous autres, on va avoir du fun et tu vas te sentir comme un poisson dans l'eau. J'entends : On va être entre tous croche, pas besoin de te censurer. Un scénario qui me convient. Et j'hais pas ça quelqu'un qui prend le lead, c'est rafraîchissant parfois.

Vendredi soir 20h. Passe à SAQ. Demande de l'aide au commis. Lui explique brièvement la situation - J'ai pas 500$ à investir, je rencontre les amis d'un gars que j'ai rencontré y'a pas longtemps, donc je peux pas avoir l'air d'une fille qui connaît rien, pas de criss de Ménage à Trois ou de Kim Crawford, je pense qu'on me laisse même pas entrer - Le commis ricane. Attends la suite. Y'a pas de suite, j'étais tout à fait sérieuse. Il me regarde, sans dire un mot, part sillonner les rangées. 10 minutes plus tard, je ressors avec 4 bouteilles et je prends la route jusqu'à ma soirée. On sait jamais quand on va manquer d'alcool, vaut mieux en avoir trop, la rapporter à la maison et être heureux. Sauf dans le cas de bières. Ramener 2-3 bières et son fond de Gallo rosé, c'est moyen charmant.

20h30. Débarque de l'auto, sonne, pénètre le logis. Il y a eu une lacune dans la communication. C'est pas vraiment un party, ou un souper, ou quoi que ce soit d'autre qui se déroule à plus de quatre personnes. Parce qu'on est 4. M'incluant. Un couple et moi et ma date. Une double date? Je refuse. Faque j'ai l'air de la fille avec un gros problème de boisson avec mes 4 bouteilles. J'ai même pas essayé de me justifier, j'ai tout cr*ssé rapido au frigo en essayant de comprendre la dynamique. Tout commence plutôt bien, je me sens assez à l'aise, je bois vite, prends trop de place, parle fort, raconte mes anecdotes, ponctue mes phrases avec des sacres. Vraiment, c'était soft. Pas d'interrogatoire avec des questions lourdes sur ton passé, ton présent et ton futur. Aucun jeu de cartes. Aucun jeu de société. Ça allait tranquilito michaud comme on dit.

Tout est en terrain connu jusque-là. J'me souviens même de m'être dit, hey sont vraiment smattes ses amis, je pense qu'on a du fun pis que j'ai pas trop l'air weird. J'me trouvais déplacée juste ce qu'il fallait. Tsé quand tu sors de ton corps pour te regarder et t'écouter et tu te dis que tu es vraiment en pleine possession de tes moyens. J'étais là. Des heures passent. Les bouteilles descendent. Et un moment donné j'atteins mon point de non-retour. Je suis officiellement déchirée. Pas déchirée tu déparles un peu, mais c'est rigolo et mignon. Déchirée je fume en dessous de la hotte de cuisine, j'appelle mes amis à 2h du mat pour leur poser des questions insignifiantes en hurlant et crachant dans le combiné, je longe les murs pour me rendre aux toilettes sans me perdre. Je bascule dans la grosse déplaisance, à la fin, mes lèvres bougeaient pu vraiment, j'articulais plus vraiment non plus, j'avais le regard absent, une absence de coordination et des propos incompréhensibles. Imagine-toi une crowd de Saint-Jean Baptiste à 4h du matin mettons.

Jamais j'ai pensé, hey va te coucher t'es ben trop chaude. Je m'obstinais à vouloir parler sans être vraiment capable avec 3 paires de yeux qui me fixaient bien concentré à essayer de capter les sons quasi inaudibles qui sortaient de ma bouche. J'étais un brin disgracieuse. Eux non. Tout le monde avait consommé correctement, mais sans être arraché. Et moi, j'arrêtais pas de parler, mais fermez-moi la yeule quelqu'un. Chaud dans le silence ça passe déjà mieux que chaud qui veut donner son opinion sur n'importe quel sujet sans être capable de faire une seule phrase compréhensible. Aux petites heures du matin tout le monde va se coucher. Je dors comme un bébé. 

J'me réveille la première dans ce beau logis avec des corps morts un peu partout, ce doux sentiment de culpabilité qui prend toute la place dans ma poitrine et la tête remplie de questions. Le classique lendemain de boisson. Le hic. C'est que j'étais pas avec des amis qui vont en rire. Je sais pas le niveau de tolérance de ces gens. Je pars chez nous. Sans que personne me voie, rapido presto. Je passe ma matinée à faire de la grande angoisse en essayant de me souvenir de tout ce qui s'est passé. Plus j'y pense, moins je me sens bien. Appelle tous mes amis, qui me réconfortent chacun leur tour en me disant de me calmer le cerveau un peu, de m'hydrater, me reposer et on verra.

Plus je me convaincs de penser à autre chose, plus j'y pense. Un cercle vicieux. J'me console en me disant que la deuxième date que j'ai eu avec, c'était lui qui était déplacé pis que moi j'lai revu donc, il va me texter éventuellement, on va en rire et l'histoire sera close. J'hésite longtemps à le texter d'abord et à présenter mes excuses. J'me fais quelques scénarios d'excuses mentalement.

Rappelle tous mes amis. Me disent de me calmer les nerfs chacun leur tour. Pis j'me dis f*ck off. J'étais saoule, j'ai rien fait de mal, pas été méchante, déplacée, pas vomi sur personne, bref créé aucun traumatisme chez qui que ce soit. J'peux pas commencer à m'excuser à chaque brosse, je vais faire un template pis l'envoyer via MailChimp à tous mes amis, ça va aller plus vite. Je changerais seulement la date de fois en fois. Je choisis de ne rien texter. Le silence. Il me fera signe. Hélas. Si moi, j'ai décidé de passer par-dessus une deuxième date soso, lui en avait décidé autrement.

Un poisson dans l'eau mon cul. J'me sentais comme un poisson dans bolle qui vivait ses derniers instants. C'est un peu ce que j'étais. Il ne m'a jamais donné de nouvelles. 

Pour lire toutes les chroniques Célib-à-terre de Merlin Pinpin, c'est ici. 

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de la collaboratrice et ne reflètent pas nécessairement la position de Narcity Media sur le sujet.

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